FSSPX : Schisme et excommunication

FSSPX : Schisme et excommunication
Marcel Lefebvre in 1981 [source: Wikipedia]

Par le P. Gerald E. Murray

La consécration/ordination (les termes sont interchangeables) canoniquement illégale de quatre nouveaux évêques par deux évêques de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) —qui furent eux-mêmes ordonnés illégalement par l’archevêque Marcel Lefebvre il y a 38 ans— est une blessure renouvelée infligée au Corps mystique du Christ. Cet acte schismatique de désobéissance, accompli en défi ouvert à l’avertissement public du pape Léon XIV, a entraîné l’excommunication latae sententiae (automatique) des six évêques.

Tout en affirmant défendre la foi traditionnelle de l’Église catholique, les évêques nouvellement excommuniés rejettent avec audace ce que l’Église catholique a toujours enseigné à ses enfants, à savoir que la nature hiérarchique du catholicisme inclut l’enseignement dogmatique selon lequel le pape est l’Autorité suprême à laquelle tous les catholiques doivent obéissance. Cette obéissance, il va sans dire, inclut le fait de ne pas ordonner d’évêques lorsque le pape interdit de telles ordinations.

Pour le dire simplement, le pape est le successeur de Pierre, le Vicaire du Christ. Il gouverne l’Église. L’obéissance à sa décision concernant qui peut ou ne peut pas recevoir l’ordination épiscopale est nécessaire si l’on souhaite demeurer un catholique fidèle.

Le Saint-Siège a instruit la FSSPX au début de cette année de renoncer à procéder, le 1er juillet, à l’ordination illégale de tout nouvel évêque. La FSSPX a rejeté cette instruction. Ce défi lancé au pape Léon est un acte de grave désobéissance que le Saint-Siège juge comme un acte schismatique impliquant « le refus de la soumission au Souverain Pontife » (canon 751) en accomplissant un acte interdit par le droit canonique, à savoir l’ordination d’évêques sans mandat pontifical (canon 1387). Ces ordinations épiscopales impliquent non seulement l’absence d’un mandat pontifical, mais une désobéissance claire en défi direct au pape Léon.

La veille des consécrations illégales, le pape Léon a écrit au Supérieur général de la FSSPX, le P. Davide Pagliarani :

Avec un cœur paternel, et conscient de la responsabilité que le Seigneur m’a confiée en tant que Successeur de l’Apôtre Pierre, je m’adresse à vous et, par votre intermédiaire, aux évêques, prêtres, séminaristes et fidèles liés à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X… [P]lein d’affection chrétienne, je vous supplie et vous demande de tout mon cœur : je vous en prie, revenez en arrière ! Je vous exhorte à considérer attentivement le bien spirituel des fidèles, car l’acte schismatique que vous êtes sur le point d’accomplir les priverait de la réception licite et, dans certains cas, même valide des sacrements qu’ils aiment et recherchent pour leur sanctification.

Le pape a l’autorité pour déterminer ce qui constitue un acte schismatique, et c’est ce qu’il a fait. La FSSPX n’a pas l’autorité pour contredire ou ignorer ce jugement papal.

Le P. Pagliarani a répondu : « Paradoxalement, dans les circonstances actuelles, nous croyons qu’il est de notre devoir de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour raccommoder la tunique sans couture du Christ, déchirée par des forces et des pressions incompatibles avec un esprit véritablement catholique ». Paradoxal en effet ! Le Supérieur général de la FSSPX affirme de manière incroyable que la FSSPX va « raccommoder la tunique sans couture du Christ ».

Non, ce qu’il fait, c’est déchirer cette tunique en commettant ce qu’il sait que le Saint-Siège a considéré comme un acte schismatique. Cela ressemble à une armée qui prétend qu’elle doit détruire un village occupé par l’ennemi pour pouvoir le sauver.

Pourquoi cela est-il arrivé ? La FSSPX veut continuer à ordonner des prêtres qui célèbrent la messe traditionnelle en latin tout en refusant de revenir à la pleine communion avec le pape et l’Église. La Fraternité affirme qu’un état de nécessité dans l’Église lui permet d’ordonner de nouveaux évêques sans faute. Elle a besoin de quelques évêques plus jeunes, dit-elle, pour pouvoir continuer à ordonner de nouveaux prêtres dans les années à venir.

Si elle était en pleine communion avec l’Église, n’importe quel nombre d’évêques serait disposé à ordonner les séminaristes de la FSSPX. Au lieu de cela, la FSSPX a approfondi son adoption d’un esprit séparatiste dangereux. Ordonner de nouveaux évêques contre la volonté du pape est une action nécessaire pour fournir de nouveaux prêtres à la FSSPX seulement si elle a l’intention de continuer à fonctionner en marge du Saint-Siège. De toute évidence, elle ne prévoit pas de revenir à la pleine communion à court terme.

À la suite des ordinations épiscopales schismatiques de 1988 par l’archevêque Lefebvre, le Saint-Siège a pourvu à l’ordination de prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, de l’Institut du Christ Roi et de l’Institut du Bon Pasteur, qui célèbrent tous la messe traditionnelle en latin. La pleine communion avec le Pontife romain, et l’obéissance à lui, n’est pas une pratique discrétionnaire qui puisse être mise de côté par aucun groupe dans l’Église, surtout par un groupe qui affirme publiquement, comme le fait la FSSPX, qu’il est pleinement catholique et se soumet à l’Autorité suprême de l’Église.

La FSSPX, à mon avis, a utilisé l’annonce du 2 février des ordinations épiscopales du 1er juillet comme une tactique, cherchant à forcer le Saint-Siège à accepter de permettre les ordinations dans l’espoir que le Saint-Siège veuille éviter un schisme à tout prix. Le Saint-Siège a offert de poursuivre les discussions doctrinales avec la FSSPX, mais seulement si la menace des ordinations épiscopales était retirée. La FSSPX n’a pas accepté cela. Exiger une audience du Saint-Siège sans accepter une condition très raisonnable — « cessez de menacer d’un acte de grave désobéissance si le pape Léon ne vous donne pas ce que vous voulez » — n’est manifestement pas une manifestation de soumission filiale au successeur de Pierre.

Où cela mènera-t-il ? Plus la FSSPX opérera longtemps en défi au Saint-Siège, plus un esprit séparatiste s’enracinera profondément parmi la FSSPX et les religieux et laïcs qui assistent à ses messes. Cela conduira à un plus grand antagonisme envers les catholiques qui accomplissent leur devoir de se soumettre à l’autorité papale.

Les évêques excommuniés de la FSSPX seront considérés par de nombreux sympathisants comme les seuls évêques catholiques fiables. Le pape et les évêques en pleine communion avec lui seront probablement considérés comme des obstacles à la promotion de la mission de l’Église. Tel est le danger qui surgit lorsqu’on s’écarte de la soumission due que tout catholique doit au Successeur de Pierre. Les catholiques sont appelés à vivre sub Petro, non contra Petrum.

La FSSPX affirme que les désordres doctrinaux dans l’Église justifient son défi à l’autorité du Pontife romain. Cela me rappelle quelque chose que mon professeur d’université a dit dans un cours sur l’Histoire constitutionnelle de l’Europe médiévale : « Tout se résume à cette question : qui, diable, est aux commandes ici ? ». La FSSPX doit se demander : Qui le Christ a-t-il mis à la tête de l’Église ? Pierre et ses successeurs, ou quelqu’un d’autre ?

Un aspect essentiel de cette histoire est le manque manifeste de confiance dans la Divine Providence de la part de l’archevêque Lefebvre et de ses disciples. Rappelons qu’en 1988, le Saint-Siège a offert d’ordonner comme évêque un membre de la FSSPX si l’archevêque Lefebvre acceptait une réconciliation avec le Saint-Siège. C’était une concession inhabituelle, étant donné qu’une société de prêtres comme la FSSPX n’a pas besoin d’avoir un membre évêque pour procéder aux ordinations.

L’archevêque Lefebvre a signé un accord mais s’est rétracté le lendemain. Plus tard, il a dit qu’il craignait que le Saint-Siège ne lui ait demandé de présenter d’autres noms de candidats à l’ordination épiscopale après qu’il ait déjà informé le Saint-Siège de qui il pensait devoir être ordonné évêque. Il voulait contrôler qui serait l’évêque qui le remplacerait. Cela ne fonctionne pas ainsi dans l’Église catholique. Le pape prend la décision car il est l’Autorité suprême dans l’Église.

Nous devons tous faire confiance à la Providence de Dieu. Dom Hubert van Zeller a écrit : « Le mot providence… signifie “voir à l’avance”. [Dieu] voit à l’avance ce qui est le mieux pour nous, et nous acceptons ce qu’il envoie ». La FSSPX a manifesté un manque regrettable de confiance dans la faveur providentielle de Dieu qui se montre à ceux qui accomplissent Sa volonté, ce qui inclut la soumission à l’autorité divinement établie du Successeur de Pierre.

Que le Seigneur ramène les pasteurs égarés à la pleine communion avec une obéissance totale au Vicaire du Christ.

À propos de l’auteur

Le Rév. Gerald E. Murray, J.C.D., est avocat canonique et curé de l’église Saint-Joseph à New York. Son nouveau livre (avec Diane Montagna), Calming the Storm: Navigating the Crises Facing the Catholic Church and Society, est déjà disponible.

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