Par Kristen Ziccarelli
Le jour de sa fête, aujourd’hui 30 mai, Jeanne d’Arc est commémorée comme l’une des plus grandes saintes, non seulement de son époque, mais de tous les temps. La Pucelle d’Orléans nous inspire tous par ses victoires militaires pour la France, son courage au combat et son jugement et son martyre extraordinaires.
Pourtant, ce qui comptait le plus chez Jeanne n’était aucune de ces choses, mais le fait qu’elle était obsédée par la volonté de Dieu. Comme l’écrit Alexandre Havard de son point de vue dans Coached by Joan of Arc: Lessons in Virtuous Leadership : « mon amour pour la France n’était pas le fruit d’un patriotisme extrême. Il est vrai que mon père était patriote. Cependant, ce qui m’obsédait, c’était la volonté de Dieu. Mon patriotisme n’a pas donné naissance à mes visions ; ce sont mes visions qui ont donné naissance à mon patriotisme. Mes voix me conseillaient de faire des choses que je ne pouvais imaginer ; elles m’ordonnaient de faire des choses que je trouvais répugnantes. J’avais pitié des Français parce que Dieu avait pitié d’eux. J’aimais la France pour Dieu ».
Lors de sa canonisation en 1920, la constitution apostolique Divina disponente du pape Benoît XV déclara que sainte Jeanne d’Arc serait ajoutée au « nombre des Saints, afin que, à son exemple, tous les chrétiens puissent apprendre que l’obéissance à la volonté de Dieu est sainte et pieuse, et obtiennent d’elle la grâce de convertir leurs concitoyens pour atteindre la vie céleste ».
À l’âge de treize ans, Jeanne commença à recevoir des visions de Dieu et des saints. La France était alors déchirée par la guerre de Cent Ans. L’Angleterre avait revendiqué une grande partie du nord de la France, y compris Paris, et le trône français lui-même restait vacant. Tandis que les Anglais assiégeaient la ville d’Orléans le long de la Loire, la nation semblait au bord de l’effondrement.
Analphabète et n’étant guère plus qu’une enfant, Jeanne, à dix-huit ans, demanda à son oncle de la conduire devant le Dauphin, le futur Charles VII. Elle lui dit qu’elle avait été envoyée par Dieu « pour lever le siège d’Orléans et vous aider à recouvrer votre royaume. Dieu le veut ainsi ».
Contre toute attente terrestre, Jeanne aida à conduire les forces françaises vers une série de victoires contre les Anglais et escorta en sécurité Charles jusqu’à Reims, où il fut couronné dans la cathédrale comme roi de France en 1429. Le 30 mai 1431, elle fut jugée et brûlée sur le bûcher pour « hérésie » à Rouen.
En 1431 comme aujourd’hui, près de 600 ans après son procès, la distinction entre patriotisme et obéissance importe énormément. Sa réponse de servir Dieu fidèlement dans les circonstances concrètes où Il l’a placée a changé le cours de l’histoire.
De nombreux fidèles dévots sont souvent tentés par l’un ou l’autre de deux extrêmes. Certains se retirent complètement de la vie publique, convaincus que le retrait est plus noble ou épuisés par le déclin civique qu’ils observent autour d’eux. D’autres s’immergent tellement dans l’identité politique que la foi passe au second plan derrière la loyauté partisane. En lisant les documents de son procès ou les nombreux récits de sa vie, il est clair que sainte Jeanne d’Arc ne possédait pas une âme partisane et n’a pas combattu pour la nation comme une fin en soi.
C’est un type de patriotisme profondément chrétien, car il ne nie pas les échecs d’une nation ni n’idolâtre l’identité nationale. Au contraire, il se demande quelle est la volonté de Dieu : discerner notre devoir envers les nôtres (les plus proches de nous parmi nos proches, nos communautés et notre pays). Sainte Jeanne d’Arc a compris que l’amour de la patrie pouvait devenir une forme de service chrétien lorsqu’il était correctement ordonné par un amour préalable à Dieu.
La vie de sainte Jeanne d’Arc nous aide également à retrouver une compréhension plus riche de la vertu de piété. Saint Thomas d’Aquin décrit la piété comme la vertu par laquelle nous rendons « devoir et hommage à nos parents et à la patrie ».
Le patriotisme n’a pas besoin d’être réduit à une idéologie ni rejeté complètement. Jeanne présente une autre voie, où l’amour de la patrie, correctement ordonné, peut être compris comme une gratitude envers ceux qui nous ont précédés, une sorte d’héritage reçu plutôt qu’une identité inventée.
L’Occident chrétien s’est construit au fil des siècles par le sacrifice, la foi et la sainteté. Un chrétien peut aimer son pays non seulement pour des raisons politiques, mais aussi par gratitude envers ceux qui ont transmis les institutions, la culture et la foi qui nous permettent de vivre librement aujourd’hui. L’amour de la patrie devient alors non pas une idole, mais un affection naturelle élevée vers l’amour du prochain et, en fin de compte, vers l’amour du Christ.
Même la fin de la vie de Jeanne révèle la différence entre le simple nationalisme et la véritable fidélité chrétienne. En fin de compte, elle fut trahie par ses propres compatriotes lorsque le duc de Bourgogne céda à la pression politique et la livra aux Anglais. Si la mission de Jeanne avait été enracinée uniquement dans le patriotisme, son histoire se serait terminée dans la tragédie et la déception. Au contraire, son témoignage a perduré parce que sa loyauté n’a jamais été finalement placée dans la victoire politique, mais dans la volonté de Dieu.
Jeanne montre ainsi que la sainteté implique de s’engager dans les nombreuses difficultés du monde avec clarté, humilité et courage. Sa magnanimité, ou sa « grandeur d’âme », l’appelle à cultiver les dons que Dieu lui a donnés et à les utiliser pour le Royaume. Bien qu’elle fût jeune et sans instruction, elle avait pleinement confiance que Dieu pouvait agir à travers elle pour des desseins plus grands qu’elle-même.
Les catholiques américains ont de nombreux liens significatifs en tant que nation avec sainte Jeanne d’Arc : l’un d’eux se trouve dans l’église la plus longue de notre nation. Le 16 mai 1920, le jour de la canonisation de sainte Jeanne d’Arc, le terrain fut béni pour la future Basilique du Sanctuaire national de l’Immaculée-Conception. Aujourd’hui, la Chapelle de Notre-Dame de Lourdes, au niveau de la crypte, contient une pierre de marbre blanc provenant du cachot où Jeanne fut emprisonnée avant son exécution.
C’est aussi un rappel de sa dévotion mariale et d’une spiritualité forgée par l’obéissance confiante : la même disposition que nous voyons de manière plus parfaite en Notre-Dame : un simple « oui » à ce qu’elle croyait que Dieu lui demandait.
À propos de l’auteur
Kristen Ziccarelli est une écrivaine qui vit à Washington, D.C.