«L'incrédulité de saint Thomas» de Caravage

«L'incrédulité de saint Thomas» de Caravage
El Milliarium Aureum . El Dr. Royal me dice que los romanos modernos lo llaman il ombelico , el «ombligo».

Par Brad Miner

Il fut un temps à Rome où se dressait un monument appelé Milliarium Aureum : la Borne d’Or. L’empereur Auguste l’érigea sur le Forum vers l’an 20 av. J.-C. On disait que toutes les distances dans la Rome antique étaient mesurées à partir de (ou vers) ce point. Il en reste encore un fragment circulaire sur le Forum romain.

Il donna naissance à la phrase « Tous les chemins mènent à Rome », pour la bonne raison que c’était bien le cas. Le poète-théologien du XIIᵉ siècle Alain de Lille fut le premier à employer cette expression, sous la forme Mille viae ducunt homines per saecula Romam: Qui dominum toto quaerere corde volunt (« Mille chemins conduisent pour toujours à Rome les hommes qui veulent chercher le Seigneur de tout leur cœur »). Chaucer (A Treatise on the Astrolabe en 1391) fut le premier à transposer le proverbe de de Lille en anglais : « Right as diverse pathes leden diverse folk the righte way to Rome ».

Et, mes amis, il ne s’agissait jamais de géographie.

Passons aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles (et au-delà), et les artistes trouvèrent leurs nombreux chemins vers la Ville éternelle par des routes terrestres pour découvrir des moyens d’exprimer la gloire de Dieu. Certains — surtout les peintres — n’étaient que de talentueux copistes ; d’autres furent des visionnaires qui trouvèrent leur inspiration dans l’œuvre de Léonard, Michel-Ange, Raphaël et d’autres grands du Renais­sance, mais aussi dans les maîtres du Baroque, dont le plus grand fut Michelangelo Merisi da Caravaggio.

J’ai récemment écrit ici sur mon œuvre d’art préférée, Jeanne d’Arc de Jules Bastien-Lepage, mais ce n’est pas le tableau que je considère comme le plus grand. Cet honneur douteux (douteux parce qu’il s’agit simplement de mon opinion et qu’aucun historien de l’art sérieux ne planterait jamais un tel drapeau) revient à L’Incrédulité de saint Thomas de Caravaggio. Je ne suis qu’un amateur d’art et j’ai mes raisons d’estimer cette grande œuvre.

Le tableau fut commandé par Vincenzo Giustiniani (1564-1627), un banquier prospère, financier du Vatican et mécène des arts, qui acquit 15 peintures de Caravaggio.

(Un détail intéressant : le premier achat de Caravaggio par Giustiniani fut Saint Matthieu et l’ange, après que celui-ci eut été refusé par l’église San Luigi dei Francesi à Rome, destiné à la chapelle Contarelli. Giustiniani acheta le tableau pour protéger Caravaggio d’une perte financière, et le peintre en réalisa une autre version, plus glorieuse, L’Inspiration de saint Matthieu, qui est aujourd’hui le panneau central de la chapelle, encadré par La Vocation de saint Matthieu et Le Martyre de saint Matthieu. Des années plus tard, Saint Matthieu et l’ange finit à Berlin, où il fut détruit par un incendie vers la fin de la Seconde Guerre mondiale.)

Rome est clairement l’endroit que Caravaggio souhaitait appeler chez lui. C’était le centre de la Foi qu’il aimait, et c’était là que se trouvait l’argent. Il arriva pour la première fois à Rome à l’âge de 21 ans, et il était en route vers Rome lorsqu’il mourut à 38 ans.

Giustiniani dut trouver ce moment de l’Écriture absolument fascinant. Il ne commanda pas le tableau pour une église, mais pour sa propre villa.

L’Incrédulité de saint Thomas par Caravaggio, 1601 [Bildergalerie (Galerie de Peintures) du Palais de Sanssouci à Potsdam, Allemagne]

Nous connaissons tous le moment que Caravaggio capture parce que Jean nous le raconte (20:24-29). Le Christ était apparu aux Apôtres, mais Thomas n’était pas parmi eux. Ainsi, lorsqu’on lui dit que le Seigneur était revenu, Thomas déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous et si je ne mets pas mon doigt dans le trou des clous et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ». Et alors :

Huit jours plus tard, ses disciples étaient de nouveau à l’intérieur, et Thomas avec eux. Les portes étaient fermées, mais Jésus vint, se plaça au milieu et dit : « La paix soit avec vous ». Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; et avance ta main et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais croyant ». Thomas répondit et lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».

Il m’intéresse que Caravaggio place Pierre dans le tableau. Il est logique que Jean soit là : c’est lui qui nous a donné l’histoire. Pour moi, la scène extraordinaire (une épreuve pour le Thomas « incrédule » de la divinité de Jésus) est figée au moment où Thomas croit — au point que sa proclamation de foi surpasse celle de Pierre. Le Rocher sur lequel le Christ devait bâtir et a bâti son Église avait dit : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Thomas dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Pierre, nous le savons, était un peu lent à apprendre, raison pour laquelle Caravaggio le place (avec Jean) à l’ombre de Thomas.

Ainsi, le tableau est « sur » ce moment extraordinaire, mais aussi « sur » la corporéité. Caravaggio veut que nous voyions des personnes réelles faisant des choses réelles. La grâce, la révélation et le doute ne sont pas représentés comme symboliques, et encore moins comme des réalités idéalisées, mais comme des expériences physiques qui arrivent à des personnes réelles. Thomas ne s’approche pas tant de la blessure qu’il n’y est guidé par le Christ. Et cette physicalité est rendue plus frappante par la technique que Caravaggio maîtrisait : le ténébrisme. L’action des quatre figures se déroule dans l’obscurité illuminée par le Christ lui-même.

Il m’intéresse également, ayant écrit sur le martyre des Apôtres, que Pierre, Jean et Thomas furent les derniers à mourir : Pierre à Rome, Thomas en Inde, et Jean, de causes naturelles, en Grèce. (Je laisse de côté Paul, qui n’était pas parmi les Douze.) Ainsi, intentionnellement ou non, Caravaggio a réuni ceux qui furent les derniers à tomber dans un engagement total au service du Seigneur.

Il y a aussi une autre chose fascinante de passé-présent en jeu. L’« incrédulité » qui le définit aurait pu, au moment que Caravaggio représente, tout aussi bien être « crédulité », surtout compte tenu de la proclamation de Thomas. Mais il y a aussi la fin de la déclaration de notre Seigneur, formulée dans la plupart des traductions que j’ai vues de cette manière : « bienheureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ». Jésus utilise ce qu’on appelle l’« aoriste » — en grec, une forme qui ici ne marque pas le temps mais décrit un acte intemporel. C’est moins une déclaration sur un moment qu’une bénédiction éternelle.

Et, mes amis, Il parlait de vous et de moi, et nous bénissait.

À propos de l’auteur

Brad Miner, mari et père, est rédacteur en chef senior de The Catholic Thing et Senior Fellow du Faith & Reason Institute. Il fut Literary Editor de National Review et a eu une longue carrière dans l’industrie de l’édition de livres. Son livre le plus récent est Sons of St. Patrick, écrit avec George J. Marlin. Son best-seller The Compleat Gentleman est maintenant disponible dans une troisième édition révisée et également en édition audio Audible (lue par Bob Souer). M. Miner a siégé au conseil d’administration d’Aid to the Church In Need USA et également au conseil du Selective Service System dans le comté de Westchester, NY.

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