Le pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté s’est achevé ce lundi de Pentecôte à Chartres par une messe pontificale solennelle célébrée par le cardinal Raymond Leo Burke selon le rite romain traditionnel. Devant près de 20 000 pèlerins venus de différents pays, le prélat américain a prononcé une homélie marquée par un appel à la fidélité, à la persévérance et à la défense de la tradition catholique au milieu de la crise spirituelle contemporaine.
Le pèlerinage Paris-Chartres, devenu l’un des grands symboles du renouveau du catholicisme traditionnel parmi les jeunes Européens, a de nouveau battu cette année des records de participation. Dans un contexte marqué par les restrictions imposées au rite ancien après Traditionis Custodes, le phénomène ne cesse de croître et attire de plus en plus de jeunes éloignés de l’Église, de familles nombreuses et de convertis.
« Nous ne cédons ni au découragement ni au désespoir »
Au cœur de sa prédication, le cardinal Burke a rappelé que la vie chrétienne est un pèlerinage vers la patrie éternelle et a encouragé les fidèles à rester fermes face à la crise spirituelle du monde et de l’Église elle-même.
« Nous renouvelons notre réponse à toute crise spirituelle personnelle que nous pouvons traverser, ainsi qu’à la crise spirituelle du monde et de l’Église », a affirmé le cardinal.
Face au découragement et à la confusion, Burke a appelé à persévérer dans le « bon combat » de la foi et à rester unis au Sacré-Cœur de Jésus, au Cœur immaculé de Marie et au cœur très pur de saint Joseph.
« Nous ne cédons ni au découragement ni au désespoir », a-t-il proclamé devant les pèlerins réunis dans la cathédrale de Chartres.
Saint Joseph, gardien de la tradition
L’un des moments les plus marquants de l’homélie est survenu lorsque le cardinal a présenté saint Joseph comme protecteur de l’Église et gardien de la tradition catholique.
« Saint Joseph est le protecteur de l’Église, le gardien de la sainte tradition, de la sainte doctrine, de la sainte liturgie et de la sainte discipline », a affirmé Burke.
Les paroles du prélat ont été interprétées par de nombreux pèlerins comme une défense implicite de la liturgie traditionnelle, précisément lors d’un pèlerinage où la messe tridentine demeure le principal axe spirituel et pastoral.
Le phénomène Chartres continue de grandir
Le pèlerinage de Chartres se consolide année après année comme l’un des phénomènes les plus remarquables du catholicisme européen actuel. Ce qui, pendant des décennies, était considéré comme un petit réduit traditionaliste s’est transformé en une manifestation massive de jeunes et de familles attirés par la liturgie traditionnelle, le sens du sacré et la clarté doctrinale.
Alors qu’une partie de la pastorale postconciliaire a tenté pendant des années d’adapter la liturgie au monde moderne, le succès de Chartres semble illustrer le phénomène inverse : des milliers de jeunes qui découvrent précisément, à travers le rite traditionnel, une porte d’entrée vers la foi catholique.
Nous publions ci-dessous l’homélie prononcée par le cardinal Raymond Leo Burke :
Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. Vos journées annuelles de pèlerinage ont atteint leur destination : l’autel du sacrifice du Christ dans cette maison historique et magnifique de Dieu, dédiée au Christ Dieu Fils incarné et à sa Vierge Mère. En pèlerinant vers un lieu saint, le plus ancien et le plus efficace des océans spirituels, vous avez quitté votre vie ordinaire pour rencontrer Notre Seigneur dans un lieu extraordinaire.
Ce faisant, vous avez redécouvert le caractère extraordinaire de votre vie ordinaire. Car vous vivez dans le Christ, et selon la promesse qu’il a faite aux apôtres au moment de son ascension à la droite du Père, vous avez reçu la grâce du Saint-Esprit pour être ses témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Le même don septiforme du Saint-Esprit qui est descendu sur les apôtres au Cénacle a été répandu dans le cœur d’environ trois mille fidèles à la Pentecôte par le ministère des Apôtres.
Dans l’Épître d’aujourd’hui, nous avons entendu comment, par le ministère de saint Pierre, le Saint-Esprit est descendu sur les membres de la maison du païen Corneille à Césarée. Par ce même ministère exercé par les successeurs des apôtres, le même don du Saint-Esprit, depuis le jour de la Pentecôte et tout au long des siècles chrétiens, a été répandu dans le cœur d’innombrables fidèles ; il a été répandu dans vos cœurs depuis le cœur glorieux et transpercé de Jésus. En entreprenant un pèlerinage, vous aurez découvert la vérité selon laquelle vos jours sur la terre sont un pèlerinage vers votre véritable et éternelle demeure au ciel, et que les luttes, la fatigue et les souffrances de votre pèlerinage terrestre sont pour le bien éternel.
Rappelons chaque jour les paroles de Notre Seigneur à Nicodème dans l’Évangile d’aujourd’hui : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle ». Le pèlerinage apporte la grâce qui permet d’accueillir avec joie les épreuves de la vie quotidienne dans le Christ, en offrant à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit des lèvres qui célèbrent son nom.
En pèlerinant vers un lieu saint, vous avez cherché à coopérer plus pleinement et plus parfaitement avec la grâce du Saint-Esprit qui habite dans votre âme. Pour accomplir votre vocation missionnaire, votre appel à être collaborateurs du Christ dans la vérité et l’amour divin. Pour le salut de votre âme et de celles de vos frères et sœurs qui, comme vous, sont appelés à vivre dans le Christ par la profession de la foi et la réception du don septiforme du Saint-Esprit dans le baptême et la confirmation.
La pratique de votre pèlerinage inclut la rencontre avec le Christ dans le sacrement de la pénitence pour le pardon de vos péchés et le renouvellement de la grâce baptismale du Saint-Esprit dans vos cœurs. Et elle culmine maintenant par votre participation au sacrifice eucharistique de Notre Seigneur, par lequel il rend sacramentellement présent son sacrifice sur le Calvaire et son fruit incomparable : son vrai corps, son sang, son âme et sa divinité, le pain du ciel qui nourrit la vie du Saint-Esprit en nous pendant tous les jours de notre pèlerinage terrestre vers notre demeure éternelle au ciel. La bienheureuse Vierge Marie, Notre-Dame, a attiré vos cœurs vers son cœur immaculé, qui est un avec le Sacré-Cœur de Jésus, son divin Fils.
Notre-Dame, Mère de Dieu et Mère de la grâce, sait ce que nos cœurs désirent le plus profondément. Elle sait de quoi nous avons le plus besoin. Surtout dans les moments de fatigue, de doute, de confusion et de tentation.
Elle nous attire vers elle, comme elle l’a fait avec les serviteurs à Cana, et nous conduit vers son divin Fils, vers son cœur, avec ce conseil maternel et ferme : « Faites tout ce qu’il vous dira ». Elle est notre guide infaillible dans l’accomplissement de notre mission, dans la part de la vigne de Notre Seigneur qu’il nous confie.
Tandis que, jour après jour, nous unissons nos cœurs à son cœur immaculé, elle nous conduit vers le Christ afin que, comme sainte Thérèse de Lisieux et tous les saints, nous soyons son amour dans l’Église, surtout dans la famille, première cellule de la vie de l’Église. La dévotion du pèlerinage est particulièrement puissante en grâce pour la connaissance et l’acceptation de notre vocation, du plan de Dieu pour nous depuis le moment de notre baptême, que ce soit dans le mariage et la famille, dans la vie consacrée ou dans le sacerdoce ordonné. Le caractère extraordinaire de notre vie ordinaire est marqué de manière particulière par la sollicitude et la guidance maternelle de Notre-Dame.
Saint Joseph, véritable époux de la Vierge Mère et père virginal de Jésus, a protégé votre chemin de pèlerinage tout au long de notre pèlerinage terrestre. Il protège le chemin par lequel Notre-Dame nous conduit vers son Fils, qui est le seul qui soit notre salut. Il est le protecteur de l’Église, le gardien de la sainte tradition, de la sainte doctrine, de la sainte liturgie et de la sainte discipline.
Le gardien par lequel la vie du Christ, la grâce du Saint-Esprit, nous est transmise en fait depuis l’époque apostolique jusqu’à nous aujourd’hui. Saint Joseph, dont le cœur est entièrement fidèle, généreux et pur, avec une sollicitude paternelle envers nous, en particulier envers Notre Sainte Mère, garde sûr notre chemin en accomplissant tout ce que Notre Seigneur nous demande, avant tout en répondant à notre vocation. Servant Dieu le Père par la grâce du Saint-Esprit qui coule dans nos cœurs depuis le cœur glorieux et transpercé de Jésus.
Saint Joseph, toujours fidèle, généreux et pur dans son amour virginal pour Notre-Dame et pour nous, protège notre chemin. Dans chaque épreuve et tribulation, et surtout au moment de notre mort, nous devrions prendre en compte l’instruction prophétique du pharaon d’Égypte lorsque le peuple mourait de faim et répondit au peuple angoissé : « Allez à Joseph, faites ce qu’il vous dira ». Ces paroles se réfèrent au patriarche Joseph, figure de saint Joseph.
Ainsi, dans sa sagesse, l’Église nous enseigne, dans notre angoisse, à nous tourner vers saint Joseph, véritable époux de la Vierge Marie et père virginal du Sauveur. « Ite ad Joseph », « Allez à Joseph ». La fidélité, la générosité et la pureté du cœur trouvent leur source dans le Sacré-Cœur de Jésus. Elles trouvent leur modèle humain le plus parfait dans le cœur immaculé de Marie.
Elles trouvent leur guide et protecteur le plus parfait dans le cœur très pur de saint Joseph. Le cœur glorieux et transpercé de Jésus, le cœur glorieux et immaculé de Marie et le cœur très pur de saint Joseph sont unis dans une parfaite unité par leur participation à la vérité et à l’amour divin de la Très Sainte Trinité. En rendant grâce à Dieu pour les multiples bénédictions accordées pendant ces journées de pèlerinage, j’exprime au nom de nous tous ma sincère gratitude à Philippe Darantière, président de l’Association Notre-Dame de Chrétienté ; à Étienne Touraille, directeur des pèlerins ; à l’abbé Jean de Massia, chapelain général ; et à tous ceux qui ont travaillé avec tant de constance et d’excellence pour rendre possible ce pèlerinage riche en grâces pour vous et pour les nombreuses âmes pour lesquelles vous avez prié pendant le pèlerinage.
Je remercie de tout cœur Son Excellence Mgr Philippe Christory, évêque de Chartres, pour l’accueil chaleureux dans ce diocèse historique et vivant. Je suis personnellement très reconnaissant de l’invitation qui m’a été faite de célébrer aujourd’hui la messe pontificale solennelle. Par le pèlerinage, nous renouvelons notre réponse à toute crise spirituelle personnelle que nous pouvons traverser, ainsi qu’à la crise spirituelle du monde et de l’Église.
Nous ne cédons ni au découragement ni au désespoir. Avec le cœur uni au cœur immaculé de Marie et sous la protection paternelle du cœur très pur de saint Joseph, nous reposons ainsi en sécurité dans le Sacré-Cœur de Jésus. Nous livrons, selon les paroles de saint Paul, le bon combat.
Nous gardons le cap et conservons la foi, confiants dans la promesse de la vie éternelle que Notre Seigneur réserve à tous ceux qui ont aimé sa venue. Unissons maintenant nos cœurs, unis au cœur immaculé de Marie et sous la protection du cœur très pur de Joseph, au cœur glorieux et transpercé de Jésus, ouvert pour nous dans le sacrifice eucharistique. Tandis que Notre Seigneur nous nourrit de son corps, de son sang, de son âme et de sa divinité, retournons à notre vie ordinaire profondément conscients de son caractère extraordinaire.
Le Père céleste, l’Hostie sacrée, nous soutient tout au long du pèlerinage de la vie et nous conduit à sa destination : notre demeure éternelle auprès de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit. L’heure des noces de l’Agneau, en compagnie des anges et de la Vierge Mère de Dieu, avec saint Joseph et tous les saints. Heureux d’avoir accompli ce pèlerinage en l’honneur de Notre Seigneur et de sa Vierge Mère, Notre-Dame de Chartres, prions chaque jour :
Sacré-Cœur de Jésus, ayez pitié de nous.
Cœur immaculé de Marie, guidez-nous sur notre chemin.
Cœur très pur de Joseph, protégez notre chemin.
Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.