La Secrétariat général du Synode a publié mardi deux nouveaux rapports finaux des groupes d’étude synodaux. Les documents traitent de questions liées à la figure de l’évêque et à divers sujets doctrinaux, pastoraux et éthiques.
Le Groupe d’Étude n° 9, dédié précisément aux dénommées « questions émergentes » propose un changement méthodologique et terminologique au sein de l’Église : abandonner l’expression « questions controversées » pour la remplacer par une autre centrée sur la « conversion relationnelle », l’écoute et le discernement communautaire.
Le texte soutient que l’Église doit promouvoir un « changement de paradigme » inspiré du Vatican II et basé sur une nouvelle « herméneutique de l’humain », où la vérité n’apparaît pas formulée « une fois pour toutes », mais développée historiquement en dialogue avec les cultures, les communautés et les expériences personnelles.
Le document propose d’écouter les « expériences » homosexuelles
Le Groupe 9 évite de formuler des conclusions doctrinales ou des jugements moraux explicites. Au lieu de cela, il propose que les communautés ecclésiales développent des processus de discernement à partir de témoignages personnels et de la soi-disant « conversation dans l’Esprit », reconnaissant expressément qu’on n’a pas voulu clore le débat « par une déclaration finale », mais ouvrir des chemins pour de futurs discernements éthico-théologiques.
Le rapport applique cette méthode à des cas concrets qui présentent comme « exemple de vie » pour argumenter les 32 pages publiées : deux témoignages étendus d’hommes homosexuels mariés civilement avec d’autres hommes et un autre sur la non-violence active dans des contextes de guerre.
« Partager ma vie avec un autre homme a été l’expression la plus vraie de moi-même »
Le premier témoignage correspond à un catholique portugais qui relate comment il a vécu pendant des années son homosexualité en silence au sein d’ambiances ecclésiales où le sujet était à peine mentionné. Il se souvient d’une jeunesse marquée par le sentiment d’isolement et par le besoin de mener « une double vie », tout en essayant de comprendre des sentiments qui —comme il l’explique— ne correspondaient pas à ce qui était alors considéré comme normal.
L’auteur assure que le changement est arrivé quand il a rencontré l’homme avec qui il entretient une relation depuis vingt ans et qu’il présente comme son époux. « Partager une vie de foi, de service et d’amour avec lui a été l’expression la plus vraie de moi-même », affirme-t-il dans le texte, où il insiste sur le fait que son homosexualité fait partie inséparable de son identité personnelle.
Tout au long du récit, le participant critique les thérapies de conversion et certaines réponses pastorales de l’Église, qu’il décrit comme des expériences profondément douloureuses. Il soutient également que sa relation homosexuelle lui a permis de vivre des valeurs comme la fidélité, l’engagement et le service aux autres, au point d’affirmer qu’il y voit « un signe de Dieu » dans sa vie.
« Ma sexualité n’est pas un désordre, mais un don de Dieu »
Encore plus explicite est le second témoignage, provenant des États-Unis. L’auteur, également marié avec un autre homme, commence par rejeter frontalement la vision traditionnelle de l’Église sur l’homosexualité. « Ma sexualité n’est pas une perversion, un désordre ou une croix ; c’est un don de Dieu », écrit-il.
Le récit décrit ses années de conflit intérieur au sein d’ambiances catholiques conservatrices et son passage par Courage, l’apostolat ecclésial pour les personnes avec une attraction envers le même sexe qui désirent vivre conformément à la doctrine catholique. Loin de présenter cette expérience comme une aide, l’auteur la décrit comme un environnement « secret », marqué par la solitude et le désespoir.
Comme il l’explique, le tournant décisif est arrivé pendant ses études de théologie à l’Université de Fordham, où il assure avoir trouvé « de nouvelles formes de théologie » qui l’ont amené à « réinterpréter la Bible » et à accepter pleinement son homosexualité. C’est là qu’il a également commencé à fréquenter des paroisses avec des ministères LGBT, des environnements qu’il présente comme des espaces d’accueil et d’intégration pleine au sein de l’Église.
Le témoignage inclut aussi des critiques directes au Vatican et à certaines déclarations récentes du pape François sur l’homosexualité et la transsexualité. Néanmoins, l’auteur soutient que pendant le pontificat de François, il a perçu « une conversion » dans l’Église vis-à-vis du monde LGBT et exprime son espoir de contribuer à une Église « plus inclusive ».
James Martin célèbre un « pas historique »
La publication de ces témoignages a été immédiatement célébrée par le jésuite James Martin, l’une des figures les plus visibles du lobby LGBT au sein de l’Église et fondateur d’Outreach.
Martin a qualifié l’inclusion de ces récits dans un document officiel du Synode de « changement important, voire historique, pour l’Église ». Il affirme que il s’agit de la première fois qu’un rapport vatican incorpore des témoignages aussi détaillés de catholiques LGBT.
Le jésuite a défendu que le simple fait d’« écouter » des personnes homosexuelles représente déjà un progrès significatif pour l’Église et a présenté le processus synodal comme une validation progressive des revendications LGBT au sein du catholicisme.
Le ton triomphaliste de Martin et de l’entourage d’Outreach reflète comment les secteurs les plus favorables à un changement doctrinal et pastoral en matière homosexuelle interprètent ce rapport du Groupe 9 : non comme un document purement méthodologique, mais comme un nouveau pas dans le processus de normalisation et d’intégration des relations homosexuelles dans la vie de l’Église.
Un « changement de paradigme » qui rompt avec la conception catholique de la vérité
Cette approche suppose un virage profond par rapport à la conception catholique traditionnelle de la vérité révélée. La doctrine de l’Église ne naît pas de consensus culturels changeants ni d’expériences subjectives, mais de la Révélation divine transmise par le Christ et gardée par l’Église qui nous permet de comprendre, à partir de La Vérité, la réalité de l’homme.
Le document du Groupe 9 déplace le fondement doctrinal vers des catégories comme l’« expérience », la « conversion relationnelle » et le « discernement communautaire », introduisant une logique dans laquelle la réalité concrète des personnes finit par conditionner la compréhension morale et pastorale de l’Église.
C’est précisément pour cela que le texte évite de parler de péché, de désordre moral ou de conversion, et opte pour un langage centré presque exclusivement sur l’écoute, l’inclusion et l’accompagnement. Le résultat est une approche où l’expérience subjective acquiert progressivement un poids supérieur à celui de la Vérité révélée, ouvrant la porte à des interprétations de plus en plus ambiguës sur des questions morales déjà définies par l’enseignement catholique.