« !Passe-moi la balle ! —dit le joueur—. Je suis libre ! » Il reste quelques secondes avant la fin du match. Le joueur reçoit la balle, fixe intensément le panier, se prépare à sauter, serre fermement la balle, saute de toutes ses forces et tire avec grande précision. Les yeux de toute la fanatique se fixent sur la trajectoire de la balle qui se dirige directement pour marquer. La balle touche l’anneau, rebondit contre le cadre carré, revient en arrière, a la moitié de sa circonférence dans le panier. Tout est silencieux, tout est lent, tout est immobile, mais les yeux fixés sur la balle. La quiétude sonore est brisée par un seul son : le sifflet de l’arbitre. Ce qui allait être une célébration devient soudainement une incertitude amère. L’arbitre lève le bras et déclare que le point est invalide. La fanatique explose en cris de mécontentement, en questionnements agressifs, en pleurs de douleur car personne ne comprend ce qui s’est passé. L’équipe qui était à un moment de gagner le match court autour de l’arbitre en exigeant une explication immédiate de cet appel si invraisemblable. L’arbitre dit seulement : « Le point final a été annulé par décision supérieure ». Le directeur de l’équipe interpelle l’arbitre en démontrant la validité du point en ayant rempli chaque exigence conformément au règlement. La réponse de l’interrogé laisse tout le monde sans voix et perplexe par le niveau d’étonnement causé. La réponse fut directe : « C’était valide avant, mais juste maintenant, le critère du jeu a changé ».
Cette histoire allégorique est un exemple pertinent de ce qui est compris dans toute la chrétienté avec le thème si discuté de la communion ecclésiale. Sujet de transcendance causant des divisions, certaines nécessaires et d’autres sans sens, mais indéniable dans ses effets au sein des discussions qui se produisent dans différents contextes et situations au niveau ecclésial.
Être en communion
Notre Seigneur Jésus-Christ nous a ordonné de manière taxative l’obligation d’être en communion. Cela nous pouvons l’attester dans différentes sections des Saintes Écritures, comme Jean 15, 15 ; Romains 12, 10 ; Galates 5, 13. La communion est une caractéristique essentielle de la Sainte Mère Église ; sans communion, il est impossible que cette institution divinement créée existe. Voyons le Catéchisme majeur du Pape Saint Pie X en son numeral 157 : « L’Église véritable est UNE parce que ses enfants, de quelque temps et lieu que ce soit, sont unis entre eux dans une même foi, un même culte, une même loi et dans la participation aux mêmes sacrements sous une même tête visible, le Pontife Romain ». L’explication se présente avec une clarté conceptuelle diaphane, où l’on nous enseigne sur l’union, la connexion, les pièces qui composent la communion. Fixons l’attention sur la note qui distingue l’Église catholique de n’importe quel autre établissement étrange ; elle est UNE ; dans cette unicité, il doit y avoir des exigences concrètes, immuables, raisonnables et pérennes qui constituent la communion ecclésiale.
Les Pères de l’Église ont eu une lutte forte pour consolider non seulement le concept, mais les limites de cette vérité de foi. Saint Augustin enseigne ce qui suit dans son Sermon 96 : « Toute l’Église, tout le corps, tous ses membres, chacun selon la fonction propre qui lui est assignée, doivent suivre le Christ. Qu’elle le suive donc tout entière. Unique : Cette colombe, cette épouse rachetée et dotée du sang de l’Époux ». Il ressort de ses sages paroles la figure de la communion comme l’unité de chaque partie de l’Église dans sa respectueuse tâche ou fonction en Jésus-Christ. Une quantité immense de sang chrétien a été versé comme acte de suprême amour pour Dieu afin de confirmer et de renforcer la communion de l’Église. Prenons seulement l’exemple de saints martyrisés par les gréco et russo-schismatiques, qui semblent bien garder les mêmes ou similaires enseignements que l’Église catholique (chose profondément fausse et erronée), où ils ont forcé ces vaillants défenseurs de la foi à se joindre à leur Église ou à être vilement assassinés. Saint Josaphat en est l’exemple vivant.
Par le moyen de la communion entre les fidèles, entre ceux qui enseignent et ceux qui sont enseignés, on atteint la transmission de la foi comme Notre Seigneur Jésus-Christ l’a disposé par le moyen de son Église. Cette note de l’Église assure non seulement une structure solide, évidemment d’institution divine, elle garantit aussi la doctrine obligatoire à croire en tous les temps.
Corrompant et profitant
Cette note spectaculairement précieuse de la Sainte Église a été déformée, monopolisée et mise au service de la hiérarchie liée aux intérêts du monde révolutionnaire. Cela, comme une infinité d’autres trésors de notre foi, on doit lui appliquer la maxime corruptio optimi, pessima ; la corruption de ce qui est le meilleur est la pire. Techniquement, elle n’a pas été corrompue comme telle, mais plutôt elle a été relativisée à un critère ajusté totalement et pleinement aux idéaux révolutionnaires régents de toute la procédure générale au sein de la structure ecclésiale. Selon le diocèse, obtenir le petit sceau de être en communion reste à l’arbitraire de l’Ordinaire du lieu, lié non à un critère bref et simple avec des exigences objectives, mais à l’agenda ou au plan doctrinal déployé sur tout le territoire diocésain.
Pour mettre cela en mots encore plus simples : si le diocèse va main dans la main avec l’agenda synodal qui sent le soufre, pour être en supposée communion, cela va consister à accepter tout ce corps amalgamé de directives infiltrées et de prémisses provenant d’un monde néopaien. Si l’Ordinaire diocésain permet tout, tout, absolument tout, sauf la Tradition bimillénaire de l’Église, pour obtenir le bienplacito de l’autorité compétente, on va devoir fouler du pied boueux, en partie (ou en tout), ce qui constitue le cœur de notre foi. Si l’idéologie professée par le Prélat est une déjà précédemment condamnée à maintes reprises par le Magistère pérenne du Corps Mystique du Christ, sûrement aller avec le doigt accusateur devant le susdit pour à son tour solliciter le susdit permis pour être en bons termes avec la hiérarchie, nous savons très bien quelle va être la réaction. Pour le résumer au cas où cela n’aurait pas été clair : au son de la musique imposée par la hiérarchie, tous doivent danser.
Le monde à l’envers. Déterminer qui est en bons termes avec l’Église et qui ne l’est pas reste à la disposition d’un simple trait de plume d’une seule personne viciée par des pensées, idées, doctrines éloignées du Dépôt de la Foi, ou entre les mains d’une petite commission composée habituellement d’un groupe de personnes aussi affines à la vérité professée par le Christ que l’a été le Sanhédrin en son temps. Ils ont converti cette note de l’Église en une sorte d’arme, un mécanisme de coercition, un moyen de tordre le bras et de contrôle psychologique envers les fidèles pieux qui désirent faire quelque chose de naturel pour un catholique, qui est d’être en communion visible avec l’autorité compétente.
Il n’est pas du tout rare que le président du diocèse réponde — quand arrive le miracle qu’il daigne répondre — que pour obtenir le permis, l’aval, le bienplacito ou le sceau de visa bon, il va falloir se conformer (utilisant un euphémisme fréquemment employé par les mêmes) au Credo inventé sur le site recurré. Tout comme dans n’importe quelle entreprise, les valeurs primordiales présentent des variations entre différentes organisations ; la même occurrence se produit dans les structures où l’on devrait réaffirmer la foi de toujours par le moyen d’un critère objectif immuable.
Il semble être, basé sur des faits notoires et un comportement répété, que la mesure pour mesurer la communion ou à qui oui et à qui non on doit donner des permis et des concessions, se traite dans un petit jeu coquet de qui-se-rapproche-le-plus-de-l’évêque. Cette mesure est très curieuse pour être totalement subjective et confortable pour qui a l’autorité. On accumule ces points de communion par le moyen de combien de fois on se réunit avec l’Ordinaire du lieu, combien de sourires on échange, la quantité de cadeaux qu’on offre, la fréquence à se prendre en photo ensemble, le montant mis sur un chèque, entre autres formes gracieuses pour être couronné comme le plus grand gagnant de la communion ecclésiale. Paraphrasant ce qui a été dit jocosement par le Dr. Taylor Marshall, interviewant M. Kennedy Hall, la forme spécialissime pour construire le maximum niveau de communion interne est par le moyen de l’ étreinte d’ours pendant le salut de la paix dans le Novus Ordo Missae. Bien sûr, c’en est une ! L’apothéose de la communion avec la hiérarchie : Pouvoir se donner l’ étreinte forte et longue avec le régent diocésain !
Pour entrevoir mieux les choses, en l’année 2022, le cardinal Blaise Cupich de Chicago a expulsé l’Institut Christ Roi Souverain Prêtre d’un sanctuaire (construit par eux-mêmes et au titre du groupe sacerdotal) pour ne pas avoir accepté les conditions prétendues par le prélat. Conditions qui violent même directement contre les statuts de l’institut en question. Les vaillants Rédemptoristes Transalpins ont été sévèrement marginalisés il y a quelques mois pour avoir dit les choses comme elles sont et s’être maintenus fidèles à la Tradition de l’Église. L’évêque du diocèse où ils ont leur chapitre général a initié des enquêtes, émis des sanctions et proclamé la guerre contre ces humbles prêtres. Dans les deux situations, nous ne voyons pas ces associations proclamer et promouvoir des atrocités qui attentent contre la foi de deux mille ans, ni on contemple une rupture avec les éléments objectifs pour être considérés comme partie de l’Église. De manière franche et sans ambages, ils n’étaient pas en consonance avec ce qui est considéré comme bon dans leur respectif lieu.
Éviter le jeu
Qui comprend ce jeu qui s’est imposé ? Franchement, personne car il est relatif d’un lieu à l’autre. La clé est de garder le Dépôt de la Foi comme bien l’ordonnent les Saintes Écritures. C’est là que réside le premier et principal devoir. Que se passe-t-il si l’autorité, qui devrait être la pionnière dans cette tâche, impose ou dicte des conditions qui violent l’intégrité de la foi ? Réponse simple : avancer et se maintenir fermes. Au fond de ce jeu changeant de redéfinir de manière évolutive la communion ecclésiale, émerge ce qui est prétendu : il s’agit de forcer la Révolution actuelle dans la fidélité. Le point de cet agir est d’obliger, en échange de miettes rances, l’acceptation des préceptes de la narrative officielle.
Déifier l’aval hiérarchique ne consiste pas en un acte vertueux, mais en la levée du drapeau de la capitulation. On échange la perle de l’Évangile contre l’étreinte de l’évêque ; on antepose l’applaudissement du conseil diocésain en contrepartie des douces paroles du Christ dans sa Révélation ; on préfère être accompagnés au milieu de la confusion et de l’erreur plutôt que d’être apparemment seuls, mais avec le guide réconfortant de la vérité.
Mgr Schneider, dans sa prière pour le triomphe de la foi catholique, faisant directe référence à plusieurs saints, dit ce qui suit : « Accorde-nous la grâce d’être décidés à souffrir mille morts pour un seul article du Credo ». Dans cette prière, nous demandons à Dieu de nous accorder toutes les grâces nécessaires pour résister à la coercition autoritaire qui conditionne la communion ecclésiale visible. Il est nécessaire d’éviter ce jeu grossier à tout prix. La communion de foi, la communion des sacrements, la communion hiérarchique ; en ces uniques éléments consiste la communion ecclésiale, rien de plus. Ceci n’est pas un prix à être adjugé par l’évêque à ses amis dans les idées ; c’est une réalité surnaturelle qui manifeste notre union avec la Santissime Trinité.