Les sept victimes d’abus reçues ce dimanche par Léon XIV à Lourdes ont demandé au Pape des mesures concrètes pour faire face aux affaires qui continuent de secouer l’Église en France. Après une rencontre qui s’est prolongée pendant près de deux heures, cinq des participants se sont exprimés devant les médias et ont assuré avoir trouvé un Pontife informé, attentif à leurs histoires et conscient qu’il reste « une énorme quantité de travail à accomplir ».
Selon Vatican News après la rencontre, les victimes ont transmis à Léon XIV plusieurs propositions sur lesquelles le Pape n’a pas offert de réponse immédiate. « Aujourd’hui, nous avons fait de nombreuses demandes. Nous attendons des réponses », ont-ils indiqué, tout en avertissant qu’ils resteraient « vigilants » face aux mesures que l’Église pourrait adopter.
Ils demandent la dissolution des Pères de Bétharram
Parmi les demandes formulées, celle de Jean-Marie Delbos, victime d’abus lorsqu’il était élève du collège Notre-Dame de Bétharram, qui a proposé directement au Pape la dissolution de la Congrégation des Pères de Bétharram.
L’affaire de Bétharram est devenue l’un des grands scandales d’abus en France. Une commission indépendante créée pour enquêter sur les violences commises dans l’établissement a publié le mois dernier son rapport après douze mois de travail, basé sur les témoignages des victimes, des archives et les déclarations des responsables et experts.
Delbos a également expliqué qu’il avait perdu la foi après les abus subis et qu’il a assisté à la messe ce dimanche pour la première fois depuis des décennies. Il a raconté que la rencontre avec Léon XIV lui avait offert « une nouvelle vision » de l’Église et du Pontife lui-même.
Léon XIV a reçu les victimes individuellement
La réunion a commencé peu après 17 h 30 à la résidence épiscopale de Lourdes. Y ont participé quatre hommes et trois femmes, accompagnés par Mgr Gérard Le Stang, évêque d’Amiens et président du Conseil pour la prévention et la lutte contre la pédophilie de la Conférence des évêques de France.
Léon XIV a d’abord reçu individuellement et en privé chacun des participants. Selon la communication officielle du Saint-Siège, il a écouté leurs récits sur la douleur et la souffrance endurées, dans certains cas « avec la complicité ou le silence de ceux qui auraient pu les aider », ainsi que leurs propositions pour empêcher que les abus ne se reproduisent. Avec certains d’entre eux, il est également resté quelques instants en prière.
La réunion, initialement prévue pour environ une heure, s’est prolongée pendant près d’une heure et cinquante minutes. Après les entretiens individuels, le Pape a réuni les sept victimes, a remercié leurs témoignages et a réaffirmé son engagement à éviter que d’autres personnes subissent le même préjudice.
« Il n’est pas naïf »
Les participants ont particulièrement souligné la connaissance que Léon XIV avait de leurs cas respectifs. Jérôme Guillement a affirmé que le Pontife connaissait déjà son histoire et lui a posé des questions précises, une attitude qu’il a interprétée comme le signe qu’il avait personnellement préparé la rencontre.
Selon le témoignage des victimes, la conversation a également abordé le caractère systémique des abus et les mécanismes qui ont permis pendant des décennies leur continuité au sein des institutions ecclésiales et éducatives.
« Il n’est pas naïf », a affirmé Guillement en décrivant l’attitude de Léon XIV. Selon lui, le Pape est conscient que les affaires continueront d’apparaître et de la nécessité de maintenir la vigilance. Les participants ont également assuré que le Pontife a parlé de travailler avec des acteurs extérieurs à l’Église pour faire face au problème.
La rencontre a eu lieu quelques heures après que Léon XIV a demandé aux évêques français de maintenir « une vigilance maximale » face aux abus et de continuer à travailler pour la vérité, la justice et la réparation. Les victimes, pour leur part, ont clairement indiqué à la fin de la réunion que l’écoute reçue à Lourdes devait maintenant se traduire par des décisions : « Nous attendons des réponses ».