Les leaders séparatistes des régions anglophones du Cameroun ont annoncé une suspension temporaire des hostilités à l’occasion de la visite du pape Léon XIV, qui se trouve dans le pays depuis aujourd’hui, 15 avril, dans le cadre de son premier voyage apostolique en Afrique. Selon Aciprensa, la trêve permettra la libre circulation des fidèles et facilitera la participation aux actes prévus pendant l’étape camerounaise du voyage pontifical.
Cette mesure, de caractère limité, s’étendra sur trois jours —du 15 au 17 avril— et affectera les zones les plus touchées par le conflit entre groupes séparatistes et forces gouvernementales, en particulier dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays.
Une trêve de trois jours au milieu d’un conflit prolongé
L’annonce a été faite par Lucas Asu, porte-parole du Conseil de Gouvernement d’Ambazonie, qui a expliqué que la décision a été adoptée en coordination avec divers groupes armés de la soi-disant Unity Alliance. Selon le communiqué, les forces séparatistes ont reçu des instructions pour garantir la sécurité pendant cette période afin de permettre le déplacement des civils, des pèlerins et des leaders religieux.
Asu a souligné que cette mesure répond à l’« importance spirituelle profonde » de la visite papale et vise à faciliter la participation de la population « sans crainte » à cet événement exceptionnel.
Un geste à portée limitée
La déclaration des séparatistes arrive à un moment particulièrement sensible. Depuis 2017, les régions anglophones du Cameroun vivent un conflit armé qui a provoqué des milliers de morts et des déplacements massifs, avec des villes comme Bamenda transformées en épicentres de la violence.
Dans ce contexte, la trêve représente un geste significatif, bien que de portée strictement temporaire. Les leaders séparatistes eux-mêmes ont insisté sur le fait que la suspension des hostilités n’implique pas un changement dans leurs positions politiques ni dans la dispute sur l’avenir de ces régions.
Avertissement contre l’instrumentalisation politique
Dans leur communiqué, les séparatistes ont voulu laisser clair que la visite du Pape ne doit pas être interprétée comme un soutien au gouvernement camerounais. « La visite du Saint-Père est de nature pastorale et spirituelle », ont-ils signalé, en avertissant contre toute tentative d’utiliser cela comme signe de normalisation ou de légitimation politique.
Cette nuance reflète la sensibilité qui entoure le voyage pontifical, dans un contexte où tout geste ou déclaration peut être interprété en clé politique autant par le gouvernement que par l’opposition.
L’Église, entre médiation et pression
La visite de Léon XIV acquiert ainsi une signification particulière au Cameroun, où l’Église catholique joue un rôle actif dans le débat public. Les évêques sont intervenus sur des questions comme la gouvernance, les élections ou l’unité nationale, en appelant à la transparence et au dialogue.
Dans les régions affectées par le conflit, l’Église a en outre assumé un rôle de médiateur, en insistant sur la nécessité de protéger la population civile et de promouvoir des solutions pacifiques. Cette position, cependant, la place dans une situation délicate, soumise autant au soutien de la société qu’à l’examen des autorités.
Une visite sous observation
Dans la province ecclésiastique de Bamenda, l’un des points clés du voyage, les responsables ecclésiaux ont intensifié les appels à la participation. Pour de nombreux fidèles, la présence du Pape représente une opportunité d’espoir au milieu d’années de violence et de fracture sociale.
Cependant, la complexité du contexte fait que cette visite ne peut être comprise uniquement en termes pastoraux. Dans un scénario marqué par l’instabilité, chaque geste du Pontife sera observé avec attention, autant pour sa dimension spirituelle que pour ses possibles implications dans une crise encore ouverte.