Monsieur González :
Vous avez rédigé un profil politique légitime sur les tensions entre Vox et les évêques. Jusqu’ici, vous étiez dans votre droit. Mais vous avez repris en bloc un paragraphe de votre article en vous appuyant sur des victimes que votre propre journal a manipulées et à qui il doit encore une rectification. On ne peut pas dénoncer l’instrumentalisation de l’Église tout en instrumentalisant ses victimes. On ne peut pas donner des leçons de rigueur à partir d’un texte qui repose sur un témoignage altéré.
Commençons par l’essentiel, car vous avez tout fait pour l’enterrer sous des couches de politique. Au cœur de cette affaire que vous évoquez, il y a des victimes d’abus sexuels. Des personnes réelles. Un cas réel — celui du père Lute dans le diocèse de Chiclayo —, documenté, attesté et, pendant des années, négligé. Voilà la nouvelle. Tout le reste — Vox, le conclave, vos sympathies et vos aversions — n’est que le bruit destiné à la couvrir.
Le 1er octobre 2025, vous avez interrogé pendant deux heures Ana María Quispe Díaz. De ces deux heures, vous avez extrait une version qui inversait le sens de ses propos. Vous avez publié que l’actuel Léon XIV avait fait l’objet d’une « campagne de discrédit ». Ce que la victime a déclaré, enregistrement à l’appui, était exactement le contraire : « Tristement, Robert Prevost n’a pas bien agi dans notre affaire ». Le 7 octobre, elle a exercé son droit de rectification en vertu de la loi organique 2/1984. Vous avez laissé passer le délai légal de trois jours sans la publier. Ce n’est pas une « ligne éditoriale » : c’est un manquement à la loi et une seconde victimisation de celle qui avait déjà été réduite au silence une fois.
Huit mois plus tard, au lieu de rectifier, vous doublez la mise. Le 6 juin, vous signez un article — « Léon XIV, le visiteur le plus gênant et le plus inopportun pour Vox » — dans lequel la couverture que ce média a accordée à ces victimes devient, sans autre forme de procès, une pièce de votre échiquier politique. La cause de jeunes filles abusées devient, dans votre récit, un instrument de « l’extrême droite », une manœuvre, un épisode supplémentaire du bras de fer entre Vox et la Conférence épiscopale. Il est difficile d’imaginer un usage plus cynique de la souffrance d’autrui.
Nous vous le disons clairement : pensez ce que vous voulez d’InfoVaticana. Appelez-nous « ultra-catholiques » autant qu’il vous plaira ; c’est votre droit et cela nous importe peu. Contestez notre vision de la gestion de l’Église, du conclave ou de tout ce qui vous chante. Rien de tout cela n’est en discussion aujourd’hui. Ce que vous ne pouvez pas faire — ce qu’aucun média qui se respecte ne devrait jamais faire — c’est vous servir de victimes d’abus sur mineurs pour régler vos comptes avec un parti politique.
Car ici, il n’y a ni droite ni gauche. Il y a une plainte pour abus sexuels traitée avec de graves irrégularités ; des victimes qui demandent le minimum — accès au dossier, administration de la preuve, refus d’une dispense permettant de clore hâtivement une enquête, une procédure juste et transparente — ; et une affaire qui est une honte pour l’Église, indépendamment de qui la raconte. Que ce cri ait été recueilli par un média qui vous déplaît ne le transforme pas en politique. Il devient simplement le journalisme que vous ne voulez pas faire.
Il convient en outre de clarifier un point que vous semblez déterminés à dissimuler derrière vos catégories idéologiques. Oui, je m’appelle Javier Tebas Llanas, je suis avocat et j’ai découvert ce dossier en juin 2025 en travaillant pour InfoVaticana. J’ai ensuite rencontré personnellement Ana María Quispe Díaz, écouté son récit, examiné la documentation disponible et décidé de l’aider jusqu’à ce que justice soit faite, car elle était très seule. Tout le monde l’avait abandonnée et même privée de la parole, parce que l’autorité qui l’avait traitée avec négligence était devenue la personne la plus puissante de l’Église. Imaginez la situation d’une victime psychologiquement brisée dans un tel moment. Mon engagement dans cette affaire naît exclusivement d’une conviction juridique et morale face à des faits graves qui méritent d’être enquêtés avec rigueur. Vox n’y est pour rien. Aucun parti politique n’y est pour rien. Ceux qui tentent de transformer ce cas en épisode de confrontation idéologique ne font que détourner l’attention de ce qui compte vraiment : les victimes et leur droit à la vérité.
Je souhaite en outre tout le meilleur au pape Léon XIV. C’est précisément pour cela que j’estime que clarifier ce qui s’est passé est aussi ce qu’il y a de mieux pour lui. L’enquête que nous menons indique que la stratégie suivie pendant des mois n’a pas visé à rendre justice aux victimes, mais à clore le problème de la manière la moins coûteuse possible sur le plan institutionnel. Je travaille sur des indices montrant qu’il y a derrière certaines manœuvres un « plombier » de troisième ordre de la Curie, plus soucieux de gérer une crise de réputation que de chercher la vérité. Si quelqu’un pense que protéger le Pape consiste à abandonner les victimes ou à tenter de clore hâtivement une affaire aussi grave, il ne nuit pas seulement aux plaignantes : il nuit aussi au pape Léon XIV lui-même et à la crédibilité de l’Église.
Nous terminons par une supplique et un avertissement. La supplique : laissez les victimes de Chiclayo en dehors de votre bras de fer avec Vox. Ne les utilisez pas. Ne recommencez pas. Celui qui aide des victimes d’abus à se faire entendre n’a pas besoin de l’aval d’El País, mais les victimes méritent de ne pas être transformées en projectile. L’avertissement : ce média continuera de raconter cette affaire — celle des fillettes de Chiclayo et celle de toutes les victimes qui s’adresseront à nous, quel que soit leur bord — jusqu’à ce que justice soit faite. Contre vous, si nécessaire. Et ceux d’entre nous qui collaborent à cette tâche continueront jusqu’au bout, car la justice pour les victimes n’est pas une cause politique : c’est une obligation morale et juridique.