Nucleus Genomics, l’entreprise new-yorkaise de génétique qui compte parmi ses investisseurs Founders Fund, le fonds de capital-risque fondé par Peter Thiel, a présenté Vitruvian, un ensemble de modèles d’intelligence artificielle qui, selon la société, permet de choisir parmi les embryons obtenus par fécondation in vitro celui ayant le quotient intellectuel le plus élevé. Son fondateur et directeur général, Kian Sadeghi, l’a annoncé dans un message sur X avec une phrase au ton transhumaniste : « L’IA devient de plus en plus intelligente. Désormais, l’humanité peut l’être aussi ».
Sadeghi a affirmé que le modèle d’intelligence de Vitruvian peut « optimiser » l’ADN embryonnaire jusqu’à 14 points de QI, soit presque un écart-type. L’entreprise soutient qu’elle a entraîné le système avec plus d’un million de personnes, qu’elle l’a validé avec plus de 40 000 frères et sœurs et qu’elle analyse plus de sept millions de marqueurs génétiques. La procédure n’édite pas les gènes : les couples envoient les données ADN de jusqu’à une vingtaine d’embryons, chacun reçoit un score et les parents choisissent lequel implanter.
Noter les enfants et écarter les autres
Derrière l’opération se trouve un choix que la mécanique même du produit rend inévitable : si l’on sélectionne un embryon pour son score d’intelligence, de taille ou de couleur des yeux, les autres sont relégués et, en pratique, condamnés à la congélation indéfinie ou à la destruction. C’est ce que la doctrine catholique appelle la sélection eugénique. L’instruction Dignitas personae, de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (2008), condamne le diagnostic préimplantatoire lorsque son but est d’éliminer des embryons en fonction de leurs caractéristiques. Les critiques de Nucleus l’accusent en outre de vendre une eugénésie sous emballage technologique, et Sadeghi a rejeté cette qualification en affirmant que son « optimisation génétique » n’en est « pas du tout » une, car il s’agit de « fournir de l’information » aux personnes.
L’entreprise, née en 2021 et que Sadeghi a fondée alors qu’il était étudiant après avoir reçu une bourse Thiel, a levé environ 32 millions de dollars, dont 14 millions lors de son tour de série A en janvier 2025, auquel participe Founders Fund. Cet investissement ancre Nucleus dans l’écosystème de la Silicon Valley lié à Thiel, bien que ce soit la société qui signe et commercialise ses services.
Chiffres contestés et mises en garde des généticiens
Les chiffres de Nucleus ont été remis en question par des spécialistes. Le biologiste computationnel Lior Pachter a soutenu sur X que le déplacement de 10,8 points que l’entreprise attribue à la sélection d’embryons repose sur l’hypothèse qu’il n’y a pas d’accouplement sélectif, ce qui, selon lui, est faux pour les traits cognitifs et contredit l’article scientifique sur lequel repose le calcul.
De son côté, l’American College of Medical Genetics and Genomics (ACMG) a averti que la sélection polygénique des embryons avance trop vite et avec des preuves insuffisantes. S’y ajoute l’intervention de la publicité : la National Advertising Division, organe d’autorégulation du secteur aux États-Unis, a recommandé le 11 septembre que Nucleus modifie les publicités suggérant qu’elle pouvait identifier l’embryon au QI le plus élevé, et l’entreprise a déclaré qu’elle ferait appel.
Nucleus avait déjà attiré l’attention avec sa campagne « Have Your Best Baby », qu’InfoVaticana a relayée en novembre 2025, lorsqu’elle a placardé le métro de New York avec des slogans comme « Le QI est à 50 % génétique ». L’industrie de la fécondation in vitro, dont nous avons déjà analysé le coût en embryons dans un autre article récent, propose ainsi un pas de plus vers l’enfant sur mesure.