Le Gouvernement de Sánchez s’accroche au Pape de façon obscène et Léon XIV… se laisse-t-il faire ?

Le Gouvernement de Sánchez s’accroche au Pape de façon obscène et Léon XIV… se laisse-t-il faire ?

Il y a des embrassades qui naissent de la foi, d’autres de la courtoisie diplomatique et d’autres, simplement, de la nécessité politique. Celle que le Gouvernement de Pedro Sánchez est en train de mettre en scène autour de la visite du Pape Léon XIV en Espagne appartient clairement à cette dernière catégorie. Mais il serait naïf de prétendre que toute la responsabilité incombe uniquement à Moncloa. Car la réalité est que Léon XIV lui-même semble faciliter une identification politique que la diplomatie vaticane traditionnelle aurait gérée avec beaucoup plus de prudence.

En quelques jours seulement, nous avons assisté à une véritable opération institutionnelle et médiatique visant à transformer le voyage apostolique du Pontife en un grand événement d’État soigneusement administré par le pouvoir politique. Plus de quatre-vingts réunions de coordination, la déclaration officielle de la visite comme événement « d’intérêt public exceptionnel », le plus important déploiement policier de l’étape démocratique, des comparutions publiques constantes, l’appropriation de phrases papales et une mobilisation institutionnelle qui évoque davantage un sommet international qu’un pèlerinage spirituel.

Rien de tout cela ne serait problématique s’il provenait d’un Gouvernement dont la trajectoire politique aurait montré du respect, une affinité ou même une neutralité envers l’Église catholique. Mais c’est précisément là que réside la contradiction.

Car le même Exécutif qui se présente aujourd’hui comme l’hôte enthousiaste du Pape est celui qui a impulsé certaines des mesures les plus agressives contre les symboles, les institutions et les principes catholiques de l’histoire récente de l’Espagne. Le même Gouvernement qui a fait de la resignification de la Vallée des Tombés un symbole idéologique, qui a constamment tendu les relations avec l’Église, qui a promu des lois frontalement incompatibles avec la morale catholique et qui a placé le laïcisme militant parmi ses marques d’identité politiques.

Et pourtant, tout le monde veut maintenant se faire photographier avec le Pape.

De l’affrontement culturel à l’embrassade institutionnelle

La transformation est frappante. Pendant des années, une grande partie de la gauche politique espagnole a traité l’Église comme un acteur gênant, suspect ou directement adversaire culturel. Aujourd’hui, en revanche, la visite de Léon XIV est présentée comme un atout institutionnel de premier ordre.

Pedro Sánchez cite l’encyclique du Pape pour appuyer son agenda sur l’intelligence artificielle et le multilatéralisme. Óscar López interprète les avertissements moraux du Pontife comme une validation des politiques technologiques du Gouvernement. Félix Bolaños se vante publiquement de s’être « investi » pour que la visite soit « un succès ». En Catalogne, on parle déjà de l’impact positif international du voyage. Le Congrès prépare une séance plénière solennelle — cherchant même la participation de Zapatero, qui fait actuellement l’objet de l’enquête Plus Ultra —, des présidents autonomiques et toute la liturgie institutionnelle de l’État.

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Tout cela pendant que des secteurs de l’extrême gauche et du laïcisme militant promeuvent des manifestes comme « Je ne t’attends pas », dénonçant précisément l’utilisation de ressources publiques pour accueillir le Saint-Père.

Le paradoxe est révélateur : le laïcisme idéologique continue de rejeter le Pape, mais le pouvoir politique veut se l’approprier.

Le Pape utile

Le mécanisme est assez transparent. Il ne s’agit pas d’assumer intégralement le message de l’Église, mais de sélectionner soigneusement les parties du discours pontifical qui peuvent s’intégrer dans le récit politique du moment.

Migrations, intelligence artificielle, paix, multilatéralisme, dialogue international. Tout cela est cité avec enthousiasme. On parle beaucoup moins d’avortement, d’euthanasie, d’idéologie du genre, de crise démographique, de décomposition familiale ou de sécularisation agressive.

On embrasse le Pape diplomatique, le Pape médiatique, le Pape compatible avec l’agenda institutionnel. Mais on fait systématiquement taire le Pape qui interpelle moralement le pouvoir.

Et pourtant, le plus inquiétant est que cette appropriation semble se produire avec une facilité croissante. Le Saint-Siège a toujours entretenu des relations diplomatiques avec des gouvernements de toutes tendances politiques, mais il cherchait traditionnellement à éviter des identifications trop évidentes avec des agendas nationaux concrets. Il existait une prudence vaticane classique : proximité institutionnelle sans confusion politique.

Avec Léon XIV, du moins pour l’instant, cette distance semble beaucoup moins visible.

La succession de gestes, d’audiences, de déclarations et de silences permet au Gouvernement espagnol de construire un récit de connivence morale et idéologique avec le Pontife qui aurait été beaucoup plus difficile sous d’autres pontificats récents. Et cela a des conséquences inévitables : cela désoriente de nombreux fidèles, banalise de profondes contradictions doctrinales et donne l’impression que certaines questions essentielles peuvent être reléguées tant qu’il y a coïncidence sur des sujets mondiaux comme l’IA, les migrations ou le multilatéralisme.

Le risque de vider spirituellement la visite

L’Espagne ne reçoit pas simplement une personnalité internationale. Elle reçoit le successeur de Pierre. Et c’est précisément pour cela qu’il serait erroné de transformer cette visite en une gigantesque opération politique, protocolaire et médiatique où tout serait soigneusement neutralisé.

L’Église n’a pas besoin que le pouvoir l’embrasse de manière obscène tout en ignorant l’essentiel de son message. Mais cela n’aide pas non plus que Rome facilite une image d’harmonie politique qui sera inévitablement utilisée par ceux qui, depuis des années, impulsent un projet culturel profondément sécularisateur.

Le plus grand défi de la visite de Léon XIV ne sera donc pas le dispositif policier, ni la logistique, ni les protestes idéologiques. Le véritable défi sera d’éviter que le Pape finisse par être transformé en un symbole politiquement domestiqué : célébré par tous précisément parce que plus personne ne craint ce qu’il pourrait dire.

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