«La réalité la plus profonde de l’événement le plus grand jamais survenu»

«La réalité la plus profonde de l’événement le plus grand jamais survenu»
Annunciation (detail from the Merode Altarpiece Triptych, center panel*) by Robert Campin, c. 1427–32 [The MET Cloisters, New York]

Par Matthew Walz

Pour le Carême de cette année, je me suis proposé de prier l’Angélus le matin, à midi et le soir ; une pratique qui, bien sûr, fait partie depuis longtemps de la piété catholique. Dans ma vie adulte, j’ai eu des hauts et des bas dans l’observance de cette pratique, et cette année je voulais y remédier. (S’il vous plaît, ne demandez pas comment ça se passe jusqu’à présent !).

Je me suis inspiré pour prendre cette résolution dans un passage de Don et mystère de saint Jean-Paul II, qu’il a publié pour le cinquantième anniversaire de son ordination. Ce petit livre dense raconte l’« histoire vocationnelle » de JPII.

Pour un homme qui a choisi « Totus Tuus » comme devise épiscopale, il n’est pas surprenant que Marie ait joué un rôle influent dans cette histoire. Il semble que, dès très tôt dans sa vie, Karol Wojtyla priait l’Angélus trois fois par jour. En fait, pendant qu’il travaillait à la carrière de pierre en tant que jeune homme, Karol faisait une pause à midi, posait ce qu’il portait et priait silencieusement l’Angélus ; une image que ses collègues trouvaient admirable, mais aussi un peu amusante. Tel est le destin d’un fou de Marie !

En apprenant davantage sur Marie et en se consacrant ensuite à elle (sous la direction de saint Louis-Marie Grignion de Montfort), le jeune Karol « est arrivé à comprendre pourquoi l’Église prie l’Angélus trois fois par jour ». Les « puissantes paroles » de cette prière, écrit-il, « expriment la réalité la plus profonde de l’événement le plus grand qui ait jamais eu lieu dans toute l’histoire ».

C’est une affirmation percutante, sans doute, et pourtant quelle déclaration puissante ! Surtout en cette Solennité de l’Annonciation, une fête que nous pourrions surnommer le « Jour de l’Angélus ». Sa description de l’Angélus met en lumière ce qu’il y a de si significatif, et en même temps de si caché, dans l’événement que nous célébrons aujourd’hui.

Aujourd’hui, nous célébrons l’annonce de Gabriel à Marie qu’elle concevra dans son sein et donnera naissance à un fils, qu’elle appellera Jésus (Luc 1, 31). L’annonce de Gabriel est, en fait, une proposition, car Marie reste libre d’accepter la déclaration future de Gabriel comme son propre avenir… ou non.

Dans une homélie connue, saint Bernard de Clairvaux, un autre dévot de Marie, capture le drame de ce moment de manière magnifique :

Tu as entendu, Vierge, que tu concevras et donneras naissance à un fils ; tu as entendu que ce ne sera pas par l’œuvre d’un homme, mais par l’Esprit Saint. L’ange attend une réponse ; il est temps qu’il retourne vers Dieu qui l’a envoyé. Nous aussi, Madame, nous attendons cette parole de compassion ; la sentence de condamnation pèse lourdement sur nous.

Bernard nous introduit dans la grandeur de ce moment. Il perçoit dans ce moment de l’Angélus ce que Jean-Paul lui-même décrit : « la réalité la plus profonde de l’événement le plus grand qui ait jamais eu lieu dans toute l’histoire ». C’est le point d’inflexion, et nous, qui nous tenons là avec Gabriel, attendons aussi la réponse de Marie.

En fait, mes propres tentatives cuarlentales de réciter l’Angélus trois fois par jour ont gravé en moi la description que Jean-Paul fait de ce moment, qui contient deux affirmations implicites et fondamentales qui devraient imprégner l’esprit de chaque croyant chrétien quotidiennement, et surtout aujourd’hui.

La première affirmation est que le moment de l’Annonciation est, en fait, l’événement le plus grand de toute l’histoire. Toute l’histoire pivote autour de cet événement, autour de la décision de Marie et de ce qui en résulte, à savoir la conception absolument cachée et mystérieuse de Jésus-Christ dans son sein.

C’est le moment de l’Incarnation qui transforme le monde, de la Parole de Dieu faite chair. Et Verbum caro factum est, et habitavit in nobis. Toute l’histoire jusqu’à ce moment l’avait anticipé, et toute l’histoire subséquente l’a déployé et continuera de déployer sa réalité et sa signification. Et au centre de tout cela se trouve l’Annonciation de Gabriel et l’accueil de Marie.

La seconde affirmation est, d’une certaine manière, encore plus mystérieuse : que l’Angélus capture la réalité la plus profonde de cet événement le plus grand de l’histoire. Le drame ultime de l’Annonciation gît caché dans l’intériorité personnelle de Marie, dans son cœur, dans son exercice délibéré et conscient de la liberté en réponse à la proposition de Dieu.

La Vision de saint Bernard (ou l’Apparition de la Vierge à saint Bernard) par Filippino Lippi, 1485-1487 [Badìa Fiorentina, Florence, Italie ]

En fait, lorsque nous retirons tout ce qui a conduit à ce moment, ainsi que tout ce qui s’est développé après, au cœur se trouve une jeune femme en conversation avec Dieu au plus profond de sa conscience, et dans ce sanctuaire intérieur elle décide librement d’entreprendre ce que Dieu a proposé, et de participer ainsi à Sa recréation de toutes choses.

Très appropriément, alors, elle répond : « Fiat ! ». Cet échange, le plus intérieur entre une créature et son Dieu, donne naissance à l’événement le plus grand de toute l’histoire : l’Incarnation ; telle est la « réalité la plus profonde », l’actualité la plus cachée, de cet événement qui transforme le monde.

Nous devons nous le rappeler quotidiennement. Nous devons nous rappeler que la réalité la plus profonde de l’histoire ne réside pas dans les événements bruyants et les actions criardes qui constituent toutes les nouvelles, vraies ou fausses, qui sont publiées. La réalité la plus profonde de l’histoire réside, jour après jour, dans les mouvements des cœurs d’êtres humains uniques qui se tiennent devant Dieu dans le sanctuaire de leur conscience, choisissant librement de collaborer avec ses propositions… ou non.

De cette manière, nous aussi pouvons participer à l’Annonciation, à la volonté de donner chair à Christ dans le monde, dans chaque décision consciente que nous prenons, peu importe qu’elle soit grande ou petite. Telle est la leçon de l’Angélus ; telle est la leçon de la solennité d’aujourd’hui.

Le vrai drame de chacune de nos vies habite en nous, et concerne si nous acceptons librement et consciemment de concevoir dans nos cœurs la réalité de Jésus-Christ… ou non.

Il semble très approprié, alors, que presque tous les ans la Solennité de l’Annonciation (le « Jour de l’Angélus ») nous arrive pendant le Carême, pendant cette saison de l’année, au début redoutée mais finalement accueillie, au cours de laquelle, par le jeûne, la prière et l’aumône, on nous rappelle l’essentiel de toute l’histoire et la réalité la plus profonde de nos propres vies.

* Le Retable de Mérode

À propos de l’auteur

Matthew Walz commencera à exercer les fonctions de président du Thomas More College à New Hampshire le prochain septembre. Il est actuellement professeur associé de philosophie et directeur des programmes de philosophie et de lettres et de pré-théologie à l’Université de Dallas. Il sert également comme directeur de la formation intellectuelle au Séminaire Holy Trinity. Cette année, il est professeur invité de philosophie à l’Augustine Institute et occupe la chaire Newman d’études catholiques au Thomas More College. Lui et sa belle épouse, Teresa, ont été bénis avec huit enfants.

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