Par Michael Pakaluk
« Nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8:28).
Les désastres doivent survenir dans ce monde déchu, et peut-être nous atteindront-ils. Il y a relativement peu de paroles de Jésus que l’Esprit Saint a jugé bon de préserver. Mais l’une d’elles aborde le fait des désastres. À propos de ces Galiléens dont Pilate mêla le sang à leurs sacrifices, ou des 18 victimes de ce que nous pourrions appeler « le désastre de la tour de Siloé » : « … pensez-vous qu’ils étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous de même. » (Luc 13:4-5)
Comme c’est sa coutume, Notre Seigneur utilise ici les réalités visibles comme signes de l’invisible. Il connaît la nature humaine : les désastres nous invitent à ressentir, pour notre honte, que nous, les vivants, sommes en quelque sorte « meilleurs » que ceux qui sont morts. Cette réaction est révélatrice, car elle montre que nous interprétons inévitablement les désastres comme des événements moraux. Peu importe ce que certains disent intellectuellement : nous ne parvenons pas à les interpréter comme des faits du hasard sans signification.
Et cette propension est fondamentalement juste. Notre Seigneur nous enseigne sa signification : les désastres visibles ne sont pas destinés à trier, comme le fait le Jugement dernier. Ce sont de simples images du seul véritable désastre, la condamnation. Et ils doivent nous stimuler à nous repentir.
Nous adoucissons le propos de Léon Bloy, selon lequel la seule tragédie dans la vie humaine est de ne pas être saint, si nous omettons de considérer qu’il n’y a qu’une alternative éternelle à la sainteté.
Beaucoup d’entre nous, vivants dans les jours qui ont suivi les attentats du 11-Septembre, avons vu et revu les vidéos des avions s’écrasant contre les tours, sans y croire encore. Nous aimions nous heurter à nous-mêmes à plusieurs reprises, d’abord, provoquant la sensation que « si seulement » ceci ou cela ne s’était pas produit, nous aurions pu l’éviter. « Si seulement » l’école de pilotage les avait dénoncés ; « si seulement » cet employé soupçonné de la compagnie aérienne à Portland ne les avait pas laissés monter). Et ensuite, deuxièmement, avec la sensation que « mais cela s’est vraiment produit », ce qui revient à dire « cela a vraiment été permis par Dieu. Et c’est choquant.
Mais nous repentons-nous, toi et moi ? Chaque épisode de ce choc auto-infligé a-t-il été suivi d’un cri de miséricorde, passionné et à la hauteur ? Les catholiques ont-ils adopté de nouvelles mortifications en expiation ? Les gens sont bien retournés à l’église, on l’a remarqué, mais ces bons élans ont vite été engloutis par la vengeance et la guerre.
Saint Paul parle de la différence entre la volonté « permissive » et la volonté « parfaite » de Dieu. Comment savoir si un désastre est l’une ou l’autre pour nous ? Nous pourrions regarder le jour avant le désastre.
Il y a vingt-cinq ans, le 10 septembre 2001, Todd Beamer revenait d’un voyage de cinq jours à Rome avec sa femme, Lisa, qui était enceinte de leur troisième enfant. Oracle l’avait envoyé là-bas avec un groupe de 500 autres employés et invités, en récompense de son excellence dans les ventes.
Todd était un chrétien évangélique. Quand il était à Rome, lui et sa femme sont-ils allés entendre l’homme largement réputé comme saint, Jean-Paul II, qui donnait une Audience générale sur la place Saint-Pierre sur le Psaume 47 ? Même si ce n’est pas le cas, sûrement les paroles du saint prononcées alors ont articulé le sens de Dieu pour leurs vies :
Jusqu’à la venue du Messie, espérance des nations, les païens n’adoraient pas Dieu et ne savaient pas qui il est. Jusqu’à ce que le Messie les rachetât, Dieu ne régnait pas sur les nations par leur obéissance et leur culte. Maintenant, au contraire, par sa Parole et son Esprit, Dieu règne sur eux parce qu’il les a sauvés de l’erreur et les a faits ses amis.
Une fois à la maison, Todd devait voyager à San Francisco pour rendre service à un ami en étant présent à une réunion avec Sony. Cependant, pour passer plus de temps à la maison avec sa femme et ses jeunes enfants avant de repartir, il décida de ne pas prendre un vol de nuit, ce qui était sa pratique habituelle, pour arriver la veille au soir, mais de prendre un vol matinal, le 11 septembre. Ce choix fut-il une erreur fatale ?
En résumé : c’était un chrétien croyant. Il faisait bien son travail. Lui et sa femme étaient généreux en accueillant des enfants. C’était un bon ami pour un collègue. Il faisait des sacrifices pour passer du temps avec sa famille. Pour un jeune chrétien, on peut à peine imaginer une période de jours mieux vécue.
Comme il faisait exactement ce que Dieu voulait (« à ceux qui aiment Dieu »), il s’ensuit, je crois, que sa présence dans cet avion était conforme à la volonté parfaite de Dieu. Les ravisseurs malveillants ont fait ce qu’ils ont fait seulement selon la volonté permisive de Dieu. Mais Todd suivait la volonté parfaite de Dieu et, quand il lui est devenu clair, comme aux autres héros du vol 93, qu’il devait mourir, il a pu affirmer que Dieu l’avait mis dans cet avion pour une raison.
Il est très probable qu’il l’ait vu lui-même, car il a demandé à une opératrice par un Airfone de prier avec lui le Notre Père, avec sa demande : « Que ta volonté soit faite ». Toutes choses lui ont concouru au bien, non parce qu’il a évité les désastres — clairement —, mais parce qu’il lui a été accordé le don d’imiter le Christ.
À la veille du 25e anniversaire des attentats du 11-Septembre, si nous cherchons des leçons, suivons l’exemple de Todd Beamer. Un critique pourrait dire que nous avons passé vingt-cinq ans à exprimer de la colère plutôt qu’à nous repentir. Nous avons construit un État de sécurité et mené deux guerres et nous ne semblons pas plus disposés à sacrifier nos vies pour les autres que nous ne l’étions le 10 septembre 2001. Todd Beamer était prêt, non parce qu’il prévoyait des terreurs et prenait des précautions, mais parce que ses jours ordinaires appartenaient déjà à Dieu.
Commençons aussi l’ordinaire du 10 septembre et demandons-nous : si aujourd’hui était notre jour d’avant, notre vie du lendemain donnerait-elle le même témoignage que la sienne ?
À propos de l’auteur
Michael Pakaluk, spécialiste d’Aristote et Membre ordinaire de l’Académie pontificale Saint Thomas d’Aquin, est professeur d’Économie politique à la Busch School of Business de la Catholic University of America. Il vit à Hyattsville, MD, avec sa femme Catherine, également professeure à la Busch School, et leurs enfants. Son recueil d’essais, The Shock of Holiness (Ignatius Press), est déjà disponible. Son livre sur l’amitié chrétienne, The Company We Keep, est déjà disponible chez Scepter Press. Il a contribué à Natural Law: Five Views, publié par Zondervan en mai dernier, et son livre évangélique le plus récent est paru chez Regnery Gateway en mars, Be Good Bankers: The Economic Interpretation of Matthew’s Gospel. Vous pouvez le suivre sur Substack à Michael Pakaluk.