Munilla contre les critiques de la campagne épiscopale : insinuations sans réponse

Par : Mariano Gaspar

Munilla contre les critiques de la campagne épiscopale : insinuations sans réponse

Il existe une figure de rhétorique qui mérite un nom propre, car son efficacité réside précisément dans le fait de ne pas s’achever : la phrase inachevée. Don José Ignacio Munilla la manie avec l’habileté d’un vieux prédicateur lorsque, dans son émission du matin à la veille de la Pentecôte, il évoque ces « médias qui se disent catholiques » et laisse, avec la naturel de celui qui sait que l’auditeur complétera seul ce qu’il préfère ne pas signer, l’ellipse suspendue dans l’air. Il n’est pas nécessaire d’achever la phrase. Nous comprenons tous ce qui suit : des médias qui se disent catholiques mais qui, en réalité, sont pharisaïques, violents, racistes, instrumentalisent la foi, agitateurs qui se délectent du sang de l’adversaire. L’évêque ne le dit pas ; il le laisse dit, ce qui est une façon plus commode et considérablement moins coûteuse de le dire, car cela lui permet l’accusation sans le poids de la soutenir et la condamnation sans la gêne de l’argumenter. Talleyrand, qui s’y connaissait en ellipses, aurait apprécié cette économie.

 

Il convient donc de rendre à l’évêque une courtoisie qu’il ne s’accorde pas à lui-même, à savoir celle d’achever les phrases. S’il va nous accuser — et il en a pleinement le droit, il s’en faut de peu, car il dispose d’un micro, d’un diocèse et de la robuste certitude de celui qui ne doute jamais d’être du bon côté —, qu’il nous accuse complètement. Qu’il dise qui, qu’il dise quoi, qu’il dise quand. Car l’insinuation possède un avantage inestimable sur l’affirmation : on ne peut réfuter ce qui n’a pas été énoncé, et celui qui insinue conserve toujours la porte de sortie du « je n’ai pas dit cela » tout en recueillant intacts les bénéfices de l’avoir suggéré. C’est la calomnie avec une coartada incorporée, le genre littéraire préféré de ceux qui ont découvert que la charité bien comprise commence par soi-même.

Mais il y a quelque chose de plus intéressant que la lâcheté grammaticale de la phrase à moitié dite, et c’est l’asymétrie qui la soutient. Imaginons un instant que l’un de ces médias qui se disent catholiques — prenons, par hypothèse, l’un d’entre eux — se réfère à Munilla lui-même, ou à tout autre prélat de sa mouvance, avec la formule « évêques qui se disent catholiques ». Imaginons le scandale. Imaginons les invocations à la communion ecclésiale, au respect dû au successeur des apôtres, à la prudence, à l’unité, à la mansuétude évangélique qu’un petit journal aigri ne saura jamais comprendre. Et pourtant la formule serait exactement la même, avec la même structure, le même venin et la même ellipse : évêques qui se disent catholiques, mais qui en réalité. La différence ne réside pas dans la phrase. La différence réside dans celui qui peut se permettre de la prononcer. L’évêque s’arroge le pouvoir de déterminer qui demeure dans les limites de la catholicité et qui en a déjà été cordialement expulsé — toujours, bien sûr, ceux qui ne sont pas d’accord avec lui, dans une coïncidence si parfaite entre l’orthodoxie et sa propre opinion que l’on commence à soupçonner que les deux se confondent dans son esprit — tandis qu’aux expulsés on ne reconnaît même pas le droit de renvoyer la balle. Il y a ici une théologie implicite digne d’étude : celle d’un magistère exercé de haut en bas et qui n’admet jamais de réciprocité, car juger la conscience d’autrui est un abus intolérable lorsqu’il est commis par les autres et un discernement pastoral lorsqu’on le pratique soi-même.

La vidéo d’« Alzad la mirada » et l’homme de paille

Venons-en maintenant au fond, car l’évêque a l’élégance de nous fournir, dans la même émission, deux exemples splendides de la façon dont on construit un homme de paille pour avoir ensuite le plaisir de le renverser.

Le premier est celui de la vidéo. La Conférence épiscopale a lancé une campagne — « Alzad la mirada » — dont le morceau de choix montre un wagon de métro rempli d’individus absorbés par leurs écrans jusqu’à ce qu’une voix les invite à lever les yeux et à se regarder les uns les autres, à découvrir que l’homme à la mallette et l’étudiant, la jeune fille aux pois et le garçon d’en face, partagent fatigues, doutes et rêves. C’est, techniquement, un morceau impeccable. C’est aussi, et c’est plus important, une publicité qui pourrait tout aussi bien servir à une compagnie téléphonique, à une banque à vocation sociale ou au tirage de Noël, et à laquelle seul un texte final ajouté à la hâte révèle qu’elle précède la visite du Successeur de Pierre.

Dans ces quatre-vingt-dix secondes de bien-pensance thérapeutique, le Christ n’apparaît pas. Sa Mère n’apparaît pas. La Croix n’apparaît pas, ni le salut, ni la conversion, ni le péché, ni la grâce, ni aucun des mots qui distinguent l’Évangile d’un cours d’intelligence émotionnelle. Apparaît, en revanche, l’empathie. Beaucoup d’empathie. L’empathie est la seule transcendance que l’algorithme tolère sans protester, et ce n’est pas un hasard si la campagne elle-même se présente aux annonceurs comme une initiative « contre la polarisation » qui « transcende le religieux pour se situer dans le débat social » : ils le confessent eux-mêmes, pas nous.

Voilà la critique. Celle-ci, et aucune autre. Que l’Église se présente en Espagne, à la veille de recevoir le Pape, transformée en une agence de philanthropie indéfinie qui a décidé de se passer du seul nom qui justifie son existence.

Or l’évêque prend cette critique, la plie soigneusement, la range dans un tiroir et en sort une autre complètement différente, fabriquée par lui-même à la mesure de sa commodité. Selon son récit, ceux qui critiquent la vidéo le font parce qu’ils souhaitent la polarisation, parce que la tension leur convient, parce qu’ils ont besoin de l’affrontement entre Espagnols pour leurs sombres desseins politiques ; et ensuite, avec un sens de l’opportunité qui mériterait meilleure cause, il exhume le micro ouvert de Zapatero en 2008 — « il nous convient qu’il y ait de la tension », « je vais commencer à dramatiser » — pour insinuer que les critiques de la vidéo sont les héritiers spirituels de cette stratégie, seulement depuis l’autre rive.

La manœuvre est aussi voyante que malhonnête. Personne, absolument personne, n’a critiqué la campagne pour défaut de crispation. Personne n’a eu l’idée de reprocher à la Conférence épiscopale que la vidéo soit peu combative. Ce qu’on lui reproche est exactement le contraire de ce que l’évêque feint de réfuter : qu’elle ait dissous l’annonce de l’Évangile dans un bouillon de fraternité générique où le Christ est de trop.

Mais contre cette objection il n’a pas de réponse, et alors il fait ce que fait le polémiste lorsque la vérité lui est inconfortable : il change la question. Il combat avec ardeur une position que personne ne soutient pour ne pas avoir à défendre la sienne, qui est indéfendable. Aux fourmis rouges et noires de sa parabole il faudrait ajouter une troisième espèce : celle qui agite le bocal et prêche ensuite le calme.

La fausse équivalence morale

Et le deuxième exemple, le plus grave, car il ne touche plus à la stratégie mais à la doctrine. L’évêque dit, avec cet air d’équilibriste qui a confondu l’équidistance avec la prudence, qu’aujourd’hui en Espagne aucun parti n’est pleinement identifiable à l’Évangile, que tous ont de graves incohérences, tous, et il procède alors à l’énumération : les uns heurtent la défense de la vie, de la famille, de l’anthropologie chrétienne ; les autres s’éloignent sur les questions de justice sociale, de migrations ou de « dignité des pauvres » ; d’autres ont embrassé des discours bellicistes ; et pratiquement tous subordonnent le bien commun à leurs stratégies de pouvoir.

La phrase a l’apparence rassurante des vérités évidentes — bien sûr qu’aucun parti n’est la Cité de Dieu, il s’en faut de peu — et cache sous cette apparence une erreur que l’Église elle-même que l’évêque dit servir a condamnée en toutes lettres. Car mettre dans la même énumération, avec la même cadence et le même « tous », l’avortement et la politique migratoire, c’est n’avoir pas compris — ou avoir décidé d’oublier par commodité rhétorique — la différence entre ce que la théologie morale appelle un mal intrinsèque et ce qui relève de l’ordre du jugement prudentiel.

L’avortement est la suppression délibérée d’un innocent : un intrinsece malum, un acte qu’aucune circonstance, aucune pondération, aucun bien ultérieur ne peut rendre licite. C’est ce qu’enseigne Evangelium vitae, ce que rappela la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dans sa note de 2002 sur l’engagement politique des catholiques, ce que précisa Benoît XVI en distinguant entre valeurs non négociables et options contingentes.

La politique migratoire, en revanche — combien accueillir, à quel rythme, sous quelles conditions, dans quel équilibre entre le devoir d’hospitalité et la capacité réelle d’intégration que le Catéchisme lui-même soumet au bien commun de la communauté d’accueil — relève du domaine où des positions catholiques opposées peuvent légitimement coexister, où le fidèle peut diverger de l’évêque sans sortir d’un millimètre de l’orthodoxie, et où le pasteur qui prétend imposer sa préférence prudentielle comme si c’était un dogme commet exactement l’abus qui l’indigne tant lorsqu’il croit le déceler chez les autres.

Égaler ces deux choses, les aligner dans une même liste d’« incohérences graves », répartir le reproche avec l’équanimité symétrique de celui qui veut rester bien avec tout le monde, ce n’est pas de la prudence : c’est du relativisme moral en soutane. C’est niveler la montagne et le grain de sable pour pouvoir dire, satisfait, qu’après tout ce ne sont que des monticules. Et l’effet ultime — que l’évêque le dise ou non, qu’il le veuille ou non — est l’alibi parfait pour le votant qui préfère ne rien hiérarchiser parce que hiérarchiser oblige, et obliger gêne.

La condescendance cléricale

Il s’avère donc que le prélat qui nous réprimande si sévèrement, nous autres, pour instrumentalis<|eos|>

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