Une communauté protégée

Une communauté protégée
The Good Shepherd, 3rd-century fresco [Hisardere Necropolis, Iznik, Turkey]

Par le P. Paul D. Scalia

Aujourd’hui, il est communément connu comme le Dimanche du Bon Pasteur. Il nous présente l’une des descriptions les plus familières et belles de Dieu. Les prières de la Messe parlent de Lui comme le pasteur « courageux » et « bienveillant ». Pour cette raison, aujourd’hui est aussi la Journée Mondiale de Prière pour les Vocations. En entendant parler de l’unique Bon Pasteur, nous devrions nous sentir incités à demander plus de pasteurs selon son propre Cœur.

Le problème est que le Bon Pasteur n’apparaît pas dans la Messe d’aujourd’hui. Dans l’Évangile (Jean 10, 1-10), Jésus ne dit pas « Je suis le Bon Pasteur », mais « Je suis la porte des brebis ». Ce qui n’est pas une image aussi chaleureuse et invitante. L’art chrétien a de nombreuses représentations du Bon Pasteur, mais y en a-t-il une de la Porte ? Et le « Dimanche de la Porte » ne sonne pas comme le « Dimanche du Bon Pasteur ». Néanmoins, cette image (et plus que cela) de la porte capture non seulement ce que Christ est pour nous, mais aussi ce qui doit être demandé, inculqué et exigé des pasteurs de l’Église.

« En vérité, en vérité, je vous le dis : je suis la porte des brebis ». Ce verset est l’une des grandes affirmations « Je suis » de Christ dans l’Évangile de Jean. Jésus fait la première en marchant sur les eaux : « N’ayez pas peur. Je suis » (Jn 6, 20). Ensuite vient toute une série : Je suis… le pain de vie… la lumière du monde… le bon pasteur… le chemin, la vérité et la vie… la vraie vigne. Avec chaque affirmation, Jésus révèle plus pleinement ce qui fut proclamé en premier à Moïse sur le mont Sinaï : « Tu diras aux fils d’Israël : «JE SUIS m’a envoyé vers vous» » (Exode 3, 14). Il révèle plus de ce que le Seigneur est pour son peuple.

« En vérité, en vérité, je vous le dis : je suis la porte des brebis ». Nous devons bien comprendre l’analogie car, comme les autres, celle-ci n’est pas seulement une image. Jésus n’est pas comme le pain ; le pain est comme Lui. Il n’est pas comme la lumière ; la lumière est comme Lui. De même, Il n’est pas comme une porte ; une porte est comme Lui —et indique la réalité de ce qu’Il est pour nous—.

Un détail évocateur du pâturage à l’époque de notre Seigneur est que le pasteur rassemblait son troupeau dans la bergerie et se couchait ensuite en travers de l’ouverture, devenant ainsi, au sens réel, la porte des brebis. Jésus n’est pas seulement une porte ; Il est la Porte vers laquelle tous ces autres pasteurs pointaient.

Une porte protège. Un pasteur pouvait se coucher avec son corps contre une partie du mur ou de la clôture pour empêcher d’entrer ce qui n’appartient pas ou n’est pas pour le troupeau. Comme la porte, Jésus est le gardien et la garantie des bons pasteurs. Il maintient à l’écart les « voleurs et brigands ». Cela nous rappelle la réalité que, tout au long de l’histoire de l’Église, il y a toujours eu des prétendus pasteurs qui ne veulent pas que le troupeau « ait la vie et la garde en abondance », mais qui sont venus seulement « pour voler, tuer et détruire ». À chaque époque et ère de l’Église, il y a eu des loups déguisés en pasteurs.

Mais une porte s’ouvre aussi et, par conséquent, donne accès au troupeau à l’intérieur de la bergerie. C’est ainsi que les vrais pasteurs entrent : « Celui qui entre par la porte est le pasteur des brebis ». La porte est ouverte, mais comme une sorte de passage que seuls ceux qui pâturent droitement le troupeau peuvent emprunter. Un pasteur authentique et avec autorité est celui qui passe par la porte, celui qui s’approche du troupeau —non pas selon ses propres termes ou sa propre sagesse ou pour sa propre gloire— mais à travers Christ Lui-même. Un vrai pasteur se conforme à la mesure de la porte.

En fait, tout ce passage est dirigé plus vers ceux qui prétendent être des pasteurs que vers les brebis. Jean note : « Jésus leur proposa cette parabole, mais ils ne comprirent pas de quoi Il leur parlait ». C’est-à-dire que Jésus ne s’adresse pas tant aux multitudes —au troupeau— mais à ceux qui prétendent pâturer le troupeau.

Évidemment, cela constitue aussi un examen de conscience pour nous les prêtres (ou peut-être que je suis juste trop sensible). La tentation d’utiliser le troupeau pour son propre bénéfice égoïste —pour un gain matériel, un réconfort émotionnel ou des applaudissements— peut s’insinuer lentement et imperceptiblement dans le cœur d’un prêtre. La question purificatrice pour un prêtre est de savoir si j’entre dans la bergerie selon mes propres termes et pour mon propre bénéfice… ou à travers Christ, la Porte.

Pâturer le troupeau de Christ signifie entrer dans la bergerie à travers Lui ; c’est-à-dire, Le connaître, être un avec Lui, assumer sa ressemblance. Ceux qui passent par la porte sont prêts à connaître, embrasser et imiter l’humilité de Christ. Le vrai pasteur est celui « qui entre par Christ, qui imite la souffrance de Christ, qui connaît l’humilité de Christ » (Saint Augustin).

« En vérité, en vérité, je vous le dis : je suis la porte des brebis ». Notre Seigneur prononce ces paroles dans le Temple de Jérusalem. Curieusement, l’une des entrées principales du Temple s’appelait la Porte des Brebis. C’était par cette porte que les brebis étaient introduites dans le Temple pour le sacrifice et le culte. Christ est la vraie Porte des Brebis. Il est Celui par qui nous passons pour offrir nos sacrifices au Père.

À propos de l’auteur

Le P. Paul Scalia est prêtre du Diocèse d’Arlington, en Virginie, où il sert comme Vicaire Épiscopal pour le Clergé et Curé de Saint James à Falls Church. Il est l’auteur de «That Nothing May Be Lost: Reflections on Catholic Doctrine and Devotion» et l’éditeur de «Sermons in Times of Crisis: Twelve Homilies to Stir Your Soul«.

Aidez Infovaticana à continuer à informer