Le ministère de la Santé a présenté une campagne institutionnelle sur l’avortement qui condense en deux mots toute une conception de la « liberté » et du « bien » : « ce sera bien ». Peu importe si une femme décide de poursuivre la grossesse ou d’interrompre délibérément la vie de son enfant conçu ; l’annonce gouvernementale offre d’emblée la même approbation aux deux décisions : « Peut-être déciderez-vous de le garder. Ou peut-être pas. Peut-être déciderez-vous d’avorter. Et ce sera bien ».
Ce n’est pas le message d’une association pro-avortement. C’est une campagne du gouvernement espagnol, présentée par la ministre de la Santé, Mónica García, dans un pays qui a enregistré 106 172 avortements en 2024, dernière année pour laquelle des statistiques nationales complètes sont disponibles.
La campagne a été présentée, en outre, lors du même événement au cours duquel García a annoncé que le ministère de la Santé avait saisi l’Avocat de l’État pour exiger de la Communauté de Madrid la mise en place effective du registre des professionnels de santé objecteurs de conscience.
Le contraste résume bien la journée : à la femme qui envisage d’avorter, l’État assure que « ce sera bien » et exige qu’elle puisse le faire dans un hôpital public ; au médecin qui considère moralement inadmissible de participer à la mort provoquée d’un innocent, il exige qu’il déclare préalablement et par écrit son objection et qu’il soit inscrit dans un registre.
« Quoi que vous décidiez, tout ira bien »
La vidéo commence au moment où une femme découvre qu’elle est enceinte : « Vous entendrez deux mots qui changeront tout. Vous êtes enceinte ».
À partir de là, elle énumère les possibilités. Nervosité, excitation, conversations avec le partenaire, les amies ou la famille, doutes et certitudes. « Peut-être voudront-ils vous faire sentir coupable et vous mettre des bâtons dans les roues. Ou peut-être vous soutiendront-ils dans le chemin et vous accompagneront-ils ».
Vient ensuite l’avortement.
« Peut-être déciderez-vous de le garder. Ou peut-être pas. Peut-être déciderez-vous d’avorter. Et ce sera bien ».
Et enfin la thèse complète : « Quoi que vous pensiez, quoi que vous ressentiez et quoi que vous décidiez, tout ira bien. Parce que vous avez le droit d’avorter et de le faire dans le secteur public ».
Le ministère de la Santé assure ainsi une « absolution », un « nettoyage de conscience » par une campagne qui entend combattre « la stigmatisation et la culpabilité autour de l’avortement ». García a affirmé lors de sa présentation qu’« il n’y a pas une seule façon de vivre et de raconter l’avortement » et qu’aucune femme n’a à « prouver sa souffrance » pour que sa décision soit respectée.
Aux objecteurs, un registre
Pendant que le gouvernement diffuse ce message à celles qui décident de tuer leurs enfants, García a annoncé lors du même événement que le ministère de la Santé avait demandé à l’Avocat de l’État d’étudier les mesures nécessaires pour exiger de Madrid la mise en place effective du registre des objecteurs de conscience.
Selon le ministère, le 1er septembre dernier, il a constaté que la Communauté « n’a pas avancé au-delà du lancement des démarches initiales de création du registre ».
« Le sectarisme d’un gouvernement régional ne peut jamais devenir un obstacle à l’exercice d’un droit reconnu par la loi », a déclaré García.
La réforme de la législation sur l’avortement adoptée en 2023 établit que les professionnels directement concernés qui souhaitent exercer leur droit à l’objection de conscience doivent le manifester à l’avance et par écrit. Le gouvernement défend que ce mécanisme est nécessaire pour organiser la prestation dans le système public.
Déjà en 2022, la présidente madrilène avait rejeté la création de ce qu’elle qualifiait de « liste noire des médecins qui ne veulent pas pratiquer des avortements », tout en défendant alors un avortement « légal et sûr ».
La pression sur Madrid a également un objectif déclaré : augmenter le nombre d’avortements réalisés directement dans le secteur public. Sur les 106 172 avortements pratiqués en Espagne en 2024, 83 609 — soit 78,75 % — ont eu lieu dans des centres privés et 22 563 — soit 21,25 % — dans des centres publics. À Madrid, plus de 99 % ont été réalisés dans des centres privés.
Le paradoxe est complet.
Une femme exerce son autonomie en mettant fin à la vie de son enfant et l’État lui dit : « ce sera bien ». Un médecin exerce sa conscience en refusant de participer à cette mort et l’État exige qu’il le déclare par écrit et qu’il figure dans un registre.