Bons et vaccins

Bons et vaccins
Pope Pius XI in 1930 [source: Wikipedia]

Par Daniel Guernsey

L’État de Floride menace de retirer plus d’un milliard de dollars de fonds de liberté de choix scolaire aux écoles catholiques parce que celles-ci refusent d’admettre des enfants non vaccinés, conformément à la politique de la Conférence catholique de Floride.

La notification de la procureure générale de Floride à la Conférence l’invite à respecter les droits de conscience des citoyens de Floride qui ne souhaitent pas administrer à leurs enfants des vaccins dérivés de tissus fœtaux avortés. L’avis exige que soit clarifiée, avant hier (7 août), la base religieuse de la Conférence pour refuser les exemptions pour des motifs de conscience.

La Conférence catholique de Floride a soutenu que, puisque les évêques de l’État considèrent que tout lien entre les vaccins et l’avortement est extrêmement lointain et insignifiant, les vaccins sont moralement acceptables. Comme il n’existe aucune raison pour que quiconque s’oppose aux vaccins selon la doctrine catholique, les écoles catholiques ne devraient pas accorder d’exemptions religieuses.

Bien que cette situation soit complexe, la tradition catholique dispose d’un cadre conceptuel qui peut aider à la résoudre. L’encyclique de Pie XI de 1929, Divini Illius Magistri (« Ce divin Maître »), offre un résumé éclairant. Elle identifie trois sociétés nécessaires : la famille, l’État et l’Église. Chacune possède des droits et des responsabilités propres.

La famille, de droit naturel et divin, a la responsabilité première et le soin le plus intime de l’enfant, y compris l’éducation et la santé, bien que la famille ne puisse violer la loi naturelle ni la loi divine.

L’État a le droit et le devoir d’assister la famille dans l’accès aux services qu’elle ne peut se procurer elle-même de manière raisonnable, tels que l’éducation intégrale et la santé publique et la sécurité de base.

L’Église possède le droit et le devoir divins de veiller au bien-être spirituel et moral de toute l’humanité, ainsi que d’offrir une orientation définitive en matière morale et religieuse.

En appliquant les droits et devoirs de chaque société dans ce cas, nous restons fidèles à l’ancienne notion selon laquelle avoir le droit de faire quelque chose ne le rend pas nécessairement juste :

Premièrement, les parents ont le droit et la responsabilité de superviser les vaccinations de leurs enfants. L’État doit fournir l’accès de base et l’orientation médicale, et l’Église doit offrir l’orientation morale pour informer les parents ; cependant, la coercition usurpe le rôle des parents.

Deuxièmement, l’État a le droit et la responsabilité d’apporter un financement pour que ses citoyens fréquentent les écoles de leur choix et de veiller à la santé publique. Il doit agir avec rectitude morale dans l’exercice de ces pouvoirs. L’État peut percevoir des impôts à cette fin, ainsi qu’établir les définitions et normes nécessaires pour promouvoir de telles fonctions。

Dans le cas de la Floride, l’État peut déterminer qu’il faut permettre aux citoyens des exemptions de vaccination, et peut les définir et les interpréter. Certains experts juridiques affirment que la loi définit généralement l’exemption religieuse ou de conscience en termes larges. Elle n’a pas besoin de se limiter à une clause doctrinale spécifique ou à un point formel, mais peut inclure une motivation religieuse générale liée à un sujet. Un citoyen ne devrait pas avoir besoin d’un avis d’une autorité religieuse pour s’opposer aux vaccins pour des motifs religieux.

L’État de Floride a décidé que des exemptions doivent être accordées à ces citoyens qui ne souhaitent, en aucun cas, introduire dans le corps de leurs enfants des vaccins liés à l’avortement, aussi lointaine que soit cette relation. Cela s’inscrit dans les droits et devoirs de l’État.

Et troisièmement, l’Église a le droit de se prononcer de manière définitive en matière de moralité. Elle a également le droit de refuser l’admission dans les écoles catholiques à ceux qui ne partagent pas ses préceptes religieux ou moraux.

Dans ce cas, l’Église a formulé deux affirmations morales contraignantes et pertinentes. Premièrement, il n’existe pas d’interdiction morale contre l’utilisation des vaccins requis, puisque le lien avec l’avortement est extrêmement lointain. Deuxièmement, « la vaccination n’est pas, en règle générale, une obligation morale et, par conséquent, doit être volontaire » (Déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la Foi du Vatican, 2020). L’Église enseigne donc que les vaccins ne sont ni obligatoires ni interdits.

L’exemption de vaccination de Floride ne semble pas entrer en conflit avec l’enseignement catholique, pourvu que le catholique qui demande l’exemption fasse appel à la conscience individuelle et non à la doctrine catholique. Le Vatican suggère également qu’il n’est pas immoral que les écoles catholiques acceptent des élèves dont les parents demandent une exemption religieuse définie par l’État. En fait, plusieurs écoles catholiques et diocèses à travers le pays acceptent déjà ce type d’exemptions religieuses.

L’argument contre l’admission des non-vaccinés doit alors se concentrer sur le droit de l’école religieuse de décider de ses propres critères pratiques d’admission, sans ingérence étatique. Cependant, de même que l’école a des droits, elle ne doit pas violer les droits naturels des parents ni ceux de la conscience. Nous revenons ici à la notion selon laquelle avoir le droit de faire quelque chose ne le rend pas nécessairement juste.

Assumer le rôle de tyran des vaccins ne donne pas une bonne image de l’Église. Le monde a radicalement changé depuis que la Conférence catholique de Floride a rédigé pour la première fois ses protocoles de vaccination. Il serait prudent de rédiger un nouveau ensemble de règles.

Tout le fiasco du mandat de vaccination autour du COVID a considérablement affecté les jeunes parents. Ils ont perdu confiance dans le gouvernement, dans les écoles et même dans l’Église. Les institutions qui cherchent à retrouver cette confiance devraient rejeter les tactiques de main forte. Elles ne devraient pas obliger les jeunes familles à choisir entre la santé spirituelle et physique d’un enfant.

Les écoles catholiques doivent faire de la place à nos jeunes familles. Permettons aux parents de ne pas être d’accord avec nous sur la question de la proximité avec l’avortement. Cela donne lieu à une exemption moralement licite et les aide à se débrouiller dans un monde de vaccination post-COVID beaucoup plus complexe, avec nous à leurs côtés et non sur leur chemin.

Aujourd’hui, les jeunes familles ne sont pas tant anti-vaccins que prudentes à leur égard. Elles vivent à une époque de médecine personnalisée, de peur de la toxicité et d’une crainte réelle des effets secondaires. Elles se soucient profondément de ce qui entre dans le corps de leurs enfants. Elles ont de profondes préoccupations de sécurité, mais sont inondées de conseils contradictoires. Elles ont besoin de temps, d’espace et de notre soutien… et nous avons besoin d’elles dans nos écoles. Cela semble être une combinaison providentielle.

À propos de l’auteur

Dan Guernsey, Ed.D., est chercheur senior à The Cardinal Newman Society, professeur universitaire d’éducation et a été directeur d’écoles catholiques pendant 17 ans, récemment dans un diocèse de Floride.

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