Le président de la Conférence épiscopale espagnole (CEE) et archevêque de Valladolid, Luis Argüello, a critiqué la faible présence des catholiques laïcs dans le débat public, notamment sur les questions liées à la défense de la vie, de la famille et de la conception de la personne. Le prélat estime qu’il existe une dépendance excessive aux interventions des prêtres et des évêques, tandis que de nombreux fidèles évitent de s’exprimer sur des sujets qui touchent directement la société.
Argüello a fait ces déclarations le mardi 20 octobre lors d’une conférence sur la Doctrine sociale de l’Église organisée au siège d’El Debate, à Madrid, devant les responsables de la coopérative pharmaceutique Bidafarma. Au cours de son intervention, il a également mis en garde contre l’influence des idéologies du genre, de certaines politiques de santé reproductive et de l’écologisme radical, qu’il a qualifiées de trois grandes « bioidéologies » transformant la conception de l’être humain.
Le silence des laïcs dans le débat public
L’archevêque a regretté que de nombreuses questions suscitant la controverse sociale finissent par être traitées presque exclusivement par des membres de la hiérarchie ecclésiastique, alors qu’il revient aussi aux fidèles laïcs d’intervenir selon leurs responsabilités professionnelles, politiques et institutionnelles respectives.
Selon lui, les catholiques travaillant dans les médias, les entreprises ou les institutions publiques devraient participer activement aux débats sur la dignité humaine, le mariage, la famille et l’organisation de la société.
« Il y a trop l’habitude que ce soient les curés ou les évêques qui parlent », a regretté le président de la CEE, qui a souligné le manque d’une participation plus habituelle des laïcs chrétiens sur ces questions.
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Comme exemple d’engagement public, il a rappelé la figure d’Ángel Herrera Oria et son impulsion à l’Association catholique des propagandistes (ACdP), conçue pour promouvoir la présence des catholiques dans la vie sociale, politique et culturelle espagnole.
Argüello a défendu que l’appartenance à un courant politique déterminé n’empêche pas les croyants d’exprimer leurs convictions religieuses et d’agir conformément aux principes de la Doctrine sociale de l’Église, notamment sur les questions liées à la dignité de la personne et au bien commun.
Trois « bioidéologies » qui remettent en question la conception chrétienne de l’homme
Une grande partie de l’intervention a été consacrée à ce que l’archevêque a appelé les trois grandes « bioidéologies » développées durant la seconde moitié du XXe siècle et les premières décennies du XXIe.
La première est l’idéologie du genre, qui, selon lui, est partie d’une revendication légitime comme l’égalité entre hommes et femmes pour finir par remettre en question le sens de la différence sexuelle.
Dans ce contexte, il a critiqué les lois espagnoles sur l’avortement, le « mariage homosexuel » et la transsexualité, estimant qu’elles répondent à une conception anthropologique promue par l’État dans laquelle le corps est subordonné à la volonté individuelle.
La deuxième est liée à certaines politiques de santé sexuelle et reproductive, qui, selon Argüello, ont servi à impulser des réformes législatives favorables à l’avortement et à étendre la mentalité contraceptive. Le prélat a rappelé les avancées scientifiques permettant de mieux connaître le développement de la vie humaine pendant la gestation et a remis en question le fait que ces connaissances n’aient pas conduit à une plus grande protection de l’être conçu.
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La troisième est l’écologisme radical, qu’il a lié aux courants transhumanistes et posthumanistes. Argüello a soutenu que ces trois orientations idéologiques ont pris une place centrale dans le programme de la gauche politique, reléguant les revendications traditionnelles liées au monde du travail.
Le président de la CEE a distingué les objectifs légitimes pouvant se trouver à l’origine de ces courants — l’égalité entre hommes et femmes, la protection de la santé et la préservation de l’environnement — et les conceptions anthropologiques qui, selon lui, s’en sont développées.
La Doctrine sociale de l’Église et la défense de la dignité humaine
Au cours de la conférence, Argüello a également passé en revue le développement historique de la Doctrine sociale de l’Église, depuis les premières communautés chrétiennes jusqu’aux enseignements des pontifes contemporains.
Il a rappelé que la préoccupation de l’Église pour les questions sociales n’a pas commencé avec les encycliques du XIXe siècle, mais qu’elle trouve ses racines dans l’Évangile, les Actes des Apôtres et les écrits des Pères de l’Église.
L’archevêque s’est également référé à la transformation des relations entre l’Église et l’État depuis la Révolution française, ainsi qu’aux tensions qui ont accompagné la reconnaissance de l’autonomie des réalités temporelles. Sur ce point, il a défendu la distinction légitime entre ces deux domaines, sans que cela implique d’exclure les principes chrétiens de l’organisation de la vie sociale.
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Pour Argüello, les questions liées à la vie, à la personne et à la famille occupent une place fondamentale dans la Doctrine sociale de l’Église car elles touchent directement la structure de la société.
Le président de la CEE a insisté sur le fait que la défense de la dignité humaine doit également orienter l’activité des catholiques dans l’entreprise, la politique, les médias et les institutions, domaines dans lesquels il estime nécessaire une plus grande implication des fidèles laïcs.