Par le P. Thomas G. Weinandy
Comme beaucoup de personnes il y a des années, quand j’étais enfant, mon frère et moi, avec notre père, nous priions toujours dans nos « prières du soir » la prière traditionnelle à nos anges gardiens : « Ange de Dieu, mon cher gardien à qui l’amour de Dieu me confie ici, reste ce jour (ou cette nuit) à mes côtés, pour éclairer et garder, pour régir et guider. Amen ».
Je demande encore à mon ange gardien, le soir quand je vais me coucher et, le matin, quand je me lève, de veiller sur moi et de me protéger. De plus, avant d’écrire, je demande toujours à mon ange gardien de me donner de la clarté de pensée et d’expression et de me murmurer les mots appropriés à l’oreille. Parfois, quand je m’efforce de trouver le mot juste, il place exactement le terme précis dans mon esprit.
Les prières à son propre ange gardien ont un fondement biblique :
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Dieu instruit Moïse, tandis que les Israélites partent vers la Terre Promise : « Voici que j’envoie un ange devant toi, pour te garder sur le chemin et te faire entrer dans le lieu que j’ai préparé. Aie du respect en sa présence et écoute sa voix » (Exode 23, 20-21).
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Le Psaume 91, 11 affirme qu’il ne faut pas craindre, « car il (Dieu) donnera des ordres à ses anges à ton sujet, pour qu’ils te gardent sur toutes tes routes ».
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Jésus lui-même affirme que nous ne devons pas mépriser les petits, « car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient toujours le visage de mon Père qui est aux cieux » (Matthieu 18, 10).
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Dans les Actes des Apôtres, quand Pierre s’échappe de la prison et frappe à la porte où les fidèles étaient réunis, ses frères pensent par erreur : « C’est son ange ! » (Actes 12, 13-15).
Bien que la plupart d’entre nous ne verrons jamais nos anges gardiens, de nombreux saints l’ont fait. Le Père Pio conversait fréquemment avec son ange gardien, qui le défendait des attaques démoniaques. Gemma Galgani était en contact quotidien avec son ange gardien, qui l’enseignait, la protégeait et la corrigeait. Sœur Faustine Kowalska parlait de son ange gardien l’accompagnant dans ses voyages. Elle le voyait aussi quand elle était plongée en prière, lui demandant souvent de prier pour les mourants.
L’objectif des exemples précédents n’est pas de dire qu’il faut être un « saint » pour parler à son ange gardien ou le contempler. Il s’agit plutôt d’illustrer que nous aussi pouvons converser avec lui et avoir l’assurance de la présence protectrice et guidante de notre ange gardien.
De plus, nous devons dissiper la notion romantique et « tendre » selon laquelle les anges gardiens ne sont pertinents que pour les enfants vulnérables. Les adultes ont autant besoin de leurs anges gardiens — peut-être même plus —, car leurs tentations et leurs affaires sont souvent de nature plus sérieuse.
Nos anges gardiens sont donc présents pour nous fortifier, nous encourager et nous guider dans l’accomplissement de nos vocations respectives, que ce soit dans l’état de célibat, de mariage, de vie religieuse ou sacerdotale. Les rejeter comme quelque chose de convenable seulement pour ce qui est enfantin nous met en danger.
La question suivante a été posée : après la mort, nos anges gardiens cessent-ils d’être avec nous une fois que nous entrons au Ciel ? Évidemment, nous n’avons plus besoin d’être protégés. Se « recyclent-ils » alors pour quelqu’un de récemment conçu ?
Selon la tradition catholique, nos anges gardiens restent avec nous même au Ciel et ensemble nous rendons louange et gloire à la Très Sainte Trinité : au Père céleste, qui est la source ultime de la vie ; à Jésus ressuscité, le Fils incarné du Père, qui est notre Sauveur et Seigneur aimant ; et à l’Esprit Saint, qui nous purifie du péché et nous rend saints.
Avec tous nos frères et sœurs en Christ, ainsi qu’avec nos anges gardiens respectifs, nous chanterons pour toujours un hymne glorieux de louange et d’action de grâce.
Ici, nous percevons la confluence de la liturgie terrestre et céleste. À la fin du Préface à la Messe, on dit ceci, ou quelque chose de similaire : « Et ainsi, avec les Anges et tous les Saints, nous déclarons ta gloire (celle du Père), tandis qu’à une seule voix nous acclamons : Saint, Saint, Saint est le Seigneur, Dieu de l’univers. Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire ».
Avec une seule voix, nos voix humaines terrestres, les voix célestes des saints et la cohorte des voix angéliques, tous ensemble nous déclarons que le Ciel et la terre sont remplis de la triple sainteté de Dieu.
Ainsi, en participant à la Messe, que ce soit dans une humble chapelle ou dans la grandeur d’une basilique ou d’une cathédrale, la terre s’unit à la liturgie angélique céleste, et la liturgie angélique céleste s’unit à la terre.
La Messe accomplit donc la vision céleste d’Isaïe : « J’ai vu le Seigneur assis sur un trône haut et élevé, et le bord de son manteau remplissait le temple. Au-dessus de lui se tenaient des séraphins… et ils se criaient les uns aux autres en disant : «Saint, saint, saint est le Seigneur des armées ; toute la terre est remplie de sa gloire» » (Isaïe 6, 1-3).
À la Messe, la terre est remplie de la gloire de Dieu. Nos églises sont « remplies à ras bord » d’anges et, pour cette raison, à l’unisson avec nos anges gardiens, nous nous unissons aux séraphins pour chanter cette proclamation trois fois sainte de la sainteté de la Trinité.
À la fin des Messes d’obsèques, juste avant de partir pour le cimetière, le prêtre prie : « À toi, Seigneur, nous recommandons l’âme de [nom], ton serviteur, en présence de tes saints et devant tes anges. Que les anges te conduisent au paradis ; que les martyrs viennent à ta rencontre et te mènent à la cité sainte, la nouvelle et éternelle Jérusalem ».
Notre ange gardien sera parmi les saints et les anges qui nous conduiront (nous l’espérons) à la nouvelle et éternelle Jérusalem céleste, se réjouissant de savoir qu’il a accompli la tâche que Dieu lui avait confiée : nous garder et nous guider jusqu’au paradis.
À propos de l’auteur :
Thomas G. Weinandy, OFM, écrivain prolifique et l’un des théologiens vivants les plus éminents, est un ancien membre de la Commission Théologique Internationale du Vatican. Son livre le plus récent est le troisième volume de Jesus Becoming Jesus: A Theological Interpretation of the Gospel of John: The Book of Glory and the Passion and Resurrection Narratives.