Nous commençons la semaine, le retour au travail après les journées de Noël nous introduit dans la dure réalité, l’année a commencé fort et promet de continuer ainsi. À l’Angélus du jour du Baptême du Seigneur : «Ce matin, selon la coutume de la fête du Baptême de Jésus, j’ai baptisé quelques enfants nouveau-nés d’employés de la Sainte-Siège. Maintenant je voudrais étendre ma bénédiction à tous les enfants qui ont été ou seront baptisés ces jours-ci , à Rome et dans le monde entier. Je les confie à la protection maternelle de la Vierge Marie. De manière particulière, je prie pour les enfants nés dans les conditions les plus difficiles, tant sur le plan de la santé que des dangers externes. Que la grâce du baptême, qui les unit au Mystère Pascal du Christ, agisse efficacement en eux et dans leurs familles».
Baptêmes dans la Sixtine.
Léon XIV a présidé la Sainte Messe dans la Chapelle Sixtine et a administré le baptême à vingt enfants. Dans son homélie, Léon XIV s’est concentré sur la paradoxe évangélique qui a stupéfié Jean le Baptiste : «J’ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ?». Léon XIV a relié le sacrement à la responsabilité d’élever les enfants, en utilisant une image quotidienne : ainsi qu’un enfant ne reste pas sans nourriture ni vêtements, en attendant «de choisir quand il grandira», la foi doit aussi être transmise comme un bien essentiel . Les enfants «maintenant dans nos bras» se transforment en «nouvelles créatures» et reçoivent «le sens de la vivre : la foi». Viendra le jour où les enfants deviendront «lourds à porter dans nos bras» ; viendra aussi le jour où ce seront eux qui soutiendront leurs parents. Dans cette réciprocité de maturation, le Baptême unit dans la unique famille de l’Église et nous exige de préserver, avec force et persévérance, l’affection qui unit les familles. La célébration des baptêmes dans la Chapelle Sixtine, liée à la fête du Baptême du Seigneur, est une coutume introduite par saint Jean-Paul II en 1981
La unité attire-t-elle ?
Il y a une caractéristique surprenante, en lisant attentivement les paroles adressées par Léon XIV aux cardinaux : il ne cherche pas à s’imposer. «L’unité attire, la division disperse». Le Pape relie l’attraction non pas à l’extérieur, mais surtout à la vie interne de l’Église. Léon XIV ne promet pas de solutions rapides ni de raccourcis institutionnels. Il propose une posture : rester sous l’action d’une force qui précède et surpasse. Luis Badilla commente l’annonce du consistoire annuel. La première conséquence est que passe à l’oubli le Conseil des Cardinaux du Pape François, qui, avec 6, 7, 8 ou 9 cardinaux, s’est réuni 50 fois au cours d’une décennie. Le Pape a également confirmé l’Assemblée Ecclésiale Mondiale d’octobre 2028, annoncée le 15 mars, sur laquelle on attendait une réponse clarificatrice. Le «oui» du Pape Léon à l’initiative était attendu depuis plusieurs semaines, mais on débat encore parce que beaucoup la considèrent inutile et superflue. Ces derniers mois, Léon XIV a ajouté deux groupes d’étude de plus à ceux créés par le Pape François à la fin de la Deuxième Session du Synode sur la Synodalité. Le Pape Léon affirme avoir expérimenté une ‘synodalité non technique’, ‘une profonde harmonie et communion’.
Jeudi soir, plusieurs cardinaux se sont réunis avec des journalistes. Le thème principal était la situation critique au Venezuela. Le cardinal Luis José Rueda Aparicio, archevêque de Bogotá (Colombie), a parlé du sujet, avec les cardinaux Stephen Brislin, archevêque de Johannesburg (Afrique du Sud), et Pablo David, évêque de Kalookan (Philippines). «Quels sont les éléments véritablement nouveaux de ce Consistoire ?. Brislin a expliqué que la nouveauté ne doit pas être cherchée «seulement dans les débats», mais dans l'»opportunité de nous connaître et de nous écouter mutuellement». «C’est important parce que nous venons de différentes parties du monde ; certains sont de nouveaux cardinaux, d’autres le sont depuis longtemps». Le Pape «veut être collégial, veut écouter, veut profiter de l’expérience et de la connaissance des cardinaux qui viennent de différentes parties du monde parce que cela peut l’aider à diriger l’Église». Les profils sont «divers», mais ils ont travaillé «en harmonie, ce qui ne signifie pas uniformité», a conclu le cardinal Rueda.
Fin de la diplomatie du silence.
Pape Mario Proietti, le discours du Pape Léon XIV au Corps Diplomatique confirme ce que nous pressentions depuis le début : son magistère est entré dans une nouvelle phase, révélant une profonde discontinuité tant dans la forme que dans le rythme de son discours. Bien que le Pape adhère fermement à la doctrine sociale et anthropologique de l’Église, on perçoit un changement radical qui rompt avec les schémas du passé récent. Nous assistons à la fin de la «Diplomatie du Silence». Traditionnellement, la diplomatie de la Sainte-Siège préfère des tons nuancés pour maintenir ouverts les canaux avec les gouvernements ; cependant, aujourd’hui Léon XIV opte pour la confrontation intellectuelle. Utiliser des termes comme «langage orwellien» ou dénoncer le «court-circuit des droits» devant des ambassadeurs du monde entier représente un geste d’agressivité communicative qui n’avait pas été vu depuis longtemps. Le Pape ne cherche pas un consensus immédiat ; plutôt, il trace une ligne claire.
Ce changement s’accompagne d’un clair changement de priorités qui ces dernières années étaient des questions sociales et environnementales ; Léon XIV remet au premier plan les questions anthropologiques et métaphysiques. C’est un appel qui évoque la profondeur de Benoît XVI, mais exprimé avec un ferveur politique plus marquée, propre à quelqu’un qui perçoit l’urgence d’un monde au bord de l’effondrement. Sa critique s’adresse aussi au système international et au multilatéralisme. L’Église a historiquement offert un soutien presque inconditionnel aux Nations Unies, maintenant ce n’est plus autant et elle parle d'»un forum de promotion idéologique où le système des droits humains de l’après-guerre a subi un court-circuit». Cette méfiance envers les institutions globales marque une rupture claire avec la confiance du passé. Léon XIV utilise des éléments anciens —Augustin, la loi naturelle, l’Évangile— pour construire une forteresse moderne contre les excès du XXIe siècle. La tradition cesse d’être une pièce de musée et redevient une arme politique et spirituelle pour le présent.
Son message s’articule en points d’une clarté désarmante : La défense du langage . Le Pape met en garde contre un langage présenté comme inclusif qui, en fait, impose de nouvelles idéologies et fait taire la dissidence. Redécouvrir le sens des mots est la condition primordiale pour tout dialogue véritable. La vérité des droits . En dénonçant la paradoxe des «nouveaux droits» qui étouffent les fondamentaux, le Pontife rappelle que si la loi perd le contact avec la nature humaine, seule prévaudra la loi du plus fort. Liberté de conscience . Définie non comme une rébellion, mais comme un acte d’auto-fidélité, elle devient le rempart définitif contre toute tentation autoritaire des États. Paix au-delà de la force . À une époque où la guerre est redevenue à la mode, Léon XIV clarifie que la vraie paix ne naît pas de la dissuasion ni de la domination, mais de l’humilité de la vérité et du courage du pardon. La vie comme une marchandise inaccessible. Du rejet de la maternité de substitution à la protection des non-nés et de la souffrance, émerge une anthropologie qui défend l’humanité contre la culture du rejet et la marchandisation de la vie.
Léon XIV rappelle qu’une politique ancrée dans l’orgueil et l’immanence est inévitablement condamnée au conflit. Dans un monde qui semble avoir perdu la capacité de se comprendre lui-même, ce discours ne s’adresse pas à une base de fidèles, mais à quiconque cherche une boussole sûre au milieu de la tempête de notre temps.
Le discours du Pape Léon XIV au Corps Diplomatique a le caractère de «court traité». Léon propose non seulement un agenda éthique d’initiatives à entreprendre, mais un cadre de pensée basé sur la foi. L’aspect central de ce cadre est le « réalisme » et l’État de droit doit être respecté quand il se base, comme il doit l’être, sur le droit objectif et non sur des droits subjectifs, «chaque droit devient autoréférentiel quand il perd sa connexion avec la réalité des choses, sa nature et sa vérité». Les expressions clés sont : «vérité», «réalité des choses», «ordre voulu par Dieu», d’où dérivent à leur tour les termes nature, essence, objectivité et certitude. Le discours pose les bases de la liberté, du pouvoir politique et des relations entre les États, exprimant une vision intégrale de la pensée qui ne se limite pas au présent, mais peut aussi servir de guide pour l’avenir. Il assigne à l’Église Catholique un rôle unique et spécifique dans l abord de ces questions, non pour exprimer une opinion, mais pour témoigner de vérités inaccessibles à tous pour ne pas se retrouver piégé dans le labyrinthe des dynamiques idéologiques mondaines et ne jamais pouvoir s’en échapper. La réflexion sur l’importance du langage et de la communication s’est énormément développée dans les sociétés occidentales, mais cela a aussi conduit à un détachement des mots par rapport à la réalité et à une augmentation de leur artificialité. Aujourd’hui, la guerre se fait aussi de mots. La liberté d’expression a ses limites dans la vérité de l’expression, sans laquelle elle disparaît. C’est la tolérance qui devient intolérante, la «dictature du relativisme» dont a parlé Benoît XVI.
Parcourir la sainte sabana.
Le cardinal Repole a présenté au Pape Léon XIV le projet conçu par l’Archidiocèse de Turin pour le Jubilé et qui permet de «voyager» l’image du Suaire depuis n’importe quel appareil électronique et depuis n’importe quelle partie du monde. Léon XIV a été le premier à entrer dans Avvolti. Sera possible de se connecter au programme depuis www.avvolti.org et le site web officiel www.sindone.org . Le programme permet de «parcourir» l’image du Saint Suaire sur son écran, en agrandissant les détails les plus significatifs (le Visage, la Couronne d’Épines, etc.). Chaque agrandissement est accompagné d’explications et de liens vers des passages de l’Évangile qui décrivent la Passion de Jésus.
Parolin et l’Europe.
«Religious contre le Vatican»
Documentaire de Lorena Luciano «Religious contre le Vatican» qui se concentre sur les abus subis par les religieuses dans l’Église Catholique aux mains de clercs masculins. Le film présente des témoignages et commentaires de plusieurs femmes engagées dans la sensibilisation aux abus du clergé dans l’Église Catholique. Parmi elles se trouvent les journalistes Federica Tourn et Lucetta Scaraffia, l’activiste Barbara Dorris et l’avocate Laura Sgrò. Mariska Hargitay, connue pour son rôle de la détective Olivia Benson dans la série NBC «Law & Order: Special Victims Unit», qui est la productrice exécutive. «Religious Contre le Vatican» présente Gloria Branciani, l’ex-religieuse qui a accusé publiquement le père Marko Rupnik, ex-jésuite, d’abus sexuels et spirituels. Les femmes ont exprimé leur frustration avec le système actuel d’enquête et de reddition de comptes et critiquent le processus actuel de l’Église qui célèbre «des procès pour abus ecclésiastiques» sans permettre à toutes les victimes de participer au processus. On parle du problème des «spectateurs», arguant que les catholiques devraient être plus attentifs à la manière dont les fidèles de l’Église peuvent devenir complices du camouflage des abus par leur ignorance et leur déni. Les femmes ont clairement indiqué qu’elles ne cherchent pas à détruire ni à affaiblir l’Église car «l’Église ne peut pas se sauver elle-même» en niant la douleur qu’elle a infligée.
La fin de Nuremberg.
Les puissances globales sapent le droit international établi depuis les procès de Nuremberg. Les États-Unis, la Russie et la Chine déploient leurs intérêts à travers une compétition géopolitique de plus en plus agressive. Un article de Aurelio Angelini nous aide à retracer les étapes du changement de scène. La crise du système issu des procès de Nuremberg traverse une période de déstabilisation structurelle, caractérisée par l’adoption de politiques unilatérales par les principales puissances mondiales. Le système économique global fait face à une contradiction physique fondamentale : aucune entité ne peut croître indéfiniment dans un système fermé. L’analyse de la situation actuelle permet d’esquisser trois scénarios possibles : De l’escalade : Continuation de la dynamique compétitive avec un risque croissant de confrontation directe entre puissances nucléaires. La militarisation de la compétition pour les ressources et l’érosion des normes internationales augmentent la probabilité d’accidents et d’erreurs de calcul. La fragmentation : cristallisation de sphères d’influence régionales séparées avec l’érosion totale des institutions multilatérales. Ce scénario conduirait à la fin de l’ordre international libéral et au retour à la logique de l’équilibre des puissances. Ou bien une recomposition : Négociation d’un nouvel ordre basé sur la distribution équitable des ressources, cela passe par la réforme des institutions internationales.
«Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est proche ; convertissez-vous et croyez à l’Évangile».
Bonne lecture.
