Les sept dernières paroles du Christ

Les sept dernières paroles du Christ
Calvary by Abraham Janssens, c. 1620 [Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, France]

Par le Vén. Archevêque Fulton J. Sheen

Il semble être un fait de la psychologie humaine que, lorsque la mort approche, le cœur humain dirige ses paroles d’amour vers ceux qu’il considère comme les plus proches et les plus chers. Il n’y a aucune raison de soupçonner que cela soit différent dans le cas du Cœur des cœurs.

S’Il a parlé dans un ordre progressif à ceux qu’Il aimait le plus, alors nous pouvons nous attendre à trouver dans ses trois premières paroles l’ordre de son amour et de son affection. Ses premières paroles se sont adressées aux ennemis : « Père, pardonne-leur » ; les secondes, aux pécheurs : « Aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis », et les troisièmes, aux saints : « Femme, voici ton fils ». Ennemis, pécheurs et saints : tel est l’ordre de l’Amour et de la Considération Divins.

La foule attendait avec impatience sa première parole. Les bourreaux s’attendaient à ce qu’il crie, car tous ceux qui avaient été cloués sur le gibet de la Croix l’avaient fait avant Lui. Sénèque nous dit que les crucifiés maudissaient le jour de leur naissance, les bourreaux, leurs mères, et même crachaient sur ceux qui les regardaient. Cicéron relate que, parfois, il était nécessaire de couper la langue des crucifiés pour arrêter leurs terribles blasphèmes. C’est pourquoi les bourreaux attendaient un cri, mais pas le type de cri qu’ils ont entendu.

Les scribes et les pharisiens attendaient aussi un cri, et ils étaient très sûrs que Celui qui avait prêché « Aimez vos ennemis » et « Faites du bien à ceux qui vous haïssent », oublierait maintenant cet Évangile face à la perforation des pieds et des mains. Ils sentaient que les douleurs atroces et agonisantes disperseraient au vent toute résolution qu’Il aurait prise de maintenir les apparences.

Tous attendaient un cri, mais personne, à l’exception des trois au pied de la Croix, n’attendait le cri qu’ils ont vraiment entendu. Comme certains arbres parfumés qui baignent de parfum la hache même qui les coupe, le grand Cœur sur l’Arbre de l’Amour a déversé de ses profondeurs quelque chose qui fut moins un cri qu’une prière : la douce, sucrée et basse prière de pardon et de clémence. . . .

Les deux paroles suivantes, la quatrième et la cinquième, révèlent les souffrances de l’Homme-Dieu sur la Croix. La quatrième parole symbolise les souffrances de l’homme abandonné par Dieu ; la cinquième parole, les souffrances de Dieu abandonné par l’homme. . . . Lorsque Notre Bienheureux Seigneur prononça cette quatrième parole depuis la Croix, l’obscurité couvrit la terre.

Vraiment, tout était ténèbres ! Il avait confié sa Mère et son disciple bien-aimé, et maintenant Dieu semblait l’abandonner. « Eli, Eli, lamma sabacthani ? » « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? ». C’est un cri dans la mystérieuse langue hébraïque pour exprimer le tremendo mystère d’un Dieu « abandonné » par Dieu. Le Fils appelle son Père, Dieu. Quel contraste avec la prière qu’Il avait autrefois enseignée : « Notre Père, qui es aux cieux » ! D’une manière étrange et mystérieuse, sa nature humaine semble séparée de son Père Céleste et pourtant non séparée, car sinon comment pourrait-Il clamer : « Mon Dieu, mon Dieu » ?

Il expia, avant tout, pour les athées, pour ceux qui, en ce midi obscur, croyaient à moitié en Dieu, comme même maintenant, dans la nuit, ils croient à moitié en Lui. Il expia aussi pour ceux qui connaissent Dieu mais vivent comme s’ils n’avaient jamais entendu son nom ; pour ceux dont les cœurs sont comme des chemins où l’amour de Dieu tombe seulement pour être piétiné par le monde ; pour ceux dont les cœurs sont comme des rochers où la semence de l’amour de Dieu tombe seulement pour être rapidement oubliée ; pour ceux dont les cœurs sont comme des épines où l’amour de Dieu descend seulement pour être étouffé par les soucis du monde.

Ce fut une expiation pour tous ceux qui ont eu la foi et l’ont perdue ; pour tous ceux qui furent autrefois saints et sont maintenant pécheurs. Ce fut l’Acte Divin de Rédemption pour tout abandon de Dieu, en ce moment où Il fut oublié.

[La cinquième parole] est la plus brève des sept clameurs. Bien qu’elle consiste en deux mots dans notre langue, dans l’original elle n’en est qu’un seul. . . . Lui, l’Homme-Dieu, qui lança les étoiles dans leurs orbites et les sphères dans l’espace, qui « fit tourner la terre comme un joyau à son poignet », dont les extrémités des doigts firent jaillir des planètes et des mondes, qui aurait pu dire : « À moi la mer et avec elle les ruisseaux de mille vallées et les cataractes de mille collines », demande maintenant à l’homme — l’homme, une pièce de sa propre artisanat — de l’aider. Il demande à boire à l’homme !

Pas une gorgée d’eau terrestre, ce n’est pas cela qu’Il voulait dire, mais une gorgée d’amour. « J’ai soif » — d’amour ! La parole précédente fut une révélation des souffrances d’un homme sans Dieu ; cette parole fut une révélation des souffrances d’un Dieu sans l’homme.

Le Père Céleste, dans sa divine miséricorde, voulut restaurer l’homme à sa gloire primitive. Pour que le portrait puisse à nouveau être fidèle à l’Original, Dieu voulut envoyer sur terre son Divin Fils, selon l’image duquel l’homme fut fait, afin que la terre puisse voir une fois de plus le type d’homme que Dieu voulait que nous soyons. Dans l’accomplissement de cette tâche, seule la Divine Omnipotence pouvait utiliser les éléments de la défaite comme éléments de victoire.

Maintenant la bataille était terminée. Pendant les trois dernières heures, Il s’était occupé des choses de son Père. L’artiste avait donné le dernier coup de pinceau à son chef-d’œuvre et, avec la joie du fort, prononça [la sixième parole], le chant du triomphe : « Tout est consommé ».

Son œuvre est terminée, mais la nôtre l’est-elle ? Il appartient à Dieu d’utiliser cette parole, mais pas à nous. L’œuvre d’acquérir la vie divine pour l’homme est terminée, mais pas sa distribution. Il a terminé la tâche de remplir le réservoir de la vie sacramentelle du Calvaire, mais l’œuvre de laisser inonder nos âmes n’est pas encore terminée. Il a terminé les fondations ; nous devons bâtir dessus.

Sa septième et dernière parole est une parole de perspective : « Je remets mon Esprit ». La sixième parole regardait vers l’homme ; la septième parole regardait vers Dieu. La sixième parole fut un adieu à la terre ; la septième, son entrée au Ciel. Ainsi que ces grands planètes ne complètent leur orbite et ne reviennent à leur point de départ qu’après beaucoup de temps, comme pour saluer Celui qui les a mis en route, ainsi Lui, qui était venu du Ciel, ayant terminé son œuvre et complété son orbite, retourne maintenant au Père pour saluer Celui qui L’a envoyé à la grande œuvre de la rédemption du monde : « Père, en tes mains je remets mon esprit ».

Pendant ce temps, Marie reste au pied de la Croix. Bientôt, le nouveau Abel, assassiné par ses frères, sera descendu du gibet du salut et déposé sur les genoux de la nouvelle Ève. Ce sera la mort de la Mort !

Mais lorsque viendra le moment tragique, aux yeux voilés de larmes de Marie, il pourrait sembler que Bethléem soit revenu. La tête couronnée d’épines, qui n’eut pas où s’incliner dans la mort sauf sur l’oreiller de la Croix, pourrait, à travers la vision brouillée de Marie, sembler la tête qu’elle serra contre sa poitrine à Bethléem.

Ces yeux devant dont le pâissement même le soleil et la lune s’obscurcirent étaient pour elle les yeux qui regardaient vers le haut depuis une crèche de paille. Les pieds impuissants fixés avec des clous lui semblent à nouveau les pieds de l’enfant devant lesquels on jeta de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Les lèvres, maintenant sèches et rougies par le sang, semblent les lèvres rosées qui, autrefois à Bethléem, se nourrirent de l’Eucharistie de son corps. Les mains qui ne peuvent plus rien tenir que une blessure semblent, à nouveau, les mains du bébé qui n’étaient pas assez longues pour toucher les énormes têtes du bétail.

L’étreinte au pied de la Croix semble l’étreinte près de la crèche. En cette triste heure de la mort, qui fait toujours penser à la naissance, Marie peut sentir que Bethléem est en train de revenir.


Ces passages sont des extraits de The Seven Last Words & Life of Christ de Fulton J. Sheen, qui sera béatifié à Saint-Louis, Missouri, le 24 septembre 2026.

À propos de l’auteur

Le Vén. Fulton John Sheen est né à El Paso, Illinois, le 8 mai 1895. Il a fréquenté le Séminaire Saint Paul au Minnesota et a été ordonné en 1919. Après des études supplémentaires à l’Université Catholique, il a obtenu un doctorat en philosophie à l’Université Catholique de Louvain, en Belgique. En 1930, Mgr Sheen a commencé une émission de radio le dimanche soir, « The Catholic Hour », et en 1951, l’évêque Sheen d’alors a lancé « Life Is Worth Living », qui est devenue l’une des émissions de télévision les plus regardées aux États-Unis et lui a valu un Emmy en 1952. Il a été élevé à la dignité d’archevêque par le Pape Paul VI en 1969. Il est décédé le 9 décembre 1979. Il a été déclaré Vénérable Serviteur de Dieu par le Pape Benoît XVI le 28 juillet 2012.

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