Par Matthew Walz
Jean-Paul II est décédé dans la nuit du 2 avril 2005. C’était le samedi de Pâques et, par conséquent, la veillée du Dimanche de la Divine Miséricorde. Il est difficile d’imaginer un moment plus approprié pour son départ vers la maison du Père.
Presque cinq ans plus tôt, le 30 avril 2000, après la messe du deuxième dimanche de Pâques, Jean-Paul dit au Dr. Valentín Fuster : « C’est le jour le plus heureux de ma vie ». Il venait de canoniser sainte Faustina Kowalska comme la première sainte du nouveau millénaire. Le Dr. Fuster, un cardiologue accompli et ami du Pape, avait vérifié le deuxième miracle requis pour la canonisation de Faustina : la guérison d’un prêtre diocésain d’une insuffisance cardiaque congestive.
(Note en marge : Peut-on imaginer une image meilleure de ce que signifie devenir véritablement miséricordieux — véritablement misericors ou de « cœur compatissant »— que d’être guéri d’une insuffisance cardiaque congestive ?)
Toujours attentif à la signification historique des événements, Jean-Paul affirma ce qui suit lors de son homélie :
« Aujourd’hui, ma joie est vraiment grande de proposer à toute l’Église, comme don de Dieu pour notre temps, la vie et le témoignage de sœur Faustina Kowalska. Par le dessein de la divine Providence, la vie de cette humble fille de Pologne fut entièrement liée à l’histoire du XXe siècle, le siècle que nous venons de quitter. En fait, ce fut entre la Première et la Seconde Guerre mondiale que le Christ lui confia son message de miséricorde… Jésus dit à sœur Faustina : «L’humanité ne trouvera pas la paix tant qu’elle ne s’adressera pas avec confiance à la divine miséricorde»… La lumière de la divine miséricorde, que le Seigneur a voulu redonner au monde à travers le charisme de sœur Faustina, illuminera le chemin des hommes et des femmes du troisième millénaire ».
Initialement, en tant que jeune prêtre polonais puis en tant qu’archevêque de Cracovie, Karol Wojtyla se familiarisa avec les enseignements de sœur Faustina sur la Divine Miséricorde à travers son journal. Il connaissait également bien l’image de Jésus qu’on lui avait demandé de faire peindre : le Christ avec des rayons de lumière rouge et blanc irradiant de son cœur, nous rappelant le sang et l’eau qui jaillirent de son côté comme source de miséricorde pour nous, signifiant les sacrements vivifiants de l’Église. Pour Jean-Paul II, un homme d’une compassion exceptionnelle mûrie à travers la souffrance, il n’est pas surprenant que la canonisation de sœur Faustina lui ait apporté une telle joie.
Sainte Faustina n’eut pas de plus grand promoteur que Jean-Paul II. Non seulement il l’éleva aux autels, mais il assura également la pérennité de son message en établissant le Dimanche de la Divine Miséricorde. Lex orandi, lex credendi : annuellement, cette fête nous rappelle que la miséricorde du Père constitue le cœur de toute la réalité.
Jean-Paul anticipa cela près de 20 ans plus tôt dans sa deuxième encyclique, Dives in misericordia, dont le titre dérive de la description que fait saint Paul du Père comme « riche en miséricorde » (Éphésiens 2,4). Dives in misericordia compléta sa première encyclique, Redemptor hominis : cette dernière mettait en lumière la dimension humaine de l’œuvre rédemptrice du Christ, tandis que Dives in misericordia soulignait sa dimension divine, c’est-à-dire l’amour miséricordieux provenant du Père, révélé d’abord dans l’œuvre de la création et ensuite dans l’offrande rédemptrice de son Fils sur la Croix.
Parmi la myriade d’intuitions que l’on peut tirer de Dives in misericordia, il en est trois qui valent la peine d’être soulignées.
Premièrement : En tant qu’ami dévoué de l’Époux, Jean-Paul scruta les Évangiles pour découvrir ce qui informait la conscientia (la « conscience ») du Christ pendant qu’il accomplissait sa mission sur terre. Jean-Paul aspirait à connaître le Christ « de l’intérieur », à saisir la source intérieure de son action salvifique. Au début de l’encyclique, Jean-Paul résume ce qu’il a appris : « Faire présent le Père comme amour et miséricorde est, dans la conscience du Christ lui-même, la preuve fondamentale de sa mission comme Messie » (§3). Quelle idée si éclairante ! Quand le Christ agissait dans le monde, nous enseigne Jean-Paul, la question qu’il se posait continuellement était celle-ci : Dans cette situation particulière, comment faire présent le Père comme amour et miséricorde de la meilleure manière ? Ne ferions-nous pas bien, nous — fils et filles adoptifs du Père —, ayant revêtu notre esprit de celui du Christ, d’informer notre conscience de la même manière ?
Deuxièmement : Deux sections occupent le centre de Dives in misericordia : l’une sur la parabole du fils prodigue et l’autre sur le Mystère pascal. La parabole bien connue révèle la miséricorde inconmensurable et inimitable de Dieu, qui imprègne notre relation avec lui. Cependant, le Mystère pascal révèle une profondeur de miséricorde encore plus grande ; car, en choisissant librement d’entrer dans la souffrance et la mort humaines, le Christ nous permet non seulement de recevoir la miséricorde, mais aussi de la montrer à Dieu lui-même. En fait, année après année pendant le Triduum, l’Église nous invite à revivre la passion du Christ pour « le miséricordier », pour compatir et le consoler, depuis son premier soupir d’agonie jusqu’à son dernier souffle de vie. Par conséquent, le Mystère pascal révèle la plus grande miséricorde qui nous ait été montrée : la miséricorde insondable de nous permettre de « miséricordier » Dieu lui-même.
Troisièmement : Cet admirable échange de miséricorde dans le Mystère pascal fournit un paradigme pour toute miséricorde, que la cinquième béatitude capture de manière concise : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Matthieu 5,7). L’action et la récompense coïncident dans la miséricorde, et de cela nous apprenons une profonde vérité pratique pour informer nos consciences. Comme le dit Jean-Paul : « Un acte d’amour miséricordieux n’est vraiment donné que lorsque, en le réalisant, nous sommes profondément convaincus que, en même temps, nous recevons la miséricorde de la part de ceux qui l’acceptent de nous » (§14). Si nous essayons d’agir avec miséricorde sans une conviction pleine sur la réciprocité de la miséricorde, alors « la conversion ne s’est pas encore pleinement accomplie en nous… ni ne participons-nous encore pleinement à cette magnifique source d’amour miséricordieux qui nous a été ouverte par le Christ ».
En ce Dimanche de la Divine Miséricorde, dans nos relations mutuelles, souvenons-nous de la réciprocité de la miséricorde qui constitue le noyau de la vie chrétienne, cet admirable échange de miséricorde que le Christ lui-même a enseigné dans le Sermon sur la Montagne et exemplifié dans le Mystère pascal.
À propos de l’auteur
Matthew Walz commencera à exercer les fonctions de président du Thomas More College à New Hampshire le prochain septembre. Il est actuellement professeur associé de philosophie et directeur des programmes de philosophie et lettres et de préthéologie à l’Université de Dallas. Il est également directeur de la formation intellectuelle au Séminaire Holy Trinity. Cette année, il est professeur invité de philosophie à l’Augustine Institute et occupe la chaire Newman d’études catholiques au Thomas More College. Lui et sa belle épouse, Teresa, ont été bénis de huit enfants.