À peine quelques semaines après que le Gouvernement ait tenté de capitaliser politiquement sur la visite du pape Léon XIV en Espagne, le PSOE et Sumar ont décidé de relancer l’une des initiatives les plus emblématiques de leur programme idéologique : la suppression du délit d’offense aux sentiments religieux.
La coïncidence temporelle est difficile à ignorer. Alors que les échos d’une visite que l’Exécutif espérait transformer en un soutien implicite à son projet politique ne se sont pas encore éteints, les partenaires de gouvernement remettent sur la table une réforme visant directement l’un des rares instruments légaux qui protègent encore le respect public des croyances religieuses.
La proposition convenue entre le PSOE et Sumar prévoit l’abrogation des délits d’offense aux sentiments religieux et d’injures à la Couronne, parmi d’autres infractions liées aux institutions de l’État. L’initiative était bloquée depuis des années au Congrès, mais elle a été relancée précisément à un moment où le Gouvernement traverse des difficultés politiques et où l’utilisation propagandiste de la figure du pape n’a pas produit les résultats escomptés.
Dans les jours précédant la visite pontificale, divers secteurs proches de l’Exécutif ont tenté de présenter Léon XIV comme un allié naturel des positions politiques de la gauche espagnole. Cependant, le déroulement des événements a largement contrecarré ce récit. Le Pontife a évité toute identification partisane et a maintenu un discours centré sur les principes traditionnels de la doctrine sociale de l’Église, la défense de la dignité humaine, la famille et la liberté religieuse.
Une fois la visite terminée sans les retombées politiques souhaitées, l’Exécutif revient désormais sur un terrain beaucoup plus familier : la confrontation culturelle avec les institutions traditionnelles et, en particulier, avec l’Église catholique. L’abrogation de l’article 525 du Code pénal constitue depuis des années une revendication historique des secteurs les plus laïques de la gauche, qui considèrent incompatible avec leur conception de la liberté d’expression toute protection spécifique contre les actes de dérision ou de moquerie à l’égard des croyances religieuses.
Les défenseurs de la réforme soutiennent qu’il s’agit d’adapter la législation espagnole aux normes européennes en matière de liberté d’expression. Cependant, ses détracteurs soulignent une asymétrie évidente. Alors que les protections pénales contre les attaques dirigées contre les croyances religieuses, en particulier catholiques, sont supprimées, l’ordre juridique maintient et même élargit la protection d’autres groupes et sensibilités jugés dignes d’une protection renforcée.
Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement espagnol recourt aux questions religieuses en période d’usure politique. L’expérience montre que les batailles culturelles offrent souvent un moyen rapide de mobiliser certains électorats lorsque d’autres sujets deviennent plus inconfortables. Dans ce contexte, la reprise d’une réforme mise de côté pendant des années semble répondre moins à une urgence juridique qu’à une opportunité politique.
La suppression du délit d’offense aux sentiments religieux entraînerait la disparition d’une disposition qui, bien que rarement aboutissant à des condamnations, exprimait un principe fondamental : que la coexistence exige également certaines limites face à l’insulte gratuite et à l’humiliation publique des croyances de millions de citoyens.
Son abrogation sera présentée comme une victoire de la liberté d’expression. Pour de nombreux catholiques, cependant, elle constitue un nouvel épisode d’une stratégie politique qui alterne la recherche de photographies avec le pape lorsque cela convient et la réactivation de l’anticléricalisme législatif lorsque ces photographies cessent d’être utiles.