TRIBUNE. Argüello et les moines de la Vallée : une contradiction qui ne peut plus se soutenir

Par: Ramón Ruavieja

TRIBUNE. Argüello et les moines de la Vallée : une contradiction qui ne peut plus se soutenir

Cuando deux voix ecclésiales d’autorité maximale décrivent un même fait de manière incompatible, il est normal —raisonnable— d’attendre une clarification. Lorsque cette clarification n’arrive pas, il est normal de commencer à se demander pourquoi. C’est exactement ce qui se produit depuis des semaines dans l’affaire de la Vallée des Chrétiens, où la position publique de la communauté bénédictine et celle du président de la Conférence épiscopale espagnole ne concordent pas. Elles ne concordent absolument pas.

La question, au fond, est d’une simplicité presque inconfortable : le projet gagnant du concours de resignification affecte-t-il ou non l’intérieur de la Basilique de la Sainte Croix ? Pour les moines qui gardent le temple, oui —et de manière grave—. Pour Monseigneur Luis Argüello, non. Le projet, soutient-il, respecte la basilique. Les deux choses ne peuvent pas être vraies en même temps. Et quand on ouvre les plans publiés par le ministère du Logement et de l’Agenda urbain, le doute disparaît : la raison n’est pas du côté le plus rassurant du récit.

Ce que les moines ont écrit :

Le mardi 28 avril, l’Abbaye de la Sainte Croix de la Vallée des Chrétiens a publié une tribune dans ABC. Ce n’était pas un commentaire improvisé, ni un témoignage entendu de tiers, ou une fuite anonyme. C’était un texte signé et délibéré, conscient de sa portée. La gravité de l’affaire exigeait précisément cela : une exposition publique et une responsabilité dans ce qui était dit, quelle que soit l’opinion des tiers sur son contenu.

Dans ce texte, le représentant de l’Abbaye argumentait sous divers angles, dont certains sont nuançables du point de vue philosophique. Cependant, il rappelait quelque chose d’aussi élémentaire qu’il est presque inconfortable de devoir le réexpliquer. Pour l’Église catholique, un temple n’est pas un bâtiment fragmentable au gré de la conjoncture politique. Ce n’est pas un conteneur adaptable. C’est la maison de Dieu. Et sa sacralité —écrivait-il— «ne se limite pas à l’autel ni au moment de la célébration liturgique par excellence —la Sainte Messe—, mais s’étend à la totalité du plan et des espaces du temple —porte, atrium, vestibule, nefs, autel, coupole, chapelles et cryptes».

Le problème ecclésiastique —avertissaient les bénédictins— n’est pas ce que le Gouvernement veut faire en dehors de la basilique, qui relève du domaine politique. Le problème apparaît quand «on envisage d’étendre ces actions aux espaces consacrés du temple, en imposant un accès non indépendant et subordonné au passage préalable par un centre d’interprétation historique et politique». Et ils concluaient sans laisser de place à l’ambiguïté : «cette atteinte comprend, en plus de cet accès conditionné, l’occupation de l’atrium, du vestibule et d’autres espaces du temple, selon le projet sélectionné par le Gouvernement».

Traduit en langage clair, sans technicités : l’Exécutif de Pedro Sánchez ne se limite pas à intervenir dans l’entourage de la Vallée. Il prétend que le fidèle traverse d’abord un récit —un centre d’interprétation historique et politique— pour pouvoir entrer dans la basilique. Il prétend occuper l’atrium. Il prétend transformer le vestibule. Il prétend, sans aucune ambiguïté, intervenir dans des espaces consacrés. Et tout cela, au-delà de la sacralité —soulignaient les moines— compromet les principes de neutralité et de proportionnalité de l’État, ainsi que le droit constitutionnel des fidèles à la liberté religieuse et de culte.

Ce n’est pas une opinion de plus. C’est la position de ceux qui ont la responsabilité juridique et spirituelle du temple.

Ce que le président des évêques espagnols a dit :

Cinq jours plus tard, le dimanche 3 mai, le même journal publiait une interview avec le président de la Conférence épiscopale espagnole. Et la version que Monseigneur Argüello offrait sur ce même projet —déjà connue la position publique des bénédictins— sonnait, simplement, différente.

«Le concours est sorti et il y a un projet gagnant, mais un recours a été présenté —disait-il—. À ce moment, la possibilité d’arriver à un accord passe par les moines… et par le Gouvernement… Je crois qu’il existe la possibilité d’arriver à un accord qui respecte l’abbaye, la basilique et l’accès indépendant. Le projet gagnant actuel respecte les deux premiers points et non l’accès indépendant, mais je crois que c’est facile de résoudre l’affaire s’il y a de la bonne volonté».

Il convient de s’arrêter. De le lire lentement. Mot par mot. Pour le président des évêques espagnols, le projet gagnant «respecte la basilique». Le problème —s’il y en a un— serait l’accès indépendant. Un détail. Un aspect technique. Quelque chose de solvable avec de la bonne volonté.

Mais cinq jours avant, les moines —les mêmes que, comme il le reconnaît, ont la charge de la basilique— avaient affirmé exactement le contraire. Que le projet entre dans les espaces consacrés. Qu’il occupe la porte. Qu’il occupe l’atrium. Qu’il transforme le vestibule. Qu’il conditionne l’accès au passage préalable par un centre d’interprétation politique. Qu’il pose des problèmes de fond, non de nuance.

Ce n’est pas une différence d’approche. Ce n’est pas une question de langage. C’est une divergence de fait. Ils ne décrivent pas la même chose. Ils ne parlent pas du même projet. Ils ne transmettent pas la même réalité au fidèle.

Ce que disent les plans :

Et puis arrive le datum inconfortable, le datum vérifiable. Celui qui ne dépend ni d’interprétations ni de nuances. Il suffit d’ouvrir la documentation publique du ministère du Logement et de l’Agenda urbain, et de regarder les plans. Et les plans sont têtus.

L’intervention prévue ne se limite pas à l’extérieur ni ne s’arrête à l’entourage, ni ne s’épuise à l’accès. Elle affecte la porte de la basilique, l’atrium, et le vestibule intérieur. Et elle projette des interventions dans la séquence d’entrée au temple qui altèrent sa configuration fonctionnelle et symbolique.

Sauf si le Gouvernement a changé silencieusement son projet —quelque chose qu’il n’a pas communiqué—, ce qui figure dans les documents officiels coïncide avec ce que dénoncent les moines. Non avec la version la plus rassurante.

La contradiction, par conséquent, n’est pas interprétative. Elle est factuelle. L’une des deux descriptions publiques ne correspond pas à ce qui est écrit dans les plans. Et ce n’est pas celle des bénédictins.

La transparence due

C’est là que l’affaire cesse d’être un croisement de déclarations et acquiert un relief institutionnel. Parce que les fidèles catholiques ne sont pas des mineurs informationnels. Ils ont le droit de savoir ce qui est en jeu dans une Basilique pontificale, ce que le Gouvernement prétend faire à l’intérieur d’un temple consacré, et quelle posture soutiennent leurs pasteurs.

Lorsque deux voix ecclésiales de ce niveau offrent des versions incompatibles, quelqu’un doit le clarifier. Non pour polémiquer. Par respect.

Monseigneur Argüello connaissait-il le contenu de la tribune publiée par l’Abbaye cinq jours avant son interview ? S’il le connaissait —et il est difficile de penser que non—, pourquoi a-t-il affirmé que le projet «respecte la basilique» ? A-t-il examiné les plans publiés par le Gouvernement ? Quelle version les fidèles doivent-ils considérer comme véridique ?

Ce ne sont pas des questions rhétoriques. Ce sont les questions qui circulent déjà —de plus en plus sans retenue— dans des conversations discrètes, dans des milieux ecclésiaux, dans les sacristies et en dehors.

La transparence, à ce point, n’est pas une vertu optionnelle. Quand ce qui est en jeu est un temple consacré et la liberté religieuse des fidèles, c’est une exigence minimale.

 

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