Trois « conventets » de moines dans des monastères médiévaux de moniales clarisses : réflexion sur un cas de présentisme non scientifique en histoire médiévale de l’Église

Par : Pilar Abellán M.

Trois « conventets » de moines dans des monastères médiévaux de moniales clarisses : réflexion sur un cas de présentisme non scientifique en histoire médiévale de l’Église
Foto: Enric Sagnier

Voyons brièvement l’histoire concrète de chacun des « conventets » qui m’ont été confiés pour étude et comment ils ont démontré que l’hypothèse de travail des directrices du projet – selon laquelle l’abbesse détenait le pouvoir – était erronée, fruit d’une approche idéologisée et non scientifique.

Les conventets, comme nous l’avons dit, étaient de petits couvents composés, à l’origine, de 4 frères mineurs, dont la moitié étaient ordonnés, situés à l’intérieur ou à proximité des monastères de clarisses et dont le but était de les servir sacramentellement et de quêter pour elles. Les cas étudiés sont les conventets des monastères féminins de Santa María de Pedralbes, celui de Santa Clara de Manresa et celui de Santa Clara de Balaguer. Par souci de place, nous nous limiterons aux données les plus élémentaires survenues entre les XIVe et XVIe siècles. 

Le conventet du monastère de Pedralbes à Barcelone : 

La documentation et la bibliographie sur le Monastère royal de Santa Maria de Pedralbes de Barcelone et son conventet sont extrêmement abondantes, disproportionnées par rapport aux deux autres que nous allons étudier. Le monastère de Pedralbes fut fondé avec l’intervention de la reine Elisenda de Montcada, épouse de Jacques II, qui en 1326 acquit des terrains à Pedralbes, où le monastère se dresse encore aujourd’hui ; un site qui, au premier tiers du XIVe siècle, bien qu’éloigné de la ville, était proche et non si isolé. La première communauté était composée de quatorze religieuses provenant du monastère de San Antonio et Santa Clara de Barcelone. Quand la reine dicta ses ordonnances, elle organisait un monastère dans lequel devaient cohabiter la communauté de femmes, les prêtres et les frères, et pour tous elle suivit un critère commun pour organiser leur entretien. 

Dès l’étape fondatrice, l’ordre franciscain masculin participa activement. La future abbesse avait obtenu en 1326 du vicaire général l’autorisation pour que des frères du couvent de Barcelone agissent comme conseillers dans les travaux de construction et, une fois les travaux terminés, puissent exercer leur ministère de confesseur et pénétrer dans la clôture lors de certaines commémorations. Lors des travaux initiaux, cependant, les franciscains n’étaient pas encore établis communautairement à Pedralbes, puisque le « conventet » n’y figure pas (Monreal, 1971, pp. 18-19 et 22) ; de cette date date une ordonnance papale pour qu’ils se rendent ponctuellement depuis leur couvent barcelonais afin de solenniser certaines fêtes célébrées au monastère (qui n’était qu’à une lieue de la ville), à condition d’être requis par l’abbesse (Monreal, 1971, p. 22). Selon la ligne imposée par la règle, la reine Elisenda, dès la première ordonnance dictée en juillet 1327, destina une somme d’argent pour payer les quatre frères qui viendraient au monastère avec leurs accompagnateurs, afin d’être les confesseurs des moniales (note de bas de page #27 : AMP ; P/15, fols 27-32v, Perg. Núm 999, leg num 124, fondations).

Les ordonnances de 1334 marquèrent un changement substantiel dans cet état de choses (Monreal, 1971, p. 22) : on établit la présence permanente de franciscains mineurs, au nombre de quatre, dans l’enceinte du monastère. C’est l’ordonnance de 1341 qui fournit la première mention explicite d’un « Hospici edificat prop lo Monastir » (Monreal, 1971, p. 24) dans lequel logeaient six frères mineurs ordonnés in sacris. Tout semble donc indiquer que le bâtiment qui devait être connu sous le nom de conventet fut construit vers 1340-41. Il semble clair que l’objectif était de remplir l’engagement pris par François d’Assise selon lequel les frères franciscains serviraient spirituellement et sacramentellement les couvents de moniales (Webster, 1987, pp. 127-129), en accord avec un fragment du chapitre VI de la règle de Claire selon lequel François d’Assise rédigea la forme de vie des moniales en promettant de dispenser toujours « un soin aimant et une sollicitude particulière » (Omaechevarría, 2004, p. 283). 

Compte tenu de l’emplacement choisi pour l’érection du monastère de Pedralbes, le facteur qui dut déterminer la construction d’une résidence pour quelques frères dans l’enceinte du monastère féminin fut l’éloignement géographique du couvent masculin à une époque où les frères se déplaçaient à pied et devaient remplir leur obligation du service spirituel charismatique et sacramentel aux moniales. Le bâtiment, qui subsiste (avec des modifications) jusqu’à aujourd’hui, est une structure architecturale qui reproduit à très petite échelle le schéma d’autres résidences de frères mineurs (Monreal, 1971, p. 47).  

Au fil du temps, les frères, malgré leur dépendance économique du monastère, dépendaient juridiquement du père provincial, selon les mots de la Dr Castellano : « les frères établis à Pedralbes dépendaient en dernière instance des supérieurs franciscains, et bien qu’ils vivent en marge de la communauté principale, ils faisaient partie du tronc commun, c’est pourquoi ils étaient impliqués dans toutes les vicissitudes qui affectaient l’ordre » (Pedralbes a l´Edat Mitjana, Història d´un monestir femení, p. 174). Introduisant la sempiternelle incise féministe et présentiste de toute recherche « académique » qui se respecte, bien qu’elle affirme explicitement que les frères du conventet dépendaient juridiquement de leur supérieur provincial, Castellano n’hésite pas à dire que « la dépendance des frères et des prêtres vis-à-vis des moniales était totale » (Castellano, Pedralbes a l´Edat Mitjana, Història d´un monestir, p. 177) ; de sorte que, pratiquement, on pourrait parler d’un « monastère double » comme ceux qui s’étaient constitués au haut Moyen Âge, comme ce fut le cas de Fontevrault, mais contrairement à ceux-ci, où hommes et femmes suivaient une même règle, à Pedralbes, bien qu’ils appartiennent à un tronc commun, ils suivaient deux règles différentes, une pour les femmes et l’autre pour les hommes ». Je ne suis absolument pas d’accord avec cette idée. Je pense qu’un « conventet » de frères mineurs à côté du monastère de clarisses n’a rien à voir avec une communauté double comme Fontevrault. Il n’y a pas de place ici pour traiter cette question, mais il est surprenant de constater le manque de connaissance de l’Église catholique chez tant d’historiens.

Les informations concernant le conventet de Pedralbes sont chronologiquement fragmentaires (Monreal, 1971 p. 69), et ici, par manque de place, nous sommes obligés de ne pas entrer dans les détails de la façon dont la réforme observante dans le franciscanisme l’a affecté dans ses diverses étapes. Ce que Monreal affirme cependant, c’est que « nous pouvons donc conclure ce récit hasardeux – et parfois confus – de l’évolution historique du « conventet » de Pedralbes en affirmant que la victoire de la réforme observante sur la branche des frères et moniales conventuels n’a pas supprimé dans ce monastère la cura monialum, l’attention spirituelle et sacramentelle des moniales ». Cette affirmation invalide donc, avec une base documentaire claire, l’hypothèse avancée par la directrice du projet selon laquelle – du moins dans le cas du monastère de Pedralbes – le triomphe de l’Observance signifiait la fin de la cura monialum

Santa Clara de Manresa et son conventet de frères

Sur la base de la documentation primaire, la Dr Araceli Rosillo affirme qu’il existait un couvent de Santa Clara à Manresa, dont la construction commença hors les murs, près de l’église de saint Blaise et saint Lazare, fin 1322, et dont le processus de fondation peut être considéré comme achevé en 1327 (Rosillo, 2016, p. 135), « près duquel vivaient quelques franciscains ».  Bien que ces franciscains existassent à Manresa, ce que Jill Webster considère comme confirmé depuis 1292 (Webster, 1987, p. 136), il semble cependant que, à la date de la fondation du couvent féminin de Santa Clara, aucun couvent masculin n’avait pu être fondé dans la ville (Rosillo, 2013, p. 173). Selon Webster, il semble possible qu’en raison de circonstances encore inconnues, la branche féminine de l’Ordre franciscain ait prospéré à Manresa, mais pas la masculine ; elle attribue la présence de quelques frères à l’existence préalable du couvent de clarisses (Webster, 1987, pp. 129 et 132), et non l’inverse, comme c’était la tendance générale –, et considère que ces franciscains servaient le couvent de Santa Clara (Webster, 1987, pp. 127-129), « comme on l’attend de leur condition de franciscains ». 

La Dr Araceli Rosillo affirme que « les formules par lesquelles les moniales recevaient l’assistance et se plaçaient sous la juridiction des frères ne respectaient pas toujours la simple promesse que François fit à Claire (2013, p. 176) ». Aussi au chapitre premier de la règle de Claire est-il établi ce qui suit : « la forme de vie de l’Ordre des Sœurs pauvres, instituée par le bienheureux François (…). Claire (…) promet obéissance et révérence au seigneur pape Innocent IV et à ses successeurs canoniquement élus, et à l’Église romaine (Omaecheverría, 2004, p. 273). « La documentation n’a jusqu’à présent apporté que peu de lumière sur les premières clarisses de Manresa », affirmait Rosillo en 2013. Jill Webster affirme que, « d’après ce que l’on sait, les frères de Manresa étaient sous la juridiction de la Custodie de Barcelone et dès 1297 ils avaient un procureur » (Webster, 1987, p. 129). Les religieuses se trouvaient sous l’obéissance et la juridiction de leur confesseur (Sanahuja, 1959, p. 815).

Des deux frères que la documentation mentionne pour l’année 1322 (Rosillo, 2013, p. 177), sans couvent et résidant à Manresa, selon l’affirmation de Webster, « pour servir le couvent de Clarisses », la communauté de frères franciscains liée à Santa Clara de Manresa s’est développée et il est documenté qu’elle fut composée, tout au long de l’existence des moniales, de 49 hommes (chiffre enregistré dans des documents de 1373 et 1396 respectivement), fait qui, selon la Dr Araceli Rosillo, confirme « l’existence logique et nécessaire » d’un conventet. Cet espace, affirme Rosillo (2016, p. 258), est mentionné dans un document d’octobre 1401 qui fait don aux frères confesseurs des sœurs de Santa Clara de vêtements de lit et de tissus « pour quand ils sont malades ou pour l’usage de tout frère de passage à Manresa logé dans la maison du confesseur, située à côté du monastère ». En analysant ce document, Rosillo affirme que « ce n’est pas un espace trop grand, mais suffisant pour accueillir des frères itinérants » (Rosillo, 2016, p. 258). Parmi les 49 frères documentés à Manresa, on peut distinguer quatre catégories : les confesseurs, les maîtres en théologie, ceux qui ont agi comme témoins dans la documentation des sœurs et le visiteur.

Commentons pour l’instant qu’il semble s’agir d’une « communauté » de franciscains importante, qui ne correspond pas au concept de conventet vu à Pedralbes, et qui héberge des « frères itinérants », concept à nouveau très intéressant et nouveau par rapport au conventet de Pedralbes. À cet égard, Araceli Rosillo affirme que « par les caractéristiques de l’emplacement du monastère, sur la voie qui va vers Barcelone, on pourrait dire que le conventet était un lieu de passage dans l’itinérance des frères qui prêchaient entre Barcelone et Gérone et, en outre, il abritait une petite communauté de frères, deux ou trois de façon permanente selon les signatures, qui assistaient les moniales avec de bons livres de la Sainte Écriture : « sur la base de la documentation, il semble que certains des frères de la communauté de Santa Clara étaient ordonnés, ce qui n’arrivait pas toujours et rendait nécessaire la présence de prêtres pour accomplir les offices liturgiques et administrer les sacrements » (Rosillo, 2016, p. 264). « Il semble donc que dans son développement de la relation avec les frères, la communauté de Manresa ait vécu la fraternité franciscano-clarienne primitive que François promit et que Claire demandait dans sa règle, ou du moins c’est ce qui peut se déduire des documents » (Rosillo, 2016, p. 265). 

Jusqu’ici, nous avons suivi la recherche sur la fondation du couvent de Santa Clara à Manresa et son conventet exposée par la Dr Araceli Rosillo, sa principale chercheuse, tant dans sa thèse de doctorat de 2013 que dans un article de 2016. Cependant, il semble exister des données qui ne correspondent pas au récit et qui, si c’est le cas, changeraient complètement les suppositions sur une prétendue fondation féminine sans relation avec une communauté masculine antérieure sur place. Araceli Rosillo affirme que « il n’a pas été possible de montrer que la communauté de clarisses manresane ait eu un contact préalable avec les frères franciscains qui habitaient à Manresa, peut-être, selon notre hypothèse, dans l’espace à côté de la chapelle de Sant Blai i Sant Llàtzer qui servait d’hôpital pour lépreux ». C’est-à-dire que la présence de deux frères franciscains à Manresa antérieure à la fondation féminine est documentée, rien de moins que depuis 1292, tandis que la fondation féminine date des années 1320. Ne serait-il pas alors plus logique de poser l’hypothèse, suivant la coutume des fondations clarisses là où existait une présence masculine, que le couvent de Santa Clara fut fondé à Manresa en raison de la présence des deux frères dans la chapelle de San Blas et San Lázaro, parce que ce noyau prétendait être le début de la fondation d’une communauté plus grande et d’un couvent ? À partir de ce planteamiento en ligne avec la logique franciscaine et clarisa de fondations, nous pourrions avancer que la fondation masculine n’a pas prospéré et que, à sa place, les supérieurs franciscains ont établi un « conventet » pour servir sacramentellement et spirituellement les moniales qui, en outre, servait d’auberge pour les frères itinérants entre Gérone et Barcelone. Le nombre documenté de frères à des moments ponctuels renforce cette hypothèse et contribue à démanteler le mythe de l’autonomie fondatrice de couvents de clarisses sans nécessité d’existence de communautés masculines préalables. Celles-ci ont pu être ponctuelles en certaines occasions, mais ce ne semble pas être le cas de Manresa, comme ce ne semble pas être le cas de Balaguer, ni ne l’a été celui de Pedralbes.

Santa Clara de Balaguer (Almatà) et son conventet

Le Monastère de Santa Clara de Balaguer fut fondé en 1351. En 1347 était mort Jacques Ier d’Urgell, fils d’Alphonse le Bénin, et dans son testament il disposa la fondation d’un couvent de clarisses dans la ville de Balaguer pour abriter à l’intérieur de l’église ses restes mortels. Dans un premier temps cela ne fut pas possible et il reposa dans le couvent de Sant Francesc de Barcelone. L’épouse et les exécuteurs testamentaires de Jacques Ier d’Urgell obtinrent l’église paroissiale de Santa María de Almatà, documentée depuis l’année 1094 et située dans la partie haute de la ville, près du château où résidaient les comtes d’Urgell. 

Margarida de Montcada (1300-1368) était entrée au Monastère de Corpus Domini de Naples en 1322 et sa tante, la Reine Elisenda de Montcada, et le comte-infant Jacques l’appelèrent pour la fondation de Balaguer. La communauté s’établit peu après, avec Marguerite de Moncada comme abbesse (Triviño, 2020, pp. 418-425).

Sœur Victoria Triviño affirme dans le même écrit que « il y eut encore un projet qui n’apparaît pas dans les documents, mais qui fut réalisé avec succès : ce fut d’avoir à Balaguer un « conventet de frères mineurs », comme à Pedralbes, pour l’aide du monastère. Cette petite communauté servit les sœurs jusqu’à la suppression de la conventualité en 1557 » (Triviño, 2020, p. 426). Cette affirmation nous amène à poser une question très élémentaire : si le conventet n’apparaît pas dans les documents, comment connaissons-nous son existence ? 

De manière opposée à ce qu’affirme Triviño, le conventet de Balaguer est bien documenté, bien que parcimonieusement : le frère historien Agustí Boadas indique que « la date de fondation du couvent de sant Francesc de Balaguer, ou aussi couvent d’Almatà ou Conventet est inconnue » (Boadas, 2014) ; il semble qu’il existe des références indirectes qui le considèrent comme très ancien, comme par exemple il est mentionné qu’un certain Bernat de la famille Centelles fut enterré dans le couvent d’Almatà de frères mineurs ; il pourrait s’agir de Bernat III, décédé en 1277. Sur la même page, il est indiqué que « la bonne relation de la famille Centelles avec la Couronne (Jacques Ier et Jacques II) fait penser que la fondation devrait être située avant la mort de Jacques Ier, avant 1276 ». C’est une affaire confuse, car de nouveau la première référence que fait le frère et historien Pere Sanahuja au couvent masculin date de 1372, quand il figure dans un testament, et il le considère comme un « conventet » situé à côté de Santa Maria d´Almatà et qui servait les moniales de Santa Clara de manière analogue à ceux qui existaient à Pedralbes ou Manresa (Sanahuja, 1959). Le P. Sanahuja affirme que le « conventet » fut démoli lors du siège de 1413 et ne fut jamais reconstruit, tandis que sœur Victoria Triviño mentionnait dans l’article cité que le « conventet » avait fonctionné jusqu’en 1557, avec l’établissement de l’Observance dans la ville.

Cependant, si ce que Boadas affirme est correct, à savoir que le couvent d’Almatà était de frères mineurs, qu’il aurait aussi été appelé couvent de Sant Francesc et qu’il aurait pu être fondé avant la mort de Jacques Ier le Conquérant (1276), il ne serait pas exclu de l’hypothèse selon laquelle à partir de l’existence de cette première communauté de frères mineurs, les moniales auraient été établies par la suite, également près de la place du château et à grande proximité des frères. Le fait que la première fondation franciscaine dans la couronne d’Aragon ait eu lieu dans la ville de Lérida en 1217, à seulement 30 km de Balaguer, fait qu’une fondation précoce dans cette dernière ville n’est pas à exclure. En tout cas, il n’existe pas suffisamment de données pour l’affirmer.

Il est clair qu’il s’agit d’un cas autour duquel règne une grande confusion. Il est vrai qu’il est bien cité dans la documentation, mais, outre que la date et la raison de sa fin ne sont pas claires, il n’existe pas non plus de vestiges archéologiques du « conventet », que le P. Sanahuja considérait situé à l’extrémité opposée de la place du couvent des clarisses, quelque part devant ou à l’intérieur du château.

D’autre part, et postérieurement aux événements racontés, une bulle du pape Eugène IV de 1443 autorisa la fondation du couvent observantin en 1446. Cela s’était déjà réalisé et le nouvel établissement dédié à Santa María de Jesús était en construction. Il n’y a pas d’indices documentaires que les franciscains observants aient servi spirituellement les clarisses de Balaguer, bien que la distance entre les deux couvents soit de 2,5 km et que le temps approximatif pour la parcourir sans se presser soit de 40 minutes. Ainsi, la question posée sur la relation entre la fin du conventet et l’implantation de l’observance à Balaguer est un sujet que nous devons pour l’instant laisser ouvert.

Vue d’ensemble et conclusions préliminaires

L’une des œuvres consultées les plus importantes fut celle éditée et publiée en 2017 par les historiens Xavier Costa, Marta Sancho et Nuria Jornet-Benito, qui montrait l’emplacement topographique des couvents de frères mineurs et de clarisses de la « Catalogne médiévale » (sic), obligeant par l’évidence cartographique à atteindre la conclusion que, dans treize des dix-sept cas analysés, les clarisses s’établirent à proximité d’une communauté masculine préalable. Les quatre cas où cela ne se produisit pas furent Pedralbes, Manresa, Balaguer et Conques.

Des quatre cas, le seul que je n’avais pas analysé était le couvent de clarisses de Santa María de Conques, fondé en 1342 dans l’actuelle comarque du Pallars Jussà par le Seigneur d’Orcau. Je ne l’ai pas traité, puisque l’existence d’un « conventet » n’est pas attestée dans la documentation étudiée, mais c’était vraiment un cas curieux et intéressant ; situé dans un environnement éminemment agricole, loin de toute ville d’importance minimale. 

La présente recherche préliminaire sur les trois petits couvents masculins cités situés dans des couvents féminins dans la Couronne d’Aragon prouve que il y a plus de questions ouvertes que de questions qui ont pu être résolues, en commençant par le questionnement même des raisons de l’existence des « conventets » : dans aucun cas il ne semble avoir existé une prétention de fondation sans qu’il y ait eu présence d’une communauté masculine préalable. Le principal problème est le fond de la question, la perspective de l’historien, à laquelle il adapte les faits, et non l’inverse, comme il devrait le faire. La manière académique de traiter les questions liées à l’Église catholique semble partir non seulement d’une grande ignorance du fonctionnement de base des ordres religieux et du fait que les frères ordonnés doivent servir sacramentellement les moniales, mais aussi d’hypothèses posées à partir d’une mentalité totalement étrangère aux personnes que l’on prétend étudier

Il est habituel chez les universitaires de se méfier de la soi-disant « littérature confessionnelle », parce que partiale, alors qu’eux, intoxiqués d’idéologie, posent des hypothèses pensées pour atteindre des conclusions prédéterminées d’un prétendu empowerment féminin et d’autres thèmes abordés avec la mentalité du présent depuis lequel ils étudient. Cependant, les données sont généralement têtues et obligent, comme c’est le cas de l’article « Monacato femenino y paisaje », où l’on reconnaît que « la relation étroite entre l’Ordre de saint François et celui de Sainte Claire se perçoit clairement en analysant attentivement les différentes cartes : treize des dix-sept monastères étudiés disposaient dans leurs environs d’un couvent de frères mineurs, les seules exceptions étant les maisons de Manresa (discutable, comme nous l’avons vu), Balaguer (idem) et Conques ». Ainsi, bien qu’ils n’aient d’autre choix que d’accepter les faits, ils essaient de les idéologiser, puisque l’article poursuit ainsi :

« Les moniales clarisses, en raison de leur condition de femmes, ne pouvaient pas être totalement autonomes (…). Elles nécessitaient un clerc, de préférence franciscain (…), car elles ne pouvaient pas célébrer la messe, donner la communion (sic) ou entendre les confessions de leurs sœurs (…). Les autorités civiles et religieuses du Moyen Âge ont toujours essayé de contrôler les moniales, limitant au maximum leur champ d’action à l’intérieur de leurs propres couvents et les soumettant à la domination d’un supérieur hiérarchique qui, dans tous les cas, était un homme » (Costa, Sancho, Soler, 2017, p. 476).

Nous terminerons par quelques mots de Joseph Pearce qui résument bien la question : « Si nous essayons d’étudier l’Histoire à travers les préjugés et les idées préconçues de notre propre temps, nous ne parviendrons qu’à mal interpréter les motifs et les intentions des actions historiques. Si nous ne savons pas ce que croyaient ces personnes, nous ne comprendrons pas pourquoi elles agissaient et se comportaient comme elles le faisaient. Nous ne comprendrons pas vraiment ce qui s’est passé. Notre préjugé ou notre ignorance nous aura aveuglés. Pour comprendre l’Histoire, nous devons comprendre ses protagonistes suffisamment pour empathiser avec eux, même si nous ne sympathisons pas avec eux ».             

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