León XIV aux législateurs catholiques, stabiliser le Liban, le Pape à Saint-Marin et Rimini, amitié entre les peuples, la synodalité médiatique, la désacralisation et la destruction de Vatican II, la Reine Sainte Marie.

León XIV aux législateurs catholiques, stabiliser le Liban, le Pape à Saint-Marin et Rimini, amitié entre les peuples, la synodalité médiatique, la désacralisation et la destruction de Vatican II, la Reine Sainte Marie.

Samedi, nous terminons la semaine, le pape Léon est aujourd’hui en visite pastorale à Saint-Marin et à Rimini. Fête de Sainte Marie Reine, et une journée très centrée sur des articles concernant la synodalité d’un grand intérêt. Sur un sujet dont personne ne sait vraiment de quoi il s’agit et dont tout le monde a l’impression que, sous un voile de verbiage, on cherche à nous la faire passer en douce. Il faut démasquer cette situation absurde qui n’a que peu, ou rien, à voir avec le trésor de la foi que nous avons reçu et que nous devons garder.

Léon XIV aux législateurs catholiques.

En recevant le Réseau international des législateurs catholiques au Vatican, le Pape a rappelé aux gouvernements et aux parlements leurs responsabilités : normes, supervision indépendante et protection des droits afin d’empêcher que les algorithmes et les plateformes ne deviennent des instruments de domination. Il a également mis en garde contre de nouvelles formes de « colonialisme idéologique ou économique ». Nous sommes confrontés à des changements très substantiels dans de nombreuses professions, motivés par le mélange de la robotique et de ce que l’on appelle l’intelligence artificielle. De nombreux processus sont déjà accélérés et rédigés avec les nouveaux systèmes, rendant inutiles de nombreuses professions qui étaient jusqu’à présent indispensables. Le problème de ce changement est qu’il se produit en très peu de temps ; d’autres processus historiques ont mis des générations à s’implanter, alors qu’aujourd’hui nous parlons de très peu d’années et qu’une génération entière peut se retrouver exclue du marché lorsque ses métiers disparaissent. Il s’agit sans aucun doute d’un défi énorme, imprévisible, et qui ne peut être facilement piloté par les classes dirigeantes. Nos sociétés développées génèrent des milliers de nouvelles normes à tous les niveaux qui tentent de réguler mille aspects de la vie sociale et même personnelle des citoyens. Nous sommes confrontés à un nouveau monde qui va changer nos sociétés. Le défi pour l’Église est de retrouver son essence et d’offrir l’unique chemin, vérité et vie possible ; autrement, elle disparaîtra, engloutie par le gouffre de l’histoire.

Stabiliser le Liban.

Aoun a entamé une visite de deux jours en Italie, aujourd’hui à Rome et demain à Tarente pour les Jeux méditerranéens. Les conversations au Secrétariat d’État « se sont essentiellement concentrées sur l’Accord-cadre trilatéral, signé par les États-Unis, Israël et le Liban, dont l’objectif est de stabiliser les frontières méridionales de la République du Liban et d’aboutir à une paix juste et durable. » Le Saint-Siège, tout en exprimant sa satisfaction quant à la signature du document, a manifesté sa profonde préoccupation face aux difficultés rencontrées dans sa mise en œuvre et a assuré son soutien aux efforts déployés. La mission de l’ONU, déployée depuis 1978, est sur le point d’expirer, et Rome et Paris travaillent à un mécanisme pour en poursuivre l’héritage sans laisser, comme l’ont écrit aujourd’hui les médias de Beyrouth, « un vide sécuritaire dans la région ». De nouvelles séries de conversations entre Beyrouth et Israël sont prévues dans les semaines à venir à Rome, ce qui confirme le rôle que l’Italie est en train de se tailler en tant que plateforme de négociation dans le dossier libanais.

À Saint-Marin et à Rimini.

Le Pape est arrivé à Saint-Marin en hélicoptère : c’est le troisième Pontife à visiter le rocher, après Jean-Paul II et Benoît XVI, et il a été reçu par les capitaines-régents de la République, Alice Mina et Vladimiro Selva. Plus tard, une visite privée aux religieuses augustines du monastère de Sant’Antonio da Padova est prévue. C’est sa sixième visite pastorale en Italie. Le Pape sera transféré à la Basilique de Saint-Marin, où il sera reçu par l’évêque Domenico Beneventi ; l’adoration du Saint-Sacrement et la vénération des reliques de Saint-Marin auront lieu, accompagnées par des prêtres, des personnes consacrées et des représentants du diocèse.

Cet après-midi à Rimini, où il visitera les expositions sur Saint Augustin et Léon Harmel. Il saluera les participants de la Rencontre de Caritas au Village de l’Enfance, suivie d’une rencontre au Grand Auditorium. Le Pape visitera la Cathédrale de Rimini pour rencontrer les malades, les personnes handicapées et les pauvres assistés par Caritas. Une messe sera célébrée au port de Rimini, avant son départ pour Rome.

Amitié entre les peuples.

Le lien entre le Saint-Siège et la Rencontre de l’Amitié entre les Peuples a des racines profondes dans le temps et est marqué par de nombreux événements qui ont influencé son histoire ; aujourd’hui, le pape Léon XIV à la rencontre. La rencontre repose sur un engagement constant maintenu pendant plus de quarante ans et a compté la participation de trois pontifes. Depuis la première édition en 1980, sans exception, les pontifes ont transmis leur message à la rencontre chaque année. Ces paroles ont constamment offert des réflexions fondamentales sur le thème de la rencontre, accompagnant le travail des bénévoles et les réflexions des participants, comme en témoigne le message envoyé par le pape Léon XIV pour l’édition 2025. Le pape Léon XIV a également inclus le titre de la rencontre de cette année (« Dans des lieux déserts, nous construirons avec de nouvelles briques »), nous invitant à « oser prophétiser, en nous laissant conduire au désert et en voyant maintenant ce qui peut naître des décombres et de tant, trop de douleur innocente ». L’un des jalons de cette histoire est la visite de saint Jean-Paul II à la rencontre le 29 août 1982. Dans ce célèbre discours, le Pape a tracé un cap qui guide encore aujourd’hui l’événement.

Jean-Paul II à Rimini.

L’appel lancé par le pape Jean-Paul II : « La paix est aujourd’hui sérieusement menacée ; la science et la technologie risquent de créer un déséquilibre chargé de conséquences négatives dans la relation entre les hommes, entre l’homme et la nature, entre les nations. De cette contradiction, qui semble inéluctable parce qu’elle est structurellement liée au mystère du mal, nous devons tourner notre regard vers « l’architecte de notre salut » pour créer une civilisation née de la vérité et de l’amour. Une civilisation de l’amour ! Agoniser, pour ne pas s’éteindre dans un égoïsme débridé, dans une insensibilité aveugle à la douleur d’autrui ! Frères et sœurs, construisez inlassablement cette civilisation ! »

À l’été 1991, lors d’une rencontre à Castel Gandolfo qui comprenait une messe et un petit-déjeuner avec le Pape, certains des organisateurs de la rencontre ont eu l’occasion d’échanger des points de vue avec Jean-Paul II. C’est alors que, comprenant la singularité de la rencontre, il a prononcé une phrase destinée à perdurer : « Vous créez une culture de frontière ». Le pape Wojtyla a offert un autre moment profondément émouvant le 22 août 2004, lorsqu’une liaison en direct a été réalisée à la fin de la Sainte Messe célébrée à Rimini, présidée par l’évêque de l’époque, Mgr Mariano De Nicolò.

Après avoir salué le père Luigi Giussani, qui, comme lui, était gravement malade (tous deux décéderont l’année suivante), Jean-Paul II a rappelé que « le christianisme, malgré les limites et les erreurs humaines, constitue le plus grand facteur du véritable progrès, parce que le Christ est un principe inépuisable ».

Ratzinger et Benoît XVI à Rimini.

Bien qu’il n’ait jamais visité les pavillons de la Foire, Joseph Ratzinger a été l’une des figures clés de la rencontre. Le 1er septembre 1990, le cardinal et préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de l’époque a prononcé un discours historique intitulé « Une compagnie toujours réformée ». Il s’agit d’un texte d’une telle profondeur et pertinence qu’il a été cité à plusieurs reprises, y compris par son successeur, le pape François. Le cardinal Ratzinger a abordé le thème du renouveau de l’Église, dépassant les préjugés qui la réduisent à une simple institution étouffante. Le cardinal a rejeté les propositions de réforme fondées sur l’activisme ou la logique purement démocratique, qui risquent de transformer la foi en opinion et l’Église en un produit humain artificiel. La véritable réforme se définit, en revanche, comme une « ablatio », ou une œuvre de purification qui élimine les superstructures humaines pour permettre à l’image authentique de Dieu et à l’essentiel de resplendir. Ce chemin exige une ouverture à l’Éternel par la foi, la grâce du pardon et la capacité d’accueillir la souffrance, en trouvant la véritable direction dans les saints. Le pape François a poursuivi la tradition des messages pontificaux, recevant en audience à la fin de l’événement certains des témoins et protagonistes qui ont animé les éditions précédentes de la rencontre.

 

La synodalité, un mythe médiatique.

Dans les médias et dans le débat journalistique autour du thème de la synodalité, émergent de plus en plus d’interprétations qui risquent de déformer la nature profonde de l’Église, en superposant des catégories séculières, sociologiques ou explicitement politiques. Lorsque la synodalité est séparée de son fondement dogmatique inséparable et de la Tradition, des malentendus surgissent qui entrent en conflit ouvert avec la foi catholique authentique. La première et la plus répandue déviation est la parlementarisation de l’Église, qui ne se traduit même pas en un véritable affrontement dialectique entre différentes positions, mais plutôt en une réinterprétation éculée de la correction politique. Comme cela se produit dans les démocraties parlementaires contemporaines — où l’opposition entre partis est souvent une fiction théâtrale qui n’ose jamais remettre en question les vrais pouvoirs de fait ni les orientations idéologiques dominantes —, le modèle synodal sécularisé risque également de se réduire à une simple caisse de résonance pour l’homogénéisation culturelle.

Tout ce processus s’accompagne du réductionnisme démagogique du sensus fidei, qui confond les sentiments profonds des baptisés, enracinés dans la grâce, avec de simples sondages d’opinion ou des tendances culturelles dominantes. La foi catholique, en revanche, reconnaît l’Église comme un corps mystique et sacramentel, dont la structure hiérarchique et la continuité doctrinale ne peuvent être modifiées ni par des dynamiques parlementaires ni par l’obéissance à une pensée unique.

La Commission théologique internationale a publié en 2018 le document « La synodalité dans la vie et la mission de l’Église » dans lequel elle clarifie que la synodalité n’est pas une concession à l’esprit démocratique moderne, mais la forme constitutive de l’Église en tant que peuple de Dieu en marche. Le document réaffirme que le processus synodal ne se déroule pas selon l’arithmétique de la majorité, mais uniquement par la décision de l’autorité hiérarchique. Cependant, une analyse critique et déconstructrice des textes synodaux révèle comment les catégories de pensée sous-jacentes sont autres. Bien que les documents évitent explicitement le jargon managérial, ils conceptualisent et structurent la vie de l’Église en la divisant selon un modèle corporatif qui sépare la phase de recherche et de consultation ( prise de décision ) du moment de la délibération et de l’approbation finale ( décision ). Derrière le terme « discernement », une mentalité technocratique s’est infiltrée qui conçoit la grâce et l’écoute de l’Esprit Saint selon la dynamique procédurale d’un conseil d’administration.

La synodalité dans le droit canonique.

Le Code de droit canonique de 1983, dans les canons 342 à 348, définit le Synode comme une assemblée d’évêques dont les conclusions ont la valeur d’un vote consultatif offert au Pape, qui reste le seul législateur, même lorsque la présence de laïcs est autorisée. Au niveau de l’Église locale, le canon 466 établit catégoriquement que dans le Synode diocésain, le seul législateur est l’évêque, tandis que les autres membres, y compris les laïcs, ne disposent que d’un vote consultatif. Dans les conseils pastoraux diocésains et paroissiaux, régis par les canons 514 et 536, le suffrage laïc conserve un caractère purement consultatif, orienté à examiner et à proposer des activités pastorales sous la présidence du curé. La technique juridique de l’Église démontre ainsi que la consultation implique tout le peuple de Dieu pour identifier le bien, tandis que la décision reste ancrée dans la responsabilité personnelle du prêtre ordonné devant Dieu.

La pratique introduite lors du dernier Synode mondial sur la synodalité révèle de profondes apories découlant de la décision d’accorder aux laïcs un vote formellement égal à celui des évêques lors de l’approbation du Document final. Bien que d’un point de vue strictement formel ce vote reste de caractère consultatif par rapport aux décisions finales réservées au Pontife, l’équivalence numérique du suffrage d’un laïc avec celui d’un successeur des Apôtres au sein d’une assemblée appelée Synode des évêques crée une incohérence substantielle. Permettre à une personne baptisée, non ordonnée, d’émettre un vote du même poids arithmétique qu’un évêque au sein d’un organe de jugement sépare effectivement l’exercice du discernement pastoral du Sacrement de l’Ordre. L’incongruité institutionnelle et épistémologique qui en résulte vide de sens la représentation apostolique de l’évêque, réduisant le suffrage ecclésial à un décompte indiscriminé qui ignore la structure sacramentelle de l’Église.

La synodalité préconciliaire dans la réforme de la Curie.

La réforme de la Curie romaine, mise en œuvre avec la constitution apostolique Praedicate Evangelium, et la transition des Congrégations historiques aux Dicastères mettent en évidence une tension claire avec le concept authentique de synodalité. La préface du texte affirme la possibilité pour tout laïc de présider un Dicastère, en théorisant que la potestas regendi ne découle pas du Sacrement de l’Ordre, mais uniquement de la missio canonica, c’est-à-dire de la délégation vicaire conférée par le Pape. Cette approche théologico-juridique suppose une rupture avec la théologie du Concile Vatican II, qui avait solennellement affirmé l’unité inséparable du sacrement et du pouvoir. Soutenir que le gouvernement de l’Église peut être indépendant de l’Épiscopat implique un retour à une conception positiviste et préconciliaire, dans laquelle le Pape devient la source originale et exclusive de toute juridiction, transformant tous les autres gouvernants en simples délégués. Le remplacement des Congrégations — traditionnellement structurées comme des collèges épiscopaux appelés à débattre des questions doctrinales et disciplinaires — par des Dicastères accentue la transformation de la Curie, d’un corps collégial-épiscopal à une structure bureaucratique-fonctionnelle au service direct du pouvoir exécutif central. Sous le discours de la décentralisation et de la valorisation des laïcs, une centralisation vicaire et un hyperpapisme sans précédent historique récent sont mis en œuvre.

L’autorité centrale au service de la désacralisation

Une réinterprétation coordonnée de l’admission des laïcs au vote synodal et de la réorganisation de la Curie en Dicastères révèle clairement le plan théologique et de gouvernement extrêmement cohérent et structuré du pape François. C’est une stratégie politique ecclésiologique qui cherche à démanteler le cléricalisme par la désacralisation du pouvoir de gouvernement. Pour démanteler l’identification entre l’ordre sacerdotal et l’autorité. Le pape François a délibérément séparé la juridiction du Sacrement de l’Ordre : dans les Dicastères, le leadership est confié à la délégation pontificale, tandis que dans le Synode, le vote est fondé sur le Baptême. Seul un recours illimité à la primauté pétrinienne permet d’éluder la pratique canonique traditionnelle, qui exige des évêques qu’ils partagent le vote avec les laïcs et acceptent la juridiction curiale des membres non ordonnés. Une synodalité promue « d’en haut » est en train d’être créée, qui utilise l’autorité monarchique pour déconstruire la hiérarchie intermédiaire.

La rupture irréparable avec Lumen Gentium

Le cadre réformiste pour le gouvernement ecclésial contraste directement et nettement avec les définitions dogmatiques de Lumen Gentium, en particulier avec le numéro 21. Le Concile Vatican II a surmonté la séparation séculaire entre le pouvoir de sanctifier et le pouvoir de gouverner, enseignant qu’avec la consécration épiscopale est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre, qui contient en lui-même, de manière unifiée, les trois munera d’enseigner, de sanctifier et de gouverner. La juridiction, par conséquent, n’est pas un mandat administratif imposé de l’extérieur, mais l’activation pastorale d’une grâce ontologique reçue de l’Esprit Saint. La Praedicate Evangelium affirme que la juridiction découle de la missio canonica et que, par conséquent, les laïcs peuvent gouverner l’Église en vertu d’une délégation pontificale ; cela signifie démanteler l’architecture sacramentelle du Concile. Les conséquences sont dévastatrices : si la potestas regendi et le jugement sur les évêques peuvent s’exercer indépendamment du Sacrement, le Sacrement de l’Ordre sacré se voit dépouillé de sa dimension pastorale et réduit à une simple fonction rituelle et liturgique. Cela crée la situation absurde de laïcs qui, agissant au nom du Pape, exercent une autorité de gouvernement et de supervision sur des évêques consacrés, subvertissant la hiérarchie sacramentelle voulue par le Christ.

L’interprétation correcte du ministère.

Face au véritable vice du cléricalisme, entendu comme une déviation mondaine de l’autorité sacerdotale, l’Église possédait dans sa Tradition une réponse éminemment évangélique : remonter l’autorité à ses racines de servitium, en rappelant au ministre qu’il doit devenir minus, c’est-à-dire serviteur de tous. La hiérarchie a préféré la voie de l’ingénierie juridique et de la séparation du pouvoir du Sacrement. La culture moderne conçoit le pouvoir comme une quantité finie qui doit être redistribuée ou démocratisée ; au lieu de purifier la nature de l’autorité sacerdotale en la transformant en un don volontaire, elle a préféré accepter la logique du pouvoir comme domination, en choisissant de « le partager » ou d’en attribuer des parties aux laïcs par des moyens administratifs.

La leçon des Saints Pères.

Pour les Pères de l’Église, comme saint Augustin et saint Grégoire le Grand, la relation entre l’autorité épiscopale ( auctoritas ) et le service ( servitium ) ne constituait pas un problème d’équilibre des pouvoirs, puisque les deux réalités coïncidaient parfaitement. L’autorité épiscopale trouvait sa seule vérité ontologique dans le fait d’être un service livré jusqu’à l’anéantissement pour le bien du troupeau, vécu comme un fardeau redoutable ( onus ) plutôt que comme un privilège ( honos ). Saint Augustin se rappelait constamment à lui-même et à ses fidèles que la fonction d’être à la tête du peuple ( praeesse ) n’avait de valeur que si elle se traduisait par un bénéfice effectif pour les âmes ( prodesse ), se déclarant évêque pour le peuple, mais chrétien avec le peuple. Saint Grégoire le Grand, en définissant la figure du Pasteur dans sa Règle pastorale, a forgé le titre de Serviteur des serviteurs de Dieu, avertissant que la conduite des âmes est l’art des arts et que l’Évêque doit se considérer par nature égal à tous les autres hommes, distingué uniquement par une plus grande sainteté. Du point de vue patristique, l’autorité n’a jamais été dominium ni potestas juridictionnelle séparée du Sacré, mais caritas, compassion et paternité spirituelle. Pour les Pères, la réponse à la tentation du pouvoir ne consistait pas à désacraliser le ministère ni à séparer la juridiction du Sacrement, puisque tout usage mondain de l’autorité était considéré comme un sacrilège : la véritable réforme exigeait que le Pasteur se dépouille de toute logique de domination pour devenir le serviteur de l’Épouse du Christ.

Le cheval de Troie contre l’Épouse du Christ

Le risque concret est de transformer la synodalité, d’une dimension spirituelle de l’Église, en une idéologie incompatible avec la foi catholique. L’idéologie synodale agit comme un véritable « cheval de Troie » : elle utilise un concept noble, traditionnel et souhaitable — la communion, l’écoute, la marche ensemble — pour introduire des transformations structurelles au sein de la citadelle ecclésiale qui détruisent la forme sacramentelle de l’Église. Les catégories traditionnelles de grâce et de salut des âmes sont remplacées par des termes empruntés à la sociologie et à la politique, comme inclusion, gouvernance et redistribution du pouvoir. S’y ajoute le chantage moral qui assimile arbitrairement les décisions des commissions à la voix de l’Esprit Saint, taxant de « rigide » ou d’« ennemi de l’Esprit » quiconque plaide pour la fidélité au Depositum Fidei.

La rupture avec Vatican II.

Entre la pratique synodale actuelle et l’ecclésiologie du Concile Vatican II, il n’y a pas de continuité homogène, mais une discontinuité flagrante et éhontée. La référence constante et louée au Concile par l’aile progressiste se révèle comme un artifice fictif, une couverture rhétorique utilisée avec la même commodité que pour démanteler la discipline tridentine. La constitution dogmatique Lumen Gentium représente pour les idéologues du progressisme un véritable obstacle doctrinal qu’ils cherchent ouvertement à démanteler, puisqu’elle affirme l’origine sacramentelle de la juridiction et la structure hiérarchique de l’Église. Tandis que le traditionalisme dévalue le Concile Vatican II, le rejetant comme un événement « purement pastoral » ou ambigu ; le progressisme sécularisé le considère comme obsolète et dépassé par « l’esprit du temps ». La véritable appartenance à l’Église du Christ, hors de laquelle il n’y a pas de salut, est en jeu aujourd’hui dans une adhésion authentique, intégrale et nullement « synodale » au magistère.

Sainte Marie, Reine.

« Ne crains point, Marie, car tu as trouvé grâce devant Dieu ».

Bonne lecture.

 

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