De nouvelles preuves pointent du doigt Bertomeu : confidentialité rompue et une fausse excommunication utilisée comme abus spirituel

De nouvelles preuves pointent du doigt Bertomeu : confidentialité rompue et une fausse excommunication utilisée comme abus spirituel

Bertomeu a reconnu avoir transmis à deux journalistes — Pedro Salinas et Paola Ugaz — le contenu des déclarations confidentielles que deux laïcs péruviens, Giuliana Caccia et Sebastián Blanco, avaient faites devant la mission spéciale envoyée par Rome pour l’affaire du Sodalicio. Lorsque ceux-ci l’ont dénoncé pour violation de la confidentialité, Bertomeu a répondu par un précepte pénal qui les menaçait d’excommunication afin de les contraindre à retirer les plaintes contre lui-même et leur demandait de l’argent pour une institution diocésaine. Il a désormais été révélé que des messages WhatsApp notariés existent dans lesquels Bertomeu reconnaît lui-même la fuite.

Les nouvelles preuves ont été rendues publiques grâce à une longue interview accordée par Giuliana Caccia et Sebastián Blanco à la journaliste Vanya Thais, diffusée sur sa chaîne YouTube. Dans celle-ci, ils relatent en détail la succession des événements qui ont suivi leurs déclarations devant la mission spéciale envoyée par Rome pour enquêter sur l’affaire Sodalicio et apportent des informations inédites sur les actions ultérieures de Jordi Bertomeu.

Les références à une série de messages WhatsApp que les interviewés affirment avoir fait authentifier par notaire et dans lesquels Bertomeu reconnaîtrait avoir transmis aux journalistes Pedro Salinas et Paola Ugaz des informations issues des déclarations confidentielles faites devant la mission revêtent une importance particulière. Selon Caccia et Blanco, ces messages constitueraient la preuve directe d’une fuite qui avait été niée pendant des années ou présentée comme une simple suspicion des personnes concernées.

L’interview apporte également de nouveaux détails sur les démarches entreprises par les deux personnes pour demander des explications concernant la violation de la confidentialité promise, sur les plaintes qu’elles ont ensuite déposées tant au civil qu’au canonique, ainsi que sur les circonstances dans lesquelles le précepte pénal controversé leur a été notifié, les menaçant d’excommunication si elles ne retiraient pas les actions engagées contre Bertomeu. Le témoignage des interviewés offre ainsi une reconstitution complète des faits selon leur perspective et constitue la principale source des révélations qui replacent désormais l’affaire au centre du débat.

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Toute la question découle d’une promesse qui, selon le récit des deux déclarants, leur a été faite de manière expresse et répétée : tout ce qu’ils diraient devant la mission confiée à Charles Scicluna et Jordi Bertomeu resterait confidentiel et parviendrait uniquement à la connaissance du Saint-Père, sans qu’aucun dicastère intermédiaire puisse même en prendre connaissance. Celui qui vient relater des faits intimes ou douloureux le fait en se fiant au secret professionnel, et sans cette confiance, l’institution tout entière perd son sens.

Ce qui est désormais confirmé, c’est que le contenu de ces déclarations confidentielles n’est pas resté dans le cadre qui avait été promis, mais a fini entre les mains de deux journalistes — Pedro Salinas et Paola Ugaz — qui entretenaient également une hostilité publique notoire envers les déclarants, et que cette fuite a donné naissance au premier article diffamatoire, signé par Raúl Tola, qui a lancé une campagne de discrédit qui a duré des années et s’est reproduite dans de nombreux médias au Pérou et à l’étranger.

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Jusqu’ici, on pouvait soutenir, comme l’a fait la défense médiatique de Bertomeu, qu’il s’agissait d’une conjecture des personnes concernées ; ce qui est décisif, c’est que Bertomeu lui-même l’a reconnu par écrit dans une série de messages que les plaignants ont fait authentifier par notaire, et dans lesquels, envoyés depuis le téléphone de l’ancien secrétaire de la Nonciature, il admet avoir transmis à Salinas et Ugaz le contenu de ce qui avait été déclaré, y compris la question exacte de savoir si l’un d’eux scolariserait aujourd’hui son fils dans un collège du Sodalicio. Le fait que la fuite ait été dirigée précisément vers ceux qui attaquaient déjà les déclarants dépouille l’acte de toute apparence de négligence et en fait un acte dont le résultat préjudiciable — le lynchage réputationnel de deux laïcs qui avaient fait confiance à la confidentialité — était entièrement prévisible pour celui qui a ouvert la source.

La réponse des personnes concernées à cette rupture a été, dans un premier temps, strictement privée et mesurée. Elles se sont contentées d’envoyer des lettres notariales dans lesquelles elles demandaient que ce qui avait été diffusé soit rectifié et qu’on leur explique comment la presse avait pu accéder au détail de réunions confidentielles. Elles n’ont reçu que des réponses informelles et le refus de leur fournir tout document signé réparant le dommage. Ce n’est qu’après avoir épuisé cette voie, et après s’être conseillés — selon ce qu’elles rapportent — auprès de plus d’une dizaine de canonistes et de plusieurs avocats civils, qu’elles ont décidé de déposer une plainte pénale devant le parquet du Pérou, car c’est là que le dommage s’était produit, et de préparer parallèlement une plainte canonique devant la Rote. Une décision que tout ordre juridique reconnaît comme l’exercice légitime d’un droit fondamental et qui, loin d’avoir quoi que ce soit de répréhensible, constitue exactement ce que l’Église elle-même réclame.

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La réaction que cette plainte a déclenchée est ce qui place l’affaire sur un terrain sans précédent connu ces dernières années. En septembre 2024, les plaignants ont été convoqués d’urgence à la Nonciature avec l’annonce que de « bonnes nouvelles » de la part du Saint-Père les attendaient. Ce qui leur a été lu, en revanche, était un précepte pénal qui les menaçait d’excommunication latae sententiae et qui subordonnait la levée de cette peine à l’accomplissement, dans un délai fatal de quarante-huit heures, d’une liste d’obligations : retirer immédiatement la plainte pénale déposée devant le parquet péruvien, présenter des excuses publiques aux membres de la mission, rectifier auprès de tous les médias avec lesquels ils avaient été en contact et s’abstenir à l’avenir de toute manifestation publique ou plainte concernant les faits objet de la mission.

Tout cela sous la menace, en outre, d’un paiement de cent mille soles chacun et de l’interdiction de se présenter à nouveau jamais comme catholiques en public.

Il convient de considérer ce que cet ensemble d’exigences signifie une fois dépouillé de la solennité du langage canonique, car ce que le document faisait, en termes simples, était d’utiliser la sanction spirituelle la plus grave que l’Église puisse imposer à un fidèle — la rupture de sa communion — comme moyen de pression pour que deux citoyens renoncent à saisir les tribunaux de leur propre pays pour défendre leur honneur.

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L’utilisation d’une peine médicinale à une fin totalement étrangère au salut des âmes, qui est la seule cause que le Droit de l’Église reconnaît à ce type de sanctions, constitue un abus spirituel dans sa forme la plus crue, dans la mesure où il instrumentalise la communion ecclésiale d’une personne comme monnaie d’échange pour protéger un officier des conséquences de ses propres actes.

Cette même procédure est, en même temps, une fraude à la loi, car le précepte pénal canonique existe pour prévenir ou corriger des délits canoniques et non pour protéger un agent du Saint-Siège face à une procédure pénale instruite devant une juridiction civile, de sorte que le détourner vers cet objet revient à utiliser l’instrument contre la finalité pour laquelle l’ordre juridique l’avait prévu ; et c’est, de plus, un abus de pouvoir classique, car les charges imposées dépassent tout objectif correctif imaginable et révèlent, par leur propre disproportion, que leur véritable objet était l’impunité du dénoncé.

Reste à considérer l’aspect le plus trouble de tous. Le document apparaissait attribué à François et précédé de son nom, mais il était dépourvu — et c’est un fait vérifiable sur le document lui-même, non une simple affirmation des personnes concernées — de numéro de protocole, de folio et de toute référence à un dossier, une absence qui est tout simplement impensable dans un acte authentique du Saint-Siège, où, comme le rappellent ceux qui connaissent le fonctionnement de la curie, même la plus routinière des demandes laisse une trace dans les registres.

À cette anomalie formelle s’ajoute le récit de l’audience que François leur a lui-même accordée en novembre 2024, qui correspond de manière troublante à cette donnée matérielle : selon ce qu’ils rapportent, le Pontife, en lisant le document qu’ils lui ont eux-mêmes remis, l’a qualifié d’erreur, a demandé s’ils étaient ceux qui l’avaient fait et a fini par le révoquer de sa propre main à côté de la signature qui le précédait.

La question que le Pape leur aurait posée n’a de sens que si la signature a été obtenue sur un texte dont il ne connaissait pas le contenu, et si tel était le cas, la conclusion qui s’impose est que quelqu’un a confectionné et transmis au nom du Pontife romain un acte que le Pontife n’avait pas fait sien, ce qui équivaudrait à une usurpation de fait de la fonction papale et à l’utilisation de l’autorité suprême de l’Église comme couverture d’un intérêt strictement personnel.

Réunis tous les éléments, l’image qui en résulte est celle d’une mission née pour écouter et réparer les victimes qui a fini par générer de nouvelles victimes, et celle d’un officier chargé de garder la confiance de ceux qui venaient témoigner qui a d’abord brisé cette confiance et ensuite, lorsqu’on lui a demandé des comptes, au lieu d’y répondre, a tenté d’imposer le silence aux personnes lésées avec la pire monnaie qu’un prêtre de sa position avait à sa disposition, à savoir la communion avec l’Église.

Les plaignants eux-mêmes partent du principe que les véritables victimes existent, que ceux qui ont commis des délits doivent en répondre dans le cadre d’une procédure régulière et que les personnes lésées doivent être indemnisées. Ce que cette affaire met en évidence, c’est que la mission, du moins dans cet épisode, a violé toutes les garanties qu’elle réclame pour les autres, et que la crédibilité de tout futur processus d’écoute dépend de l’élucidation de la rupture d’un secret professionnel et de l’utilisation d’une excommunication comme instrument de coercition.

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