Par Kristen Ziccarelli
Peu de choses sont plus étrangères à l’imagination moderne que l’idée d’un roi chrétien. Nous sommes habitués à séparer le sacré du politique, la foi de la vie publique et l’Église de l’organisation de la société. Mais pendant une grande partie de l’histoire chrétienne, ces divisions auraient semblé presque impossibles.
La fête d’aujourd’hui du roi saint Louis IX de France (25 août) nous offre l’occasion de redécouvrir un joyau de la sagesse médiévale : la perspective selon laquelle l’autorité politique peut être véritablement ordonnée vers le Christ. Le roi saint Louis IX, qui régna sur la France de 1226 à 1270, est considéré par beaucoup comme le plus grand roi médiéval et le seul véritable roi saint de France. Son règne est un modèle durable de royauté chrétienne, au point que les générations suivantes de monarques français étaient censées l’imiter.
Dans son règne se trouve une compréhension sophistiquée et sainte que sa royauté appartenait au Christ.
Dans son royaume, il n’y avait pas d’État séculier tapi sous des oripeaux religieux, attendant d’en être séparé. Le royaume lui-même était ordonné autour des sacrements et de la vision de la foi sur l’homme, la justice, l’autorité, la famille, le culte et le bien commun. Les catégories de « religieux » face à « séculier », si familières pour nous, ne structuraient pas la société médiévale.
Par contraste, le roi saint Louis IX gouverna en priorisant le salut des âmes de ses sujets. Il gouverna pour la France, acquérant la Couronne d’Épines, un grand fragment de la Vraie Croix et la Sainte Lance, et commandant la magnifique Sainte-Chapelle de Paris pour abriter ces reliques. La Couronne d’Épines devint le trésor sacré de la monarchie française elle-même, placée au cœur de la cour royale : ainsi, sa propre couronne existait sous la couronne du Christ.
Quel est le sens de la royauté sociale du Christ ? En tant que catholiques, nous comprenons le Christ comme Prêtre, Prophète et Roi. Sa royauté s’étend sur les individus, les familles, les nations et les peuples. Le pape Pie XI l’exprima avec force dans Quas primas, son encyclique de 1925 qui institua la fête du Christ Roi. Le Christ possède la royauté non seulement dans sa divinité, mais aussi en tant qu’homme, ayant reçu du Père « pouvoir, gloire et royaume ».
Le pape Pie XI connecta explicitement le salut des individus avec l’organisation de la société, arguant que la royauté du Christ ne peut être confinée à la sphère privée. En concluant Quas primas,il exprima l’espoir que la célébration annuelle du Christ Roi rappelle aux gouvernants et aux princes qu’ils doivent aussi honneur public et obéissance au Christ, et que l’État devrait tenir compte des commandements de Dieu et des principes chrétiens en faisant les lois, en administrant la justice et en éduquant les jeunes.
Ce n’est pas un appel à ce que l’État force ses citoyens à se convertir, ni à légiférer le catholicisme. C’est la reconnaissance de ce que nous savons tous : que les communautés politiques ne peuvent exister sans fondements moraux. Toute société repose sur des suppositions concernant ce qu’est l’homme, ce qui constitue la justice, quels droits et devoirs appartiennent aux familles et ce qui constitue le bien commun.
Le christianisme catholique n’a jamais considéré l’autorité du Christ comme quelque chose qui s’arrête aux portes de l’église. Et pourtant, beaucoup de gens aujourd’hui se contentent de reléguer la foi à la sphère privée.
Dans la vie du roi saint Louis IX, on peut observer avec quelle sérieux il prit sa responsabilité première d’administrer la justice. Et, comme la justice ne peut être séparée de l’amour, le gouvernant chrétien était appelé non pas simplement à administrer une bureaucratie, mais à cultiver une société ordonnée vers le bien.
Sa sainteté, aussi, était inséparable de sa royauté.
Louis donnait généreusement aux pauvres et les servait en personne. Il se déguisait en mendiant et sortait du palais pour servir les pauvres et rencontrer ses sujets. Il fut un époux dévoué et père de dix enfants, et prit au sérieux sa responsabilité de les élever dans la Foi.
Sa lettre à son fils Philippe III affirme : « La première chose que je te conseille est de fixer tout ton cœur en Dieu et de l’aimer de toutes tes forces ». Sans cela, « personne ne peut être sauvé ni avoir aucune valeur ». Béni lui-même d’avoir été élevé par une femme chrétienne dévote, saint Louis instruisit son fils à éviter le péché mortel, à se confesser fréquemment, à aimer l’Église, à pratiquer la vertu, à chercher la justice, à éviter la guerre inutile avec les autres chrétiens et à s’abstenir de taxer injustement ses sujets.
Pour lui, la sainteté personnelle et la justice du royaume n’étaient pas séparables, et c’est pourquoi il ne voyait pas d’autre option que la poursuite de l’amour et de la vertu. Saint Louis et les autres saints monarques d’Europe nous montrent comment le discernement peut s’appliquer de manière concrète au leadership : qu’un chrétien peut gouverner avec magnanimité, construire, légiférer, administrer la justice, élever une famille, servir les pauvres et poursuivre la sainteté comme une seule vocation intégrée. Saint Louis mourut finalement lors de la Huitième Croisade, consacrant ses dernières années au service de la foi chrétienne qu’il avait passé sa vie à défendre.
Il y a de bons chrétiens dans la sphère publique d’aujourd’hui qui perçoivent qu’il y a quelque chose de perdu, surtout dans la manière dont la politique est passée progressivement de nier la suprématie spirituelle de l’Église à écarter les gouvernements de Dieu complètement.
La vision assez large pour unir ces préoccupations et prescrire une solution est la royauté sociale du Christ. C’est une vision suprapolitique parce qu’elle transcende la politique, mais l’implique de manière directe. Elle ne dépend pas de la fortune d’aucun parti, élection, mouvement ou régime particulier. Elle commence avec la nature du Christ lui-même, et peut être pratiquée parce que la royauté du Christ peut donner forme à des institutions concrètes et aux personnes qui les habitent.
Et c’est peut-être la plus grande leçon du roi saint Louis IX pour notre propre ère fracturée : le Christ ne cesse pas d’être Roi même si nos dirigeants élus ne le reconnaissent pas. Nous, chrétiens, sommes un peuple de miracles. Si nous cherchons une vision capable de renouveler l’âme de l’Europe, nous pourrions commencer par la conviction que le Christ est Roi dans tous les domaines de nos vies.
À propos de l’auteur
Kristen Ziccarelli est une écrivaine qui vit à Washington, D.C.