Avez-vous le mandat apostolique ?, premier schisme et excommunication de Léon XIV, premières réactions, coordonner Benoît avec François ?, dialogue œcuménique suspendu au Vatican, le salut universel, l’immigration et Trump, Delpini et Milan, le dernier consistoire.

Avez-vous le mandat apostolique ?, premier schisme et excommunication de Léon XIV, premières réactions, coordonner Benoît avec François ?, dialogue œcuménique suspendu au Vatican, le salut universel, l’immigration et Trump, Delpini et Milan, le dernier consistoire.

Quelques jours seulement après le début, nous sommes confrontés à la triste nouvelle d’un schisme et d’excommunications. C’est sans aucun doute l’actualité centrale d’aujourd’hui : hier, des milliers de personnes se sont rassemblées à Écône, en Suisse, pour assister à la consécration de quatre évêques sans mandat pontifical. Commençons.

Le premier schisme de Léon XIV.

« Habetis mandatum apostolicum ? » (Avez-vous le mandat apostolique ?) Selon cette formule traditionnelle qui garantit l’approbation pontificale des candidats, le rite d’ordination épiscopale a débuté le 1er juillet à Écône. Un prêtre a répondu en lisant un bref texte : « Les autorités de l’Église manifestent une attitude contraire à la foi et agissent contre la Sainte Tradition et le Magistère constant de l’Église », c’est pourquoi « nous estimons nécessaire de procéder à la consécration d’évêques pleinement fidèles à la Tradition » et que nous avons « le très grave devoir de transmettre la grâce de l’épiscopat à ces prêtres ». Les quatre nouveaux évêques ont prêté serment l’un après l’autre : « Moi…, dès maintenant et pour toujours, je serai fidèle et obéissant au bienheureux apôtre Pierre, à la Sainte Église romaine, au Saint-Père Léon XIV et à ses légitimes successeurs… ».

Nous avons l’excommunication.

Vingt-quatre heures après les consécrations épiscopales célébrées à Écône, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a rendu publique aujourd’hui, le 2 juillet 2026, une Note explicative et un Décret qui déclarent formellement l’état de schisme de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et l’excommunication latae sententiae des responsables de l’acte commis hier. Les deux documents, signés par le préfet Víctor Manuel Cardinal Fernández, par Mgr Armando Matteo, secrétaire de la Section doctrinale, et par l’archevêque John J. Kennedy, secrétaire de la Section disciplinaire, concluent un processus que le Dicastère décrit comme marqué par des tentatives de réconciliation infructueuses, « depuis l’époque de saint Paul VI » jusqu’aux discussions les plus récentes, en référence aux rencontres entre le Supérieur général de la Fraternité, le père Davide Pagliarani, et le Cardinal Fernández lui-même ces derniers mois, qui ont abouti à l’appel personnel adressé par le pape Léon XIV à Pagliarani le 29 juin, resté sans réponse. Dans la Note explicative, le Dicastère rappelle la doctrine déjà établie par saint Jean-Paul II dans la lettre apostolique Ecclesia Dei de 1988, selon laquelle la désobéissance impliquant un rejet pratique du Primat romain constitue un acte schismatique.

Sur cette base, trois points sont établis : les ministres sacrés de la Fraternité doivent être considérés comme schismatiques et soumis à l’excommunication prévue par le canon 1364 §1 ; les fidèles laïcs qui y adhèrent formellement, selon les critères déjà indiqués par le Conseil pontifical pour les textes législatifs en 1996, sont également excommuniés ; enfin, l’invalidité du sacrement de pénitence administré par les prêtres de la Fraternité et des mariages célébrés par eux est déclarée. Le Décret joint approfondit les mérites des responsabilités individuelles. Il déclare que l’évêque Alfonso de Galarreta, consécrateur principal, a encouru ipso facto les peines prévues aux canons 1387 et 1364 §1 du Code de 2021, et que les quatre nouveaux évêques — Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier — ont également encouru l’excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique. La même peine s’applique à l’évêque Bernard Fellay, qui a agi comme co-consécrateur.

Un peu d’histoire.

Le 30 juin 1988, à Écône, en Suisse, l’archevêque Marcel Lefebvre a consacré quatre évêques sans mandat papal. Trente-huit ans plus tard, le 1er juillet 2026, deux des quatre évêques consacrés à l’époque, l’évêque Bernard Fellay et l’évêque Alfonso de Galarreta, ont conféré l’épiscopat à quatre prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X : Pascal Schreiber (Suisse), Michael Goldade (États-Unis), Michel Poinsinet de Sivry (France) et Marc Hanappier (France), une fois encore contre la volonté du Pontife romain.

La veille des consécrations d’aujourd’hui, le 29 juin, le pape Léon XIV : «Considérez attentivement le bien spirituel des fidèles », a écrit le Pontife, « parce que l’acte schismatique qu’ils commettraient les priverait de la réception licite et, dans certains cas, même valide des sacrements qu’ils aiment et recherchent pour leur sanctification ». Dans la partie finale de la lettre, le Pape affirme la disposition du Saint-Siège à «un chemin de dialogue et de compréhension que l’Esprit Saint peut rendre possible et fécond». «Je prie pour vous, car déchirer la tunique immaculée du Christ est un péché d’une extrême gravité. Que le Seigneur illumine leurs consciences et éveille leurs cœurs ». Par l’autorité reçue du Christ, le cœur triste mais encore plein d’espérance, je me sens dans le devoir de vous demander de renoncer à votre intention et je confie ces intentions au Cœur immaculé de Marie, Mère du Bon Conseil ».

Le père Davide Pagliarani a répondu au pape Léon XIV en réaffirmant que la Fraternité Saint-Pie X ne cherche pas à se séparer de l’Église, mais à la servir dans ce qu’il considère comme une situation exceptionnelle. Le supérieur de la Fraternité ne considère pas les consécrations comme un geste schismatique, mais au contraire comme une tentative de « raccommoder la tunique du Christ », déchirée par la crise de l’Église.

Pour l’archevêque Marcel Lefebvre, le moment décisif est arrivé dans la nuit du 5 au 6 mai 1988, lorsqu’il a pris la décision qui marquerait définitivement sa vie et l’histoire de la Fraternité Saint-Pie X : retirer la signature qu’il avait apposée quelques heures plus tôt sur le protocole d’accord avec le Saint-Siège et procéder aux consécrations épiscopales sans mandat pontifical. En novembre 1987, Jean-Paul II a envoyé le cardinal Édouard Gagnon à Écône en tant que Visiteur apostolique. La visite s’est conclue par un rapport d’une trentaine de pages remis au Pape en janvier 1988, dans lequel le cardinal canadien a exprimé une évaluation globalement positive de la situation de la Fraternité et suggéré une solution canonique susceptible de favoriser la pleine réconciliation avec Rome.

Jean-Paul II n’a pas abandonné le dialogue. Les 12 et 15 avril 1988, des réunions ont été organisées entre des représentants du Saint-Siège et de la Fraternité, auxquelles ont participé des théologiens et des canonistes des deux parties. Le résultat favorable de ces conversations a permis une nouvelle rencontre le 5 mai entre le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et l’archevêque Lefebvre. La réunion s’est conclue par la signature d’un protocole d’accord destiné à devenir l’un des documents les plus importants de l’histoire ecclésiastique récente.

Lefebvre, en son nom et au nom de la Fraternité, a déclaré sa fidélité à l’Église catholique et au Pontife romain ; il a accepté la doctrine contenue dans le n° 25 de la Constitution Lumen Gentium sur le Magistère ecclésiastique et l’assentiment qui lui est dû ; il s’est engagé à maintenir une attitude d’étude et de dialogue avec le Saint-Siège, en évitant les polémiques sur les points controversés du Concile Vatican II et des réformes ultérieures ; il a reconnu la validité de la messe et des sacrements célébrés selon les livres liturgiques promulgués par Paul VI et Jean-Paul II ; enfin, il a promis de respecter la discipline générale de l’Église, à l’exception de la discipline canonique spéciale qui serait reconnue à la Fraternité.

Le Saint-Siège a offert une solution canonique d’une grande portée. La Fraternité serait constituée en Société de vie apostolique de droit pontifical, dotée d’une autonomie significative par rapport aux évêques diocésains en matière de culte, de formation et d’apostolat. Le droit de continuer à utiliser les livres liturgiques de 1962 lui serait accordé. Une commission mixte, composée de représentants du Saint-Siège et de la Fraternité, serait créée pour résoudre tout litige. Il était prévu de lever la suspension imposée à l’archevêque Lefebvre, de rectifier tout acte commis sans les facultés nécessaires et de reconnaître légalement les maisons et les œuvres de la Fraternité. Le protocole reconnaissait la possibilité de conférer l’épiscopat à un membre de la Fraternité, choisi sur une liste de trois noms proposés par l’archevêque Lefebvre.

Moins de vingt-quatre heures après la signature, tout a changé. Le 6 mai, l’archevêque Lefebvre a envoyé une lettre au cardinal Ratzinger déclarant qu’il ne considérait pas les garanties reçues comme suffisantes. Il a demandé que la consécration du futur évêque soit programmée pour le 30 juin, ajoutant que, s’il ne recevait pas de réponse positive, il se sentirait moralement obligé de procéder lui-même aux consécrations épiscopales. La décision du 6 mai 1988 a marqué un point de non-retour. Le 24 mai a eu lieu une dernière réunion entre les parties, au cours de laquelle le cardinal Ratzinger, au nom de Jean-Paul II, a évoqué la possibilité de procéder à la nomination épiscopale avant le 15 août, à condition que soit rétabli un climat de confiance et de réconciliation avec le Saint-Siège, sur la base du protocole déjà signé. L’archevêque Lefebvre, dans une lettre datée du 2 juin, a rejeté cette proposition, en insistant sur la date du 30 juin et sur la nomination de trois évêques pour garantir la vie et les activités de la Fraternité. Dans une dernière lettre datée du 9 juin, Jean-Paul II a supplié l’archevêque Lefebvre de réfléchir à la gravité des conséquences du geste qu’il s’apprêtait à accomplir, l’invitant à revenir « avec humilité à la pleine obéissance au Vicaire du Christ ».

Le 30 juin 1988, avec l’assistance de Mgr Antônio de Castro Mayer, l’archevêque Marcel Lefebvre a consacré quatre évêques sans mandat pontifical : Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta. Jean-Paul II a réagi par le motu proprio Ecclesia Dei adflicta du 2 juillet, qualifiant l’acte de « schismatique » et déclarant que tant les consécrateurs que les consacrés avaient encouru l’excommunication latae sententiae prévue par le droit canonique.

Parolin et les consécrations.

Parolin commente l’ordination épiscopale de quatre nouveaux évêques sans mandat pontifical : « Je pense qu’il n’y a pas grand-chose à dire sur cet épisode. Tout d’abord, je veux exprimer mon profond regret. Je veux exprimer mon profond regret parce que, parlant de l’unité de l’Église, un tel acte blesse profondément l’unité de l’Église ». « C’est clairement un acte schismatique en soi, car nous savons que les ordinations épiscopales sans mandat pontifical brisent l’unité de l’Église et sont soumises à des sanctions très spécifiques, qui sont essentiellement l’excommunication ». « Maintenant, j’ignore le moment et la forme sous laquelle cette excommunication sera à nouveau imposée ». « J’espère que, malgré ce qui s’est passé aujourd’hui, nous pourrons reprendre le dialogue et trouver une solution également dans ce cas. La question fondamentale est le concile lui-même, c’est-à-dire si l’on accepte ou non le Concile Vatican II ». « Certes, nous ne pouvons pas penser que l’histoire de l’Église s’arrête à un moment donné. L’histoire de l’Église, comme je l’ai déjà dit, continue, et donc le Concile Vatican II est un jalon dans l’histoire de l’Église qui doit être accepté et correctement mis en œuvre. J’espère que dans cette affaire, comme cela s’est produit par le passé, tout a été fait pour dialoguer avec la Fraternité Saint-Pie X ». Son commentaire final : « Malgré cette grave blessure, nous pouvons reprendre le dialogue et trouver le moyen de résoudre ce problème ».

Le Tucho et les consécrations.

Il a affirmé dans de brèves déclarations mercredi que la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) n’avait pas jugé « utile » l’offre du Vatican de discuter des documents du Concile Vatican II avant de consacrer quatre évêques sans mandat papal. Un communiqué de la Maison générale de la FSSPX, publié en février après la rencontre de Pagliarani avec Fernández, affirmait que le cardinal avait proposé un dialogue avec la FSSPX pour clarifier les exigences minimales pour le statut canonique de cette dernière. Le cardinal avait déjà clairement indiqué que les documents du Concile Vatican II devaient être acceptés intégralement par la FSSPX pour atteindre ce statut : « Le Cardinal a déclaré verbalement que, s’il était possible d’engager un dialogue sur le Concile, ses textes ne pouvaient pas être corrigés ».

Strickland et les consécrations.

Qu’est-ce qui a motivé ces prêtres et ces fidèles au cours des cinquante dernières années ? L’archevêque Marcel Lefebvre n’a pas emprunté ce chemin par facilité, ni parce qu’il lui apportait honneur ou paix. Indépendamment de l’opinion que l’on peut avoir sur chacune de ses décisions, peu de gens nieraient qu’il a énormément souffert sur le plan personnel. Il croyait que les précieux trésors que le Christ a confiés à son Église — le Saint Sacrifice de la Messe, la célébration vénérable des saints mystères, la formation de prêtres saints et les enseignements perpétuels de la foi catholique — risquaient d’être perdus. Sa réponse est née d’un profond désir de préserver et de transmettre ce que des générations de catholiques avaient reçu avec gratitude. Cet amour pour l’héritage sacré de l’Église a continué d’inspirer de nombreux prêtres, religieux et familles de fidèles qui ont accepté les malentendus et les sacrifices parce qu’ils croyaient que ces trésors méritaient d’être préservés pour les générations futures.

La question de savoir si chaque décision prise au fil du chemin était prudente est une question que tout catholique raisonnable peut débattre. Quoi qu’il en soit, il est difficile de nier l’amour qui a inspiré d’innombrables sacrifices, vocations, familles et âmes fidèles qui ne désiraient que rester proches de Notre-Seigneur et fidèles au dépôt de la foi. Aucun catholique ne devrait se réjouir de la division. Tout catholique fidèle devrait prier pour une unité pleine et visible. Mais l’unité ne se renforce pas par la suspicion ou la peur, mais par la confiance mutuelle, l’humilité et la reconnaissance de l’amour sincère, où qu’il se trouve.

Valli et la beauté catholique.

Aldo Maria Valli commente également les consécrations d’hier. « La célébration à Écône pour la consécration des quatre nouveaux évêques de la FSSPX a été un triomphe de la beauté catholique. Beauté au sens théologique, pas seulement esthétique. Bien qu’émaillée par un orage, la cérémonie a permis aux participants de découvrir ou de redécouvrir un héritage de spiritualité que l’Église postconciliaire avait incroyablement relégué à l’oubli, presque honteuse. Chaque détail était conçu pour mettre en valeur la dimension verticale : tout était dirigé vers Dieu. Sans protagonisme humain, sans « animation liturgique », sans abus, sans ministres extraordinaires de l’Eucharistie, sans autres aberrations. Pas un seul applaudissement ! Les femmes voilées, les génuflexions, la tenue, le chant, l’orgue, les vêtements confectionnés par des religieuses et non par un designer célèbre. Il était impossible de ne pas être impressionné et fasciné ».

Le père Pagliarani s’est concentré sur le thème de la foi, et il l’a fait très bien, car c’est de cela qu’il s’agit : de la foi. Il ne s’agit pas d’une question de préférences liturgiques, il ne s’agit pas d’une question du Concile Vatican II. La question est la foi. Quelle foi professe-t-on à Rome ? Quelle foi exprime l’Église postconciliaire ? Et, plus radicalement encore : cette Église a-t-elle conservé la foi ?

« L’appel de Prevost à la Fraternité, quelques heures seulement avant les consécrations, s’est révélé quelque peu contre-productif. S’il avait été sincère et non motivé uniquement par le souci de l’image publique, il aurait dû être fait beaucoup plus tôt. Y aura-t-il des excommunications ? Probablement, mais aucun sceau romain ne peut effacer la beauté. On les reconnaîtra à leurs fruits. Et aujourd’hui, tout le monde a vu que les fruits de la FSSPX sont bons et beaux. Voir les fidèles s’agenouiller en passant devant le Très-Saint-Sacrement et recevoir la Sainte Communion sur la langue, à genoux, est émouvant. Pure formalité, diront les experts habituels. Et nous les laisserons donner leur avis. »

Müller et la messe traditionnelle.

Müller a demandé une réévaluation des restrictions à la messe traditionnelle en latin et une plus grande tolérance dans la pratique liturgique après que la Fraternité Saint-Pie X ait procédé aujourd’hui à ses consécrations épiscopales sans mandat papal. Le 1er juillet, le journal italien Il Giornale a publié une interview de Müller qui a abordé les restrictions en vigueur sur la messe traditionnelle en latin, introduites en 2021 sous l’encyclique Traditionis Custodes, les réformes antérieures du Summorum Pontificum de Benoît XVI et la question plus large de la coexistence liturgique dans l’Église catholique. Le prélat a soutenu que l’approche restrictive actuelle n’a pas généré d’unité ecclésiale et devrait être reconsidérée à la lumière des tensions persistantes autour de la pratique liturgique et du risque de divisions. « Les lefebvristes peuvent transformer ces interdictions en un symbole de dissidence contre Rome. Les mesures restrictives leur ont pratiquement servi de propagande, qu’ils peuvent utiliser de manière instrumentale pour promouvoir leurs positions ». Müller a indiqué que Traditionis Custodes « n’a pas eu d’effet positif », « utiliser une approche autoritaire pour exiger une obéissance aveugle n’est pas (…) la voie chrétienne ». « Ce n’est que sur les questions de dogme qu’il ne devrait pas y avoir de concessions ; dans la pratique pastorale concrète, une certaine tolérance est possible ».

« Affirmer que toute personne qui préfère le rite ancien n’accepte pas le Concile Vatican II est faux. En suivant la même logique, on pourrait dire que toute personne qui préfère le Novus Ordo n’accepte pas le Concile : il suffit de voir ce qui se passe en Allemagne, où certains évêques invoquent fréquemment le Concile, mais nient ensuite systématiquement sa doctrine ». « Benoît XVI avait trouvé une bonne solution avec Summorum Pontificum, qui embrassait pleinement le rite ancien. Ce motu proprio a apporté une grande paix à l’Église. N’oublions pas que l’Église a divers rites, chacun avec ses propres formes. On ne peut pas interdire le rite dans sa forme ancienne ». « Dans l’Église, nous avons déjà des associations et des groupes qui célèbrent légitimement la forme ancienne et reconnaissent pleinement le Concile, en union avec le Pape et le collège épiscopal ».

Coordonner Benoît XIV avec François.

Marco Invernizzi propose de mettre à jour le Compendium de la Doctrine sociale de l’Église de 2004 avec les enseignements sociaux de Benoît XVI et de François. Dans le cas du pape François, c’est une tâche difficile. Jean-Paul II avait demandé la rédaction d’un Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, qu’il avait même appelé « catéchisme », à l’occasion du Grand Jubilé de l’an 2000. Son souhait et son objectif étaient de laisser le précieux héritage de sa doctrine sociale à l’Église du troisième millénaire. Le Compendium a été le fruit de cette conviction, qui s’est ensuite évanouie. Non pas tant avec Benoît XVI, qui, à sa manière, y est resté fidèle, mais avec François.

Ses deux encycliques considérées comme sociales sont, en réalité, très en décalage avec la doctrine sociale antérieure et pourraient difficilement y être insérées par une mise à jour du Compendium « parce qu’elles ont défendu « des opinions scientifiques qui, en réalité, ont souvent encore besoin d’être vérifiées », parce qu’elles ont avancé « des hypothèses de responsabilité assez audacieuses et conspirationnistes », parce qu’elles ont fourni des thérapies « dont la viabilité n’est pas évaluée, ni n’est-il possible de distinguer entre ceux qui les appliquent correctement… et ceux qui, au contraire, spéculent sur elles », par sa bienveillance [de François] « envers des sujets d’action sociale… en grande partie doctrinalement ambigus, voire explicitement hostiles à la doctrine sociale traditionnelle de l’Église et au christianisme en tant que tel ». La doctrine sociale de l’Église fait partie de la théologie morale, et cela est clairement réaffirmé dans le Compendium, mais François s’est efforcé de transformer la théologie morale catholique, tant avec Amoris laetitia, qu’avec la transformation de l’Institut Jean-Paul II, qu’avec la nouvelle synodalité.

Suspension du dialogue œcuménique.

Le Vatican et la Communion des Églises protestantes d’Europe ont convenu de suspendre leur dialogue théologique formel pendant environ deux ans. Cette décision est la reconnaissance partagée que la recherche de l’unité chrétienne nécessite parfois une période de réflexion attentive avant de pouvoir progresser. Le moratoire temporaire, annoncé dans une déclaration conjointe le 24 juin, a été discuté lors d’une réunion entre des représentants des deux délégations à Rome le 9 décembre 2025 et ratifié par la suite par le Conseil de la Communion.

Le dialogue a été officiellement lancé après l’Assemblée générale de la Communion protestante tenue à Bâle en 2018, dont l’objectif était de présenter à l’Église catholique un modèle œcuménique qui avait déjà transformé les relations au sein du protestantisme européen lui-même. Ce modèle est issu de l’Accord de Leuenberg de 1973, l’un des acquis œcuméniques les plus significatifs du XXe siècle, qui a conclu que les différences confessionnelles ne constituaient plus des motifs de division ecclésiale et que les Églises membres ont établi une pleine communion dans la chaire et à l’autel, permettant aux ministres de prêcher au-delà des frontières confessionnelles et aux croyants de recevoir la Sainte Communion dans les congrégations des autres. La Communion des Églises protestantes en Europe rassemble 96 Églises luthériennes, réformées, méthodistes et unies dans plus de 30 pays d’Europe et d’Amérique du Sud, représentant environ 40 millions de chrétiens protestants. La Communion ne possède pas de confession de foi unifiée ni d’autorité centrale de gouvernement. Le corps protestant a été créé pour démontrer que les Églises de différentes traditions confessionnelles peuvent conserver leur propre identité tout en partageant la communion ecclésiale.

Le Fernández et le salut universel.

Un essai du Cardinal Fernández, récemment découvert, révèle sa croyance que tous sont sauvés ; il date de 1995 et semble soutenir la vision universaliste du salut, condamnée par l’Église. Dans un essai de 46 pages de 1995 intitulé « Romains 9-11 : grâce et prédestination », dont a fait état pour la première fois The Wanderer, le futur préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi a longuement écrit sur l’enseignement de l’Église concernant le salut et la prédestination, citant les œuvres de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin, bien que le prêtre d’alors se soit concentré sur ses écrits concernant la miséricorde de Dieu, en ignorant largement sa justice. Finalement, Fernández a conclu son ouvrage en soulignant sa « ferme confiance » dans le fait que « tous seront sauvés », ajoutant que ce n’est pas un « simple souhait », mais que cela repose sur ce qu’il « sait de Dieu et de ses plans spécifiques ». Les paroles de Fernández semblent soutenir la vision universaliste du salut, selon laquelle tous les hommes sont sauvés. Cette vision a été condamnée par l’Église. Les curiosités littéraires du cardinal ne cessent d’étonner et, en 2023, a resurgé un livre au contenu sexuel explicite écrit par Fernández en 1995, intitulé « Guéris-moi avec ta bouche : L’art de baiser ». En 2024, a également été redécouvert un autre livre érotique écrit par le futur préfet en 1998, intitulé « Passion mystique : Spiritualité et sensualité ». Il y analyse les « particularités de l’orgasme masculin et féminin, qui se manifestent également d’une certaine manière dans la relation mystique avec Dieu », et minimise la nature immorale de l’homosexualité.

L’immigration illégale et Trump.

L’immigration illégale génère de nouvelles tensions entre l’administration Trump et le Saint-Siège. Vance : « Je pense que certaines des positions exprimées par le Vatican, notamment sur la question de l’immigration, ont été préoccupantes et, en définitive, je ne les partage pas ». « J’espère que la hiérarchie catholique a appris de certaines des choses que moi, Marco et le président avons dites sur l’immigration : il ne s’agit pas seulement de la dignité de l’immigrant, mais aussi de la dignité des travailleurs nés ici ». « Ce que je dis aux dirigeants catholiques avec lesquels je parle, c’est qu’ils ne sont pas d’accord avec nos politiques migratoires. Je ne les traite pas avec hostilité : je les invite au dialogue, mais je les encourage aussi à se rappeler que la migration massive crée des victimes ».

Les évêques américains ont critiqué à plusieurs reprises la position intransigeante de Donald Trump sur ce sujet. À cet égard, il convient de rappeler que le vice-président des États-Unis, tout comme le secrétaire d’État Marco Rubio, est catholique.

Vance, dans son dernier livre : « L’invocation de la dignité des migrants par l’Église exige une réflexion sur les concessions morales. Et il est possible de croire que ces concessions conduisent à favoriser une politique migratoire rigoureuse sans déshumaniser personne ». Il a raconté sa rencontre à Rome pendant la Pâques de l’année dernière. « J’étais là, le catholique le plus haut placé dans le gouvernement des États-Unis, et le Vatican semblait réticent à aller au-delà des phrases banales de son guide moral ». Selon un sondage du Pew Research Center publié le 18 juin, 51 % des catholiques américains estiment que Trump a été trop critique envers le Pape. Mais par rapport à il y a un an, le pourcentage d’Américains ayant une opinion favorable de Léon a légèrement diminué, passant de 84 % à 78 %.

L’anniversaire de Delpini à Milan.

Delpini approche de son anniversaire et l’on commence à penser à son successeur. De Pizzaballa à Pompili, de Napolioni à Costa, de Castellucci à Baturi, après trois archevêques ambrosiens, l’hypothèse d’un non-Milanais est toujours dans les pronostics, et Parolin y figure toujours. Mario Delpini aura 75 ans le 29 juillet et, lors d’une audience privée avec le pape Léon XIV, il a offert sa démission pour l’été, permettant ainsi à son successeur d’assumer ses fonctions le 8 septembre, fête de la Nativité de Marie, début de l’année pastorale milanaise. « Le Pape a écouté mes réflexions avec attention et bienveillance et a conclu en exprimant son intention de ne pas accepter ma démission. Je dois donc prévoir que je continuerai à exercer mon ministère d’archevêque de Milan pendant quelque temps ». Il semble que, pour son anniversaire, une prolongation lui sera accordée, donec aliter provideatur, jusqu’à nouvel ordre, probablement dans un an. Le Pape a actuellement d’autres préoccupations urgentes en Lombardie : trouver des successeurs à l’évêque de Côme, Oscar Cantoni (né en 1950), à l’évêque de Bergame, Francesco Beschi (1951), et à l’évêque de Novare, Franco Giulio Brambilla (1949), questions qu’il abordera à partir de cet automne.

Prison pour les religieuses du chocolat.

Elles sont accusées d’avoir maltraité et abandonné cinq religieuses âgées, le groupe de religieuses rejette toutes les accusations et dénonce ce qu’elles qualifient de « chasse aux sorcières ». Les religieuses de Belorado, les « religieuses du chocolat », risquent 12 ans de prison. Selon le jugement du Tribunal d’instruction n° 5 de Bilbao, rapporté par les médias espagnols, les accusées « ont manipulé, maltraité et humilié les religieuses âgées », profitant de leur vulnérabilité particulière pour les persuader de rejoindre le schisme. Les charges incluent la contrainte, le traitement dégradant, l’abandon de personnes incapables, l’omission de secours et les délits contre les biens ecclésiastiques. Le 18 juin, le Tribunal suprême espagnol a ratifié le jugement confirmant l’expulsion des anciennes clarisses du monastère de Belorado, déclarant irrecevable leur recours et les condamnant aux dépens. Dans le même temps, le Tribunal de Briviesca a transféré aux tribunaux de Burgos une autre enquête relative à la vente de 1,73 kilogramme d’or évalué à environ 130 000 euros.

Les cardinaux et le dernier consistoire.

Très intéressant et publié sur le site AdVaticanum le 29 juin : Dans les coulisses du Consistoire extraordinaire : Que pensent les cardinaux de la deuxième rencontre du pape Léon XIV ? C’est très long et complet et présente les réflexions sans filtre et dans les coulisses des Princes de l’Église sur les débats qui ont eu lieu lors du Consistoire extraordinaire des vendredi 26 et samedi 27 juin. Certains de ces commentaires de cardinaux ont déjà été présentés ici, l’article les recueille tous ceux connus jusqu’à présent de manière systématique. Plusieurs cardinaux, contactés en privé par des correspondants du Vatican, ont envoyé des réponses prudentes et presque identiques même avant le Consistoire : « Nous attendrons… nous ne pouvons pas faire de commentaires même après le Consistoire… nous attendrons la conférence de presse ». Involontairement, ce silence médiatique a créé un climat de légère tension dans lequel les journalistes ont eu recours à des conversations informelles et à des réflexions anonymes. Ces conversations ont souvent eu plus de poids que les déclarations et commentaires officiels du Bureau de presse du Saint-Siège, précisément parce que les canaux officiels du Vatican avaient été délibérément limités. À l’avenir, l’attention se porte déjà sur le prochain Consistoire extraordinaire, prévu pour l’année prochaine. Après deux Consistoires extraordinaires, plusieurs cardinaux ont indiqué que les questions liturgiques seront probablement le prochain point principal de débat, bien que les plans puissent encore changer. L’impression générale était que l’atmosphère au sein du Collège cardinalice avait changé : « Je pense qu’avec un nouveau Pape, tout le monde se sent libre, et cela est absolument évident ».

«Qu’est-ce qui est plus facile, de dire : « Tes péchés te sont pardonnés », ou de dire : « Lève-toi et marche » ?

Bonne lecture.

 

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