L’évêque de Vintimille-San Remo, monseigneur Antonio Suetta, a publié un vade-mecum juridique et pastoral pour réglementer les funérailles catholiques dans son diocèse, situé dans la région italienne de Ligurie, à la frontière avec la France. Le document, signé le 15 août, rappelle qui a droit à un enterrement ecclésiastique et établit des dispositions sur la célébration de la Messe, les éloges funèbres, la musique, les objets placés près du cercueil, la crémation et les offrandes remises à l’occasion des funérailles.
La publication intervient après que Suetta a empêché début août la célébration des funérailles catholiques d’un membre connu de la franc-maçonnerie. Après avoir pris connaissance publiquement de son appartenance à une loge, le prélat a annoncé l’élaboration d’indications pastorales et canoniques. Le nouveau document consacre précisément une section complète à expliquer l’incompatibilité entre la foi catholique et la franc-maçonnerie et ses conséquences pour les funérailles.

Les funérailles catholiques ne sont pas un hommage au défunt
Le point de départ du document est la nature surnaturelle des funérailles. Suetta rappelle, en citant le canon 1176 du Code de droit canonique, que par celles-ci l’Église demande une aide spirituelle pour les défunts, honore leurs corps et offre aux vivants la consolation de l’espérance.
L’évêque identifie trois fins principales : prier pour le défunt, honorer son corps — destiné à la résurrection — et apporter consolation et espérance chrétienne à ceux qui restent vivants. Le document précise en outre que le bien spirituel du défunt prime sur la fonction de consolation pour les proches et les connaissances.
À partir de cette conception, Suetta met en garde contre la « mondanisation » des funérailles et leur transformation en actes centrés principalement sur les souvenirs et les émotions des proches et des amis. Le risque, souligne-t-il, est de substituer la référence à la miséricorde de Dieu et aux réalités dernières — mort, jugement, enfer et paradis — par une célébration de la mémoire du défunt.
Ni maillots de football ni symboles politiques
Le vade-mecum concrétise cet avertissement dans des aspects habituels des funérailles. Les références excessivement terrestres aux goûts musicaux, sportifs ou politiques du défunt, indique Suetta, peuvent dénaturer le sens de l’accompagnement spirituel.
Pour cette raison, il considère hors de propos les décorations ou vêtements aux couleurs de l’équipe de football du défunt, d’un parti politique ou de certains mouvements d’opinion. Le document distingue ces éléments des références professionnelles ou institutionnelles, qui peuvent exprimer de manière sobre la reconnaissance de la fonction exercée par la personne décédée.
Les dispositions finales établissent en outre qu’aucun objet étranger à la célébration et à l’esprit des funérailles chrétiennes ne soit introduit dans l’église ni placé autour du cercueil. Pendant le rite, on ne doit pas non plus utiliser de textes ou d’images enregistrés ni interpréter des chants ou des musiques étrangers à la liturgie.
Limites aux éloges et discours des proches
Suetta accorde une attention particulière aux interventions des proches et des amis. Le document constate que ces souvenirs peuvent être excessivement longs, nombreux ou émouvants et se produire à des moments inappropriés de la célébration. Il rejette également que l’ambon soit utilisé pour ce type de discours.
Les dispositions diocésaines n’autorisent pas d’interventions d’adieu pendant le rite. Exceptionnellement, le curé ou le recteur pourra permettre quelques brèves paroles à la fin de la célébration, à condition qu’il existe préalablement un texte écrit et qu’il ait été approuvé. Même dans ce cas, l’ambon ne pourra pas être utilisé.
L’indication ordinaire est de convenir avec les proches d’un moment en dehors de l’église ou au cimetière pour les discours d’adieu.
Suetta réaffirme que les francs-maçons peuvent être privés des funérailles
Une partie substantielle du document est consacrée à déterminer qui a droit à recevoir les funérailles. L’évêque reproduit le canon 1184, qui prévoit leur refus, lorsqu’il n’existe pas avant la mort un signe de repentir, aux apostats, hérétiques et schismatiques notoires ; à ceux qui ont choisi la crémation pour des raisons contraires à la foi chrétienne ; et à d’autres pécheurs manifestes lorsqu’il n’est pas possible d’accorder les funérailles sans scandale public.
En développant ce dernier cas, le vade-mecum mentionne expressément l’appartenance délibérée à des associations maçonniques. Suetta rappelle qu’un signe de repentir avant de mourir suffit pour pouvoir présumer le désir de quitter la situation de péché grave manifeste. Il précise également que la privation des funérailles ne constitue pas un jugement sur le destin éternel du défunt.
L’évêque consacre ensuite un chapitre complet à la franc-maçonnerie. Il y reproduit la déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi de 1983, approuvée par saint Jean-Paul II, selon laquelle le jugement négatif de l’Église demeure inchangé parce que les principes des associations maçonniques sont incompatibles avec la doctrine catholique. Les catholiques qui en font partie, rappelle le texte, « sont en état de péché grave et ne peuvent accéder à la Sainte Communion ».
Suetta recueille également la réponse du Dicastère pour la doctrine de la foi de novembre 2023, approuvée par François, qui a de nouveau confirmé l’interdiction. À partir de ces dispositions, il conclut qu’à une personne dont l’appartenance à la franc-maçonnerie est notoire et qui ne s’en est pas écartée ni n’a manifesté de repentir doivent être refusées les funérailles ecclésiastiques conformément au canon 1184.
Ni la bénédiction du cadavre
Le document va plus loin et aborde ce qui se passe lorsqu’une personne ne peut pas recevoir les funérailles ecclésiastiques. Suetta soutient que la bénédiction du défunt ne convient pas non plus lorsque celui-ci est mort dans la situation qui détermine l’exclusion des funérailles catholiques.
Le vade-mecum argue que procéder autrement contredirait le sens de la bénédiction elle-même et risquerait de la réduire à une simple formalité extérieure ou, selon les termes du document, de l’assimiler à une « action magique ».
Il n’est pas toujours nécessaire de célébrer une Messe
Un autre aspect abordé est l’identification habituelle entre funérailles catholiques et Messe funèbre. Bien que les funérailles soient normalement célébrées au cours de la Messe, Suetta rappelle que certaines circonstances peuvent rendre opportun de se passer de la célébration eucharistique et de réaliser uniquement une liturgie de la Parole.
Parmi les raisons qu’il indique figure le risque que des personnes qui ne réunissent pas les conditions requises reçoivent la Communion pendant un enterrement. Le document rappelle donc aux prêtres l’opportunité d’expliquer les conditions pour recevoir licitement l’Eucharistie : état de grâce, jeûne eucharistique et conscience due de ce qui est reçu.
Les dispositions établissent que, lorsqu’il est jugé opportun ou nécessaire d’omettre la Messe et de célébrer les funérailles par une liturgie de la Parole, le curé devra consulter l’évêque et suivre ses indications.
L’Église préfère la sépulture à la crémation
Suetta aborde également la crémation. Le document rappelle que l’Église la permet tant qu’elle n’a pas été choisie pour des motifs contraires à la doctrine chrétienne, mais maintient la recommandation de conserver « la pieuse coutume d’ensevelir les corps des défunts ».
Il réaffirme également l’interdiction de disperser les cendres dans l’air, la terre ou l’eau et de les transformer en objets commémoratifs ou en pièces de joaillerie.
Les dispositions diocésaines indiquent en outre que, en règle générale, les funérailles doivent être célébrées avant la crémation. Si exceptionnellement celle-ci a déjà eu lieu et que la famille demande les funérailles avec l’urne présente, le prêtre devra consulter l’évêque.
Les pompes funèbres ne peuvent pas percevoir au nom de l’Église
Le vade-mecum termine en réglementant une question pratique liée aux entreprises de pompes funèbres. Le diocèse avertit que ces compagnies ne sont pas autorisées à solliciter, au nom de l’Église, aucune offrande ni à fixer un montant pour le service liturgique.
La contribution faite à l’occasion de funérailles doit être un acte libre du fidèle selon ses possibilités et remise directement au curé, pouvant préciser si elle est destinée aux besoins de la paroisse, de l’église, du prêtre célébrant ou à des œuvres de charité.
Le document, daté de San Remo le 15 août, solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, est signé par monseigneur Antonio Suetta lui-même et destiné expressément au clergé et aux fidèles du diocèse.