Par le père Thomas G. Weinandy, OFM Cap.
Le Psaume 57,9 proclame : « Réveille-toi, mon âme ; réveillez-vous, harpe et cithare ! Je réveillerai l’aurore ! ». C’est un verset poétique, mais a-t-il un sens ? Nous pensons normalement que c’est l’aurore qui nous réveille lorsque la première lumière entre par la fenêtre de la chambre. Mais nous ne pensons jamais que nous devons nous lever du lit alors qu’il fait encore nuit pour réveiller l’aurore, comme si, au cas où nous ne la réveillerions pas, l’aurore n’allait pas arriver.
Le temple de l’Ancien Testament était orienté vers l’est. Il le faisait pour symboliser la lumière de la présence de Dieu à l’intérieur du temple. Chaque jour, sans faute, le lever du soleil manifestait que Dieu habitait, d’une manière unique, à l’intérieur du temple.
Ce qui était préfiguré dans l’Ancien Testament trouve son accomplissement dans l’Incarnation. Dans le prologue de son Évangile, Jean proclame que, avant le commencement de la Création, le Verbe était auprès de Dieu et était Dieu. Dieu a créé toutes choses par son Verbe : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas vaincue » (Jean 1,4-5). Le Verbe est la lumière qui donne la vie et qui brille dans les ténèbres du péché et de la mort, de sorte que celles-ci n’ont pu vaincre la lumière salvatrice et vivifiante du Verbe incarné : Jésus.
Plus loin, Jésus fait écho à ce qui avait été proclamé dans le Prologue : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » (Jean 8,12). Si nous suivons Jésus, qui est la lumière qui donne la vie, nous ne marcherons jamais dans les ténèbres du péché et de la mort ; au contraire, nous jouirons de la lumière de la vie sans fin. L’aurore se sera réveillée en nous, et les ténèbres ne la vaincront jamais.
Lorsque Jésus purifia le temple, les Juifs lui demandèrent un signe montrant de quelle autorité il le faisait. Jésus répondit : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai ». Pour les Juifs, « ce » se référait au temple matériel devant lequel ils se tenaient. Cependant, Jésus ne se référait pas au temple, mais à lui-même : « Mais il parlait du temple de son corps. C’est pourquoi, lorsqu’il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait prononcée » (Jean 2,19-22).
Ainsi, Jésus est le temple toujours vivant et qui donne la vie. Demeurer en lui, le nouveau temple, c’est habiter de nouveau dans sa lumière vivifiante : Jésus ressuscité est l’aurore du jour éternel.
Lorsque Jésus fut crucifié, les ténèbres couvrirent la terre. Il semblait que les ténèbres du péché et de la mort avaient remporté la victoire. Les ténèbres avaient vaincu la lumière vivifiante du Verbe incarné de Dieu. Cependant, ce n’est pas un hasard si Jésus ressuscita d’entre les morts au lever d’un nouveau jour. Dans sa Résurrection, Jésus réveilla l’aurore.
Jean le décrit ainsi : « Le premier jour de la semaine, de grand matin, alors qu’il faisait encore sombre, Marie Madeleine se rendit au tombeau et vit que la pierre avait été enlevée. Elle courut alors à la rencontre de Simon Pierre et de l’autre disciple que Jésus aimait, et leur dit : “On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où on l’a mis” » (Jean 20,1-2).
Bien qu’il fît encore sombre, c’était Marie qui était véritablement dans les ténèbres. Elle se rendit au tombeau où elle croyait que Jésus gisait mort. Le tombeau était vide, et elle conclut que quelqu’un avait emporté le corps. Ce qu’elle ne comprit pas, c’est que l’obscurité de la nuit avait cédé la place à la lumière de Jésus glorieusement ressuscité. Les ténèbres du péché et de la mort n’ont pu le vaincre. Une fois de plus, dans sa Résurrection, Jésus réveilla le jour éternel.
La Constitution dogmatique sur l’Église du Concile Vatican II (Lumen gentium) commence ainsi : « Le Christ est la lumière des peuples. C’est pourquoi ce saint Synode, réuni dans le Saint-Esprit, désire ardemment illuminer tous les hommes de sa clarté, qui resplendit sur le visage de l’Église, en annonçant l’Évangile à toute créature ».
En tant que ressuscité, Jésus-Christ est la lumière de toutes les nations. Aucune nation ni aucun peuple n’est exclu. C’est pourquoi les Pères du Vatican II, en union avec le Saint-Esprit, voulurent porter cette lumière vivifiante du Christ à toute l’humanité : une lumière qui se voit visiblement sur le visage de l’Église elle-même. L’Église réveille l’aurore du salut dans le monde entier et pour tous les temps.
De plus, chaque membre de l’Église devient lumière pour tous ceux avec qui il vit. Dans le baptême, les baptisés sont transformés : de la naissance dans le péché et la mort, ils deviennent de nouvelles créatures en Christ, remplies de l’Esprit.
Cela est symbolisé par la remise d’un cierge. Aux baptisés est remis un cierge allumé, qui signifie qu’ils ne vivent plus dans l’ombre des ténèbres, mais qu’ils sont entrés dans la lumière céleste et éternelle. De même, les baptisés doivent être des lumières vivantes pour le monde, par ce qu’ils disent et font. Ils doivent réveiller l’aurore chez les autres.
Il y a huit cents ans mourut saint François d’Assise : son transitus, son passage de cette vie à la vie éternelle. En son temps, François réveilla l’aurore dans un monde qui s’était refroidi. Il apporta la chaleur de l’Évangile non seulement par sa prédication, mais aussi par l’exemple de sa propre vie. Il devint un autre Christ : une lumière vivante que tous pouvaient contempler.
À l’occasion du 800e anniversaire de sa mort, le pape Léon XIV a proclamé une Année jubilaire spéciale en l’honneur de saint François d’Assise. Cette Année jubilaire a commencé le 10 janvier 2026 et se termine le 10 janvier 2027.
De même que saint François aspirait à son transitus, nous devrions tous attendre avec impatience notre passage au Ciel. En attendant, nous devons nous efforcer de réveiller l’aurore.
À propos de l’auteur
Thomas G. Weinandy, OFM, écrivain prolifique et l’un des théologiens vivants les plus éminents, a été membre de la Commission théologique internationale du Vatican. Son livre le plus récent est le troisième volume de Jesus Becoming Jesus: A Theological Interpretation of the Gospel of John: The Book of Glory and the Passion and Resurrection Narratives.