Quand tout est prononcé avec la même gravité

Quand tout est prononcé avec la même gravité
Foto: Alberto Di Lolli

Il convient de commencer par ce qui mérite d’être célébré, car il serait malhonnête de ne pas le faire. Que le premier Pape qui s’exprime devant les Cortes Generales le fasse pour rappeler aux législateurs espagnols que la dignité de la personne précède toute concession de l’État et ne peut être laissée à la merci des fluctuations des majorités ; qu’il défende la vie de l’enfant à naître, de la personne âgée et du malade ; qu’il désigne la famille comme fondement de la communauté et revendique le droit premier et inaliénable des parents d’éduquer leurs enfants ; et qu’il réclame la liberté religieuse et de conscience face à ceux qui voudraient reléguer la foi au silence, est tout simplement une bonne nouvelle. Dans un hémicycle qui a adopté la loi sur l’avortement à terme et celle sur l’euthanasie, ces paroles ne sont pas une simple formalité protocolaire. Il faut le dire clairement avant toute objection : Léon XIV a dit des choses vraies et importantes, et il les a dites là où il est le plus difficile de les dire.

Sur la vie, en outre, il a été doctrinalement limpide. Il ne s’est pas abrité derrière une vague piété. Il a affirmé que toute vie humaine doit être reconnue et protégée depuis sa conception jusqu’à son déclin naturel, et que sa défense n’est ni une question partielle ni un intérêt confessionnel, mais un objectif de civilisation. Il a nommément désigné l’enfant encore à naître. Qui prétendrait que le Pape n’a pas été clair sur ce principe n’a pas lu le discours : il l’a été, et sans ambages.

Ce qu’il est possible d’observer, en revanche, est autre chose, plus subtil. Le Pape a énoncé le principe avec fermeté, mais s’est arrêté juste avant de l’appliquer concrètement. Il n’a pas nommé l’avortement. Il n’a pas mentionné les lois qui, en Espagne, permettent l’élimination légale d’innocents. Il n’a pas placé les députés présents devant la responsabilité politique concrète de les avoir votées ou de les soutenir. Il a parlé de l’enfant à naître qui reste dans l’ombre de manière générale et presque intemporelle, comme celui qui décrit une vérité universelle sans désigner personne dans la salle. C’est un choix légitime, et l’on comprend la courtoisie de celui qui est l’hôte de l’État. Mais il convient de le noter, car cela contraste avec ce qui a suivi.

Car sur d’autres sujets — plus discutables, plus sujets à l’opinion, plus dépendants du jugement prudentiel — le ton n’a pas été moins ferme ; il a même été parfois plus concret. Sur le réarmement européen, question soumise aujourd’hui à un intense débat politique en Espagne et dans toute l’Union, le Pape ne s’est pas contenté du principe : il a pris position, et a déclaré qu’il est préoccupant de voir le réarmement se présenter à nouveau comme une réponse presque inévitable. Sur la migration, il est descendu sur le terrain opérationnel et a réclamé des voies sûres et légales ainsi qu’une réponse coordonnée, solidaire et efficace. Parmi les causes du déracinement, il a énuméré, aux côtés du manque de paix et des inégalités économiques, les effets de la crise climatique. Il a invoqué le droit international, la devise de l’Union européenne et une grande partie du répertoire des organismes multilatéraux. Et tout cela avec la même solennité pontificale qu’il avait, quelques minutes plus tôt, employée pour parler de la vie. Le principe est resté dans le ciel des principes ; l’application prudentielle, en revanche, est descendue dans le détail.

C’est là le problème. Il ne s’agit pas de dire que la préoccupation pour les réfugiés, les pauvres, la paix ou la création ne soit pas catholique. Elle l’est. La doctrine sociale de l’Église parle de tout cela, et avec autorité. Mais une chose est le principe moral permanent — la dignité de tout être humain, le devoir de charité, l’exigence de justice, l’accueil raisonnable de l’étranger, la recherche de la paix — et une tout autre chose sont les applications concrètes de ce principe : les diagnostics techniques, les catégories juridiques, les solutions politiques. Des voies sûres et légales ne sont pas un article du Credo, mais une option de politique migratoire parfaitement discutable. L’opportunité ou le danger du réarmement européen est un jugement prudentiel sur la sécurité du continent, sur lequel des opinions catholiques opposées et légitimes peuvent exister. Ces applications n’obligent pas le fidèle de la même manière que la défense de l’enfant à naître, et les présenter comme si elles le faisaient ne les rend pas plus vraies : seulement plus confuses.

Qu’un homme fuie la sécheresse, la misère, la guerre ou la catastrophe est une souffrance réelle, et face à cette souffrance la réponse chrétienne est obligatoire. Mais convertir cette réalité hétérogène en une catégorie morale solennelle, étayée par l’encyclique elle-même et par le langage des sommets internationaux, et la prononcer depuis la tribune du Congrès avec le poids du pontificat, la place dans un registre qui ne lui correspond pas. Elle n’a pas la densité doctrinale de la vie, de la famille ou de la liberté éducative, et elle ne devrait pas résonner comme si elle l’avait.

Le problème, au fond, n’est pas que le Pape parle des migrants (sic), de la paix ou du climat. Le problème est qu’un discours pontifical doit distinguer avec précision entre doctrine catholique contraignante, principes moraux permanents, applications prudentielles et opinions discutables. Lorsque tout est prononcé avec la même gravité, on affaiblit précisément ce qui a le plus besoin de clarté : la vie de l’enfant à naître, la famille, la liberté, le bien commun… La fermeté répartie également n’ajoute pas d’autorité à ce qui est discutable ; elle retire de la netteté à ce qui est essentiel.

Car le Pape a l’autorité — et grande — d’enseigner la foi et la morale. Il ne l’a pas de la même manière pour ériger ses jugements prudentiels sur le climat, les migrations, la défense ou la politique internationale en une sorte de doctrine pratique incontestable. Ce sont des choses de rang différent, qui exigent de l’auditeur des obéissances différentes. Et lorsqu’elles sont toutes énoncées avec une solennité identique, la frontière entre le Magistère, la doctrine sociale, le jugement prudentiel et l’opinion personnelle de celui qui parle s’estompe. Le fidèle qui écoute n’est pas mû par la rébellion, mais par l’amour de la clarté, lorsqu’il est gêné de voir revêtu du poids symbolique du pontificat ce qui n’appartient pas au dépôt de la foi ni ne possède sa certitude morale.

Et cette confusion, il convient de le souligner, ne renforce pas l’Église : elle l’affaiblit. Revêtir une opinion prudentielle de l’autorité du Successeur de Pierre ne lui ajoute pas de vérité ; cela retire de la netteté à cette autorité. Et une autorité moins nette perd de sa force précisément là où elle devrait résonner avec le plus de clarté et sans tremblement : face à la vie menacée, face à la famille défigurée, face au droit des parents d’éduquer, face à la conscience que le pouvoir prétend administrer.

Rien de tout cela ne fait du discours un mauvais discours. Il a comporté des passages élevés et des vérités dites avec courage là où il est douloureux de les dire, et il serait injuste et mesquin de le nier. Ce qu’il convient de réclamer n’est pas moins de doctrine, mais plus de précision. L’Église rend au monde son meilleur service lorsqu’elle parle à partir de ce qu’elle a reçu, et non lorsqu’elle adopte, sans distance critique suffisante, le vocabulaire politique du moment. Sa tâche — la seule que personne d’autre ne remplira à sa place — est de dire clairement ce que le monde ne veut pas entendre : que l’enfant à naître a le droit de vivre, que la famille n’est pas une construction administrative, que les parents ne sont pas des délégués éducatifs de l’État, que la conscience n’appartient pas au pouvoir et que la foi ne doit pas être reléguée au silence. C’est cela qui, dans sa meilleure part, a été dit par Léon XIV aux Cortes. Puissent ces paroles avoir été prononcées sans être mêlées à tout le reste.

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