La Transfiguration : pourquoi le Christ a donné la beauté à ses disciples

La Transfiguration : pourquoi le Christ a donné la beauté à ses disciples
Transfiguration of Christ by Giovanni Bellini, c. 1478-79 [Museo e Real Bosco di Capodimonte, Naples, Italy]

Par Kristen Ziccarelli

Aujourd’hui, le 6 août, la fête de la Transfiguration commémore l’un des moments les plus mystérieux du ministère public du Christ. En montant sur le mont Thabor avec Pierre, Jacques et Jean, Jésus se transfigure devant eux. Son visage resplendit « comme le soleil », ses vêtements deviennent d’une blancheur éblouissante, Moïse et Élie apparaissent à ses côtés et la voix du Père déclare : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. . . écoutez-le ».

Pierre répond aussitôt : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ».

La Transfiguration est relatée dans les trois Évangiles synoptiques. Elle se produit au cours de la dernière année de la vie de Jésus, avant sa Crucifixion. Cela devrait nous amener à nous demander : pourquoi le Christ est-il monté sur le mont Thabor avec Pierre, Jacques et Jean avant sa Passion ? Pourquoi révéler sa gloire à ce moment précis ?

L’archevêque Fulton Sheen propose une réponse éclairante dans son bref ouvrage, La vie du Christ : « Pierre, le “roc”, Jacques, destiné à être le premier apôtre martyr, et Jean, le visionnaire de la gloire future de l’Apocalypse. Sans doute les a-t-il choisis parce qu’ils étaient ceux qui avaient le plus besoin de force pour l’heure de l’épreuve ».

Le cœur de l’observation de Sheen est que le Christ n’a pas révélé sa gloire après la Croix comme récompense pour leur fidélité, mais avant la Croix pour les fortifier et les soutenir en préparation à celle-ci.

Bien que Pierre le reniera, il se repentira plus tard. Jacques deviendra le premier apôtre à donner sa vie pour l’Évangile. Jean restera au pied de la Croix, ne recevant que plus tard la vision céleste consignée dans l’Apocalypse. Le Christ savait précisément ce qui attendait chacun d’eux, mais avant de leur demander d’être témoins de la plus grande laideur de l’histoire, il leur a d’abord permis de contempler sa plus grande beauté.

Il est intéressant de réfléchir à la Transfiguration à la lumière du rôle de la beauté dans la vie spirituelle. Ou même de conjecturer — comme beaucoup ne le considèrent peut-être pas — que la beauté a un tel rôle.

Le monde tend à justifier les choses selon leur utilité. Dans cette perspective, la beauté peut sembler inutile, voire indulgente, comparée à des préoccupations plus pratiques. Même dans les milieux chrétiens modernes, la beauté peut être reléguée au second plan, ayant été coupée de son lien avec la vérité et la bonté.

Mais la scène de la Transfiguration, où le « visage du Christ resplendit comme le soleil, et ses vêtements deviennent blancs comme la lumière », est probablement l’une des scènes de beauté les plus saisissantes des Écritures.

La beauté comme moyen par lequel le Christ lui-même a préparé ses disciples à la souffrance ? Il aurait pu les fortifier autrement ; il aurait pu simplement leur ordonner de persévérer. Il aurait pu leur raconter une parabole ou leur envoyer un message par un ange.

Au lieu de cela, il leur a accordé une rencontre avec sa gloire.

La beauté fortifie, mais comment ? D’une part, elle nous rappelle que le monde visible est capable de révéler quelque chose au-delà du banal, ce qui peut offrir à la fois espoir et réconfort.

Au moment où nous la rencontrons, nous pouvons nous sentir à la fois comblés et insatisfaits, éclairés mais en désirant davantage. Nous reconnaissons l’existence de quelque chose que nous avons toujours désiré et que, pourtant, nous ne pouvons pas posséder entièrement.

Mais, plus important encore, cette expérience nous conduit à la contrition parfaite, qui ne naît pas principalement de la crainte du châtiment, mais de l’amour lui-même. La beauté éveille cet amour et, ayant entrevu quelque chose de la gloire de Dieu, si fugace soit-elle, nous reconnaissons combien nous désirons peu nous en séparer.

Dans l’Évangile de Matthieu, la réponse de Pierre est consignée ainsi : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ». Et elle se poursuit par la proposition que fait Pierre : si tu le veux, je ferai « ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie ».

Il nous est facile de nous identifier à sa réaction d’émerveillement : nos rencontres avec la beauté authentique éveillent le désir de demeurer. Nous écoutons des symphonies sans vouloir qu’elles finissent ; nous nous attristons à l’idée que le coucher de soleil éblouissant finisse par disparaître derrière les nuages.

Mais le Christ ramènera les Apôtres en bas, où les foules attendent et où il y a encore de la souffrance à supporter. Il y a une Croix à porter. Là aussi, il y a un appel à assumer la tâche difficile qui doit être accomplie ici sur terre, et à être magnanimes en reconnaissant que nos rencontres avec la beauté sont des dons, destinés à être utilisés au service du Royaume de Dieu.

Avant que le Christ ne demande à ses disciples d’être témoins de la Croix, il leur a d’abord donné une vision de la gloire.

Pierre n’a jamais oublié ce qu’il a vu. Vers la fin de sa vie, il a écrit à l’Église primitive qu’il avait été « témoin oculaire de sa majesté ». (2 Pierre 1, 16-18) Le souvenir du mont Thabor est resté avec lui tout au long de Gethsémani, de la Résurrection, de décennies de ministère apostolique et, finalement, jusqu’à son propre martyre.

L’homme qui a dit un jour, à sa honte, alors que Jésus était torturé et interrogé par Ponce Pilate : « Je ne connais pas cet homme », est devenu le Saint qui a donné sa vie en martyre pour Lui.

Entre ces deux moments, le mont Thabor a donné à Pierre un aperçu de la gloire céleste qui un jour se révélerait pleinement. Ainsi a commencé la transformation du pêcheur en apôtre, de l’apôtre en martyr, de l’homme en saint. Un modèle pour nous tous.

À propos de l’auteure

Kristen Ziccarelli est une écrivaine qui vit à Washington, D.C. La Transfiguration est sa fête patronale préférée.

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