La Diocèse d’Asidonia-Jerez, en Andalousie, a promulgué une nouvelle Norme diocésaine sur la Piété populaire et les Confréries et Fraternités qui remplacera le célèbre « Livre Vert », en vigueur depuis 2004. Le texte maintient l’exigence que ceux qui dirigent les confréries soient des catholiques pratiquants et mènent une vie chrétienne cohérente, mais développe ce principe par de nouveaux contrôles et déclarations sur la doctrine, la morale et la situation personnelle des candidats. Il double également à dix ans et 200 membres les conditions requises pour créer une nouvelle confrérie.
La norme a été rendue publique le 24 août par le diocèse dirigé par Mgr José Rico Pavés et entrera en vigueur le 24 septembre prochain, solennité de Notre-Dame de la Merci, patronne de Jerez de la Frontera, initialement ad experimentum pendant un an. Son élaboration a commencé en décembre 2023 et certaines de ses dispositions avaient été anticipées au cours des derniers mois par des décrets épiscopaux.
De « catholique pratiquant » à des exigences concrètes
L’exigence de cohérence avec la foi catholique ne naît pas avec la norme de 2026. Le Livre Vert de 2004 établissait déjà parmi les conditions pour être candidat à un Conseil d’administration celle d’être « catholique pratiquant, avec une vie chrétienne personnelle, familiale et sociale reconnue ».
La nouvelle réglementation conserve cette exigence, mais la développe considérablement. L’article 97 établit que les candidats doivent avoir achevé l’initiation chrétienne — Baptême, Confirmation et Eucharistie — et être catholiques pratiquants, avec une vie chrétienne reconnue dans les domaines personnel, familial et social.
Il ajoute en outre expressément qu’ils ne peuvent se trouver « dans une situation de cohabitation irrégulière, contraire à l’enseignement de l’Église catholique », en renvoyant aux numéros 2331-2398 du Catéchisme, correspondant à l’enseignement sur le sixième commandement et la morale sexuelle.
La nouveauté réside surtout dans la manière d’attester ces conditions.
Les candidats devront fournir une documentation différente selon leur état civil. Les célibataires présenteront, entre autres documents, une déclaration sous serment de célibat et, le cas échéant, une autre sur la manière de comprendre et de vivre une relation pré-matrimoniale. Les personnes mariées devront déclarer qu’elles comprennent et vivent le mariage conformément à l’enseignement de l’Église.
La norme prévoit également expressément les cas de veuvage, de séparation et de divorce et établit la documentation et les déclarations que les candidats devront fournir dans chaque cas.
Protestation de foi sous serment
Les candidats devront également présenter une « Protestation de foi et acceptation de la doctrine et de la morale catholique », au moyen d’un document écrit et signé sous serment devant l’assistant ecclésiastique.
Ils devront également attester qu’ils n’ont pas d’antécédents judiciaires ni pour des délits sexuels et présenter une déclaration responsable de rejet des abus sur les mineurs et les personnes vulnérables ainsi que d’acceptation du protocole diocésain correspondant.
L’aptitude du candidat ne dépendra pas exclusivement de la confrérie elle-même. L’assistant ecclésiastique devra émettre un rapport et la documentation sera transmise à l’Ordinaire, qui pourra demander des informations supplémentaires au curé du siège de la confrérie, à celui de la paroisse où réside le candidat ou à d’autres personnes.
Ces exigences s’inscrivent dans une ligne que Rico Pavés avait déjà développée par des décrets antérieurs. En avril de cette année, par exemple, il a établi des exigences similaires pour les candidats aux présidences et aux membres permanents des conseils locaux des confréries.
Les incompatibilités politiques sont élargies
L’incompatibilité entre certaines responsabilités politiques et la direction des confréries n’est pas non plus entièrement nouvelle.
La norme précédente interdisait déjà d’occuper des postes dans les conseils d’administration aux personnes ayant certaines responsabilités politiques et institutionnelles. Le nouveau texte maintient cette incompatibilité et en élargit la portée.
Ne pourront être candidats ceux qui exercent des fonctions de direction ou de porte-parole dans des partis politiques ni ceux qui exercent une autorité civile exécutive aux niveaux national, régional, provincial ou municipal.
En outre, l’interdiction s’étend désormais à d’autres responsabilités confrériques : ceux qui se trouvent dans ces situations ne pourront pas non plus exercer comme capataces, habilleurs des titulaires, caméristes ou majordomes.
Les hommes politiques concernés par ces incompatibilités ne pourront pas non plus exercer comme hérauts ou panégyristes.
Les hérauts et conférenciers devront accepter la doctrine catholique
Le contrôle de l’identité catholique s’étend aux personnes qui interviennent publiquement sur commande d’une confrérie.
Ceux qui sont proposés pour prononcer une conférence ou un héraut consacré à une fête ou à un titulaire sacré, ainsi que pour réaliser des publications au nom d’une confrérie, auront besoin au préalable de l’approbation de l’assistant ecclésiastique et de la Délégation diocésaine des Confréries et Fraternités.
Une fois la mission acceptée, ils devront signer une déclaration sous serment de connaissance et d’acceptation de la doctrine et de la morale de l’Église.
Le formulaire inclus dans la norme engage le signataire à demeurer en communion de foi, de culte et de discipline avec le Pape et l’évêque et à ne rien dire ni enseigner pendant sa mission qui soit contraire à la doctrine et à la morale catholiques.
Dix ans et 200 membres pour créer une nouvelle confrérie
Un autre des changements substantiels concerne la création de nouvelles confréries.
Jusqu’à présent, le Livre Vert établissait une période minimale de cinq ans en tant que groupe paroissial avant d’avancer dans le processus et exigeait au moins 100 membres de plein droit majeurs.
La nouvelle norme double ces deux exigences : il faudra dix ans ininterrompus en tant que groupe paroissial de caractère transitoire et un minimum de 200 membres de plein droit majeurs de 18 ans pour demander l’érection canonique en tant que confrérie et fraternité.
Apparaît également une nouvelle limitation concernant le siège canonique. Une confrérie ne pourra le changer qu’après l’écoulement de 30 ans depuis son érection, bien que les autorisations ecclésiastiques correspondantes restent nécessaires.
Quatre ans de mandat et un maximum de deux consécutifs
La réforme unifie également la durée des conseils d’administration.
Les mandats seront de quatre ans. Jusqu’à présent, il existait des confréries dont les statuts prévoyaient des périodes de cinq ans. Les membres des conseils pourront être réélus pour la même fonction uniquement pendant un second mandat consécutif.
Les processus électoraux devront commencer cinq mois avant la fin du mandat, contre quatre auparavant.
Pour être frère majeur ou lieutenant de frère majeur, il sera nécessaire d’avoir plus de 25 ans et de compter au moins cinq ans d’ancienneté ininterrompue dans la confrérie.
Un plus grand contrôle économique et disciplinaire
La norme renforce également la supervision économique des confréries et des conseils locaux.
Les comptes devront être transmis à l’autorité diocésaine et rendus publics selon les termes établis par la nouvelle réglementation. Les conseils locaux qui dépassent certains volumes budgétaires devront en outre bénéficier d’une assistance professionnelle externe pour leur gestion fiscale et comptable.
Le régime disciplinaire acquiert une importance particulière. Les irrégularités électorales peuvent entraîner la répétition des élections et l’interdiction pendant quatre ans des responsables qui en ont tiré profit. Si les anomalies persistent, l’évêque pourra nommer un commissaire.
La célébration de cultes extraordinaires sans autorisation peut priver une confrérie de la possibilité de célébrer de nouveaux cultes extraordinaires pendant quatre ans, accompagnée de l’interdiction du Conseil d’administration et de la nomination d’un commissaire épiscopal.
Sont également prévues des sanctions pour les irrégularités économiques et pour les manquements liés aux sorties processionnelles. Dans certains cas, les infractions peuvent aboutir à la suspension des cultes externes pendant un an ou de la prochaine station de pénitence.
La norme introduit en outre des pénalités économiques pour les retards injustifiés dans les horaires processionnels, liées aux revenus provenant des chaises et des loges de la course officielle.
Processions et cultes externes
La nouvelle réglementation consacre une partie importante aux processions, translations, chemin de croix et autres actes de piété populaire, incorporant également des dispositions que Rico Pavés avait précédemment approuvées par des décrets spécifiques.
Les processions devront se célébrer avec « esprit de piété, recueillement et foi » et il appartiendra au curé de corriger les abus « si anciens soient-ils ».
Les chemin de croix et rosaires publics avec images devront utiliser des andas simples. Ils pourront être accompagnés d’un chœur ou de musique de chapelle, mais non de fanfares, et leur durée ne pourra dépasser une heure et demie.
Dans les processions eucharistiques, il ne pourra être incorporé de pasos avec images, distinguant ainsi le culte d’adoration réservé à Dieu de la vénération rendue aux saints et à leurs images.
Une année « ad experimentum »
La nouvelle norme remplacera le Livre Vert approuvé en décembre 2004, après plus de deux décennies comme cadre général des confréries d’Asidonia-Jerez.
Elle entrera en vigueur le 24 septembre 2026 et sera appliquée initialement ad experimentum pendant un an. Pendant cette période, des corrections et suggestions pourront être formulées avant que l’évêque ne détermine son entrée définitive en vigueur avec les modifications qu’il jugera opportunes.
À partir de son entrée définitive en vigueur, les confréries, fraternités et conseils locaux disposeront de deux ans pour adapter leurs statuts et règlements de régime intérieur aux nouvelles dispositions.
La réforme de Rico Pavés ne part donc pas d’un vide concernant l’identité catholique des confréries. Le Livre Vert exigeait déjà que leurs dirigeants soient des catholiques pratiquants et mènent une vie chrétienne reconnue. La norme de 2026 va plus loin en traduisant ce principe général en exigences concrètes, déclarations sous serment, documentation et procédures de vérification, tout en réformant largement le régime électoral, disciplinaire, économique et processionnel des confréries.