Presque une dizaine de recours judiciaires ont contesté les accords sur la Vallée des Chrétiens signés en mars 2025 par le cardinal José Cobo et le Gouvernement, remettant en question leur validité pour une raison centrale : l’archevêque de Madrid n’aurait pas de légitimité pour les signer dans un lieu qui n’est pas sous sa juridiction directe.
Selon ce que Religión Confidencial a révélé, les recours —déjà en instance judiciaire— coïncident sur une même thèse : la Vallée constitue une abbaye « exempte » et « sui iuris », ce qui limite la capacité de l’archevêque de Madrid à signer un accord qui affecte directement la basilique et l’ensemble de l’enclave.
Parmi les recours présentés, ceux impulsés par Abogados Cristianos et par un particulier se distinguent, tous deux centrés sur le manque de légitimité du signataire. À eux s’ajoute le recours interposé par la propre communauté bénédictine de la Vallée, qui renforce cette même ligne argumentative.
Des irrégularités administratives à l’impugnation juridique
Les nouveaux recours s’ajoutent à ceux déjà présentés par plusieurs architectes contre le concours de resignification, qui dénonçaient des vices de forme dans les cahiers des charges et qui en 2025 ont obtenu la suspension provisoire de la procédure.
Cependant, le conflit a évolué. Il ne s’agit plus uniquement de discuter de la légalité du processus administratif, mais de la validité même de l’accord qui le sous-tend. L’impugnation vise désormais l’origine : si celui qui a signé manquait de compétence, tout le développement ultérieur est compromis.
Un accord documenté et accepté
La publication de la correspondance entre le cardinal Cobo et le ministre Félix Bolaños a confirmé que l’accord a été formellement assumé par les deux parties et a fixé un cadre d’intervention dans la basilique, incluant la délimitation de l’espace destiné au culte et l’ouverture du reste à des actions de caractère non liturgique.
Ce point renforce la portée du document maintenant impugnationné : il ne s’agit pas d’un cadre générique, mais d’un accord concret qui affecte directement l’usage du temple.
Sans signature du Vatican ni soutien institutionnel
En parallèle, la Conférence Épiscopale Espagnole a réitéré que le Vatican n’a pas été partie signataire de l’accord. C’est ce que son porte-parole, monseigneur Francisco César García Magán, a confirmé, en soulignant qu’aucun représentant de la Sainte-Siège n’a signé le document.
La propre Conférence Épiscopale ne figure pas non plus comme partie de l’accord. La signature se limite au cardinal Cobo, dont la compétence est précisément celle qui est maintenant remise en question devant les tribunaux.
Lisez aussi : Argüello accepte de diviser la Vallée des Chrétiens avec une « entrée indépendante »
Un rapport juridique préalable fixe des limites claires
La documentation sur laquelle s’appuient plusieurs des recours inclut un rapport du Conseil Épiscopal des Affaires Juridiques de la Conférence Épiscopale Espagnole, daté du 16 décembre 2020, dans lequel étaient déjà analysées les implications légales de toute intervention dans la Vallée.

Ce rapport établit que la basilique est un lieu sacré et inviolable, soumis à l’autorité ecclésiastique ; l’abbaye bénédictine possède une personnalité juridique propre, reconnue civilement et canoniquement, et la présence de la communauté monastique est garantie à perpétuité par des engagements assumés par l’État.
Le document indique également que la désacralisation éventuelle requerrait l’autorisation de la Sainte-Siège et que la conversion en cimetière civil impliquerait des exigences préalables qui excèdent la capacité de décision du pouvoir politique.
La nature juridique de la Vallée, au centre du conflit
Les recours coïncident pour souligner que l’ensemble de Cuelgamuros appartient à une fondation publique à fins religieuses et que sa configuration juridique empêche des actions unilatérales ou des accords signés par des autorités sans compétence directe.
Dans ce cadre, la condition d’abbaye « sui iuris » s’avère déterminante : ne dépendant pas de l’archevêque de Madrid, toute décision adoptée sans l’autorité compétente reste juridiquement compromise. Par conséquent, ce qui jusqu’à présent était présenté comme un accord politique et ecclésial doit être soumis à une révision judiciaire.