La semaine de la sainte et haute ambition

La semaine de la sainte et haute ambition
The Last Supper by James Tissot, c. 1890 [Brooklyn Museum, New York]

Par Joseph R. Wood

C’est la semaine où nous contemplons, plus que dans toute autre semaine, combien nous sommes aimés.

C’est la semaine où les paroles de l’Évangile de Jean, selon lesquelles il nous est « donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu », atteignent leur plénitude.

C’est la semaine où il nous est rendu possible d’avoir une grande âme.

Dieu est amour, affirme saint Jean. Lors de la Cène, le Christ nous dit à plusieurs reprises de l’aimer en connaissant ses commandements et en les accomplissant. Telle est la personne qui « m’aime, et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai et je me manifesterai à lui… Voici mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Cet appel emphatique à l’amour alors que le Christ se prépare à souffrir suit son enseignement après son entrée à Jérusalem. Interrogé sur quel est le plus grand commandement, il répond : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et le second est semblable à celui-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes ».

Le Christ est venu accomplir la loi en chacun de ses détails, la loi qui est amour.

Parmi les trois vertus théologales qui nous doivent être données par grâce — foi, espérance et amour —, saint Paul nous dit que l’amour est la plus grande.

Si Dieu est amour, et que les commandements fondamentaux sont l’amour de Dieu et des autres, alors tout péché doit être un échec à aimer bien, un amour absent ou mal dirigé qui flétrit notre âme.

Le Christ crucifié a vu chaque pécheur de toute l’histoire, et s’est fait chaque péché, chaque échec de tous les temps à aimer convenablement notre prochain — actes de vol, de meurtre, d’adultère, de mensonge, d’injustice envers les parents — et chaque échec à aimer Dieu comme nous avons été créés pour l’aimer.

Tous ces échecs dérivent du péché originel qui a séparé le divin et le surnaturel de l’humain et du naturel, séparant notre logos ou raison humaine du Logos lui-même.

Après cette catastrophe, mais sans la révélation divine, les philosophes ont raisonné sur ce que impliquerait une vie humaine excellente. Socrate, Platon et Aristote ont identifié les excellences de la prudence, de la justice, de la force et de la tempérance.

Ces habitudes permettent une vie bonne en termes humains ou naturels, et sont le résultat d’une raison droitement ordonnée. Les failles dans ces vertus dérivent de failles de la raison ou de la prudence, failles soit par ne pas connaître la réalité soit par ne pas agir conformément à elle. La prudence, écrit Josef Pieper, est la mère et le guide des trois autres vertus. Sans prudence, une personne ne peut être juste, ni courageuse, ni modérée.

Aristote a également décrit la vertu de la magnanimité, ou la grandeur d’âme. L’homme magnanime est insatisfait des accomplissements modestes. L’argent ne l’intéresse pas, mais surtout les « questions d’honneur et de déshonneur ». Il désire les plus hauts honneurs que sa communauté puisse offrir, parce qu’il les mérite justement par sa grande action.

Il sait qu’il est fait pour être grand.

Les philosophes se sont demandé ce qu’Aristote voulait dire, ou s’il parlait sérieusement, ou même s’il a vraiment écrit ces passages. Et Aristote lui-même est perplexe. « Car nous reprochons à la personne ambitieuse, en ce qu’elle aspire à obtenir plus qu’il ne lui est dû ». Nous considérons certaines personnes comme excessivement ambitieuses quand elles cherchent des honneurs plus grands que ce que leurs âmes méritent. « Nous reprochons à la personne dépourvue d’ambition, en ce qu’elle choisit de ne pas être honorée [même] pour ce qui est noble ». Elle s’annule elle-même de manière erronée.

Cependant, « parfois nous louons la personne ambitieuse pour être virile et amante du noble, et nous louons la personne sans ambition comme mesurée et modérée ». Aristote semble conclure que notre discours et notre opinion sur l’ambition sont confus. Nous devons désirer de grandes choses dans la proportion adéquate à la grandeur de nos âmes, mais nous ne parvenons pas à rendre nos louanges et nos reproches sur cette grandeur cohérents et clairs.

Mon curé, le P. Paul Scalia, a récemment prêché sur la « sainte ambition », deux mots dont l’association pourrait nous sembler aussi confuse qu’à Aristote. Il se référait, je crois, au fait que nous sommes censés être ambitieux d’une véritable grandeur d’âme.

La personne d’âme véritablement grande, affirme Aristote, « serait la meilleure… et digne des choses les plus grandes. Il… doit être bon, et ce qui est grand en chaque vertu semblerait appartenir à l’homme de grande âme ». L’homme magnanime possède toutes les excellences humaines de prudence, de justice, de force et de tempérance. Mais cela ne suffit pas pour la sainte ambition.

La confusion sur l’ambition se résout cette semaine, quand les vertus surnaturelles et naturelles — l’amour divin et la prudence humaine comprise par la raison — se réconcilient comme Dieu et homme. Cela n’arrive qu’avec un acte d’amour, un acte d’un amour si grand que seul Dieu pourrait le réaliser.

Josef Pieper écrit que le christianisme clarifie la «prééminence de la charité sur la prudence… C’est un événement insondable de toute manière naturelle… Toutes nos œuvres sont élevées par la charité à un plan qui autrement serait inaccessible et totalement hors de portée ». Ainsi, nous pourrions pardonner à Aristote sa confusion.

La souffrance du Christ ouvre la voie pour que nous exercions notre pouvoir de devenir enfants de Dieu, par l’amour. Sa souffrance rend concevable que nous vivions sur ce plan supérieur, que nous vivions, comme le dit saint Charles de Foucauld, « seulement dans la pensée de l’amour de Dieu… dans les hauteurs ». Vivre les espoirs des Béatitudes, où l’humilité est la clé de la grandeur.

C’est la semaine pour la grandeur d’âme, pour notre déification (theosis) dont parlent les Églises orientales, pour être aussi divins que nous sommes destinés à l’être. Un temps, comme le dit saint John Henry Newman sur la noblesse de notre foi, pour avoir le cœur d’oser quelque chose.

La Semaine sainte est la semaine de la sainte et haute ambition.

À propos de l’auteur

Joseph Wood est professeur adjoint affilié à l’École de philosophie de l’Université catholique d’Amérique. Il est un philosophe pèlerin et un ermite accessible.

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