La Catholique (ex)Perplexe (CatExPer ci-après) va publier une série d’articles dans InfoVaticana sur la Renovación Carismática. Bien ! C’est un sujet passionnant et pertinent. Et très vaste.
Je vois qu’elle ne connaît pas le sujet de première main, et l’auteur auquel elle recourt, le Canadien Kennedy Hall (auteur de Charismania, 2024), ne le connaît pas beaucoup plus.
Hall dit dans son blog : « mon expérience dans la Renovación a vraiment été seulement un bref passage de deux ans environ ». Puis, Hall ajoute : « fin 2017, j’ai découvert la Tradition catholique à travers des sermons que j’ai trouvés sur Internet », et ailleurs il précise : « J’ai renoncé à être accepté dans le courant principal de l’apologétique ou de l’édition, et j’ai décidé de rejoindre les ‘déplorables’ de la FSSPX et du traditionalisme en général ». (C’était avant que la FSSPX dise qu’elle allait ordonner des évêques sans permission du Vicaire de Cristo).
La CatExPer cite un autre auteur qui en sait beaucoup plus que Hall sur la Renovación : moi.
Cela fait 25 ans que je suis dans la Renovación (dans différents groupes et villes) et autant que je suis journaliste spécialisé en Religion. Merci pour la confiance !
Je veux continuer à collaborer, parce que de jardins et de voitures je n’y connais rien, mais ce sujet, je le connais en détail et de près. Les lecteurs d’InfoVaticana le méritent. Bien qu’elle ait lié à un article à moi dans Aleteia, mon article original, plus complet bien qu’un peu daté maintenant, est dans ReligionEnLibertad.
J’avertis déjà le lecteur d’une chose : si vous êtes de ceux qui croient qu’il n’y a rien, rien, rien de bon dans l’Église depuis 1965 (quand s’est terminé le Concile Vatican II), vous pouvez arrêter de lire ici et faire quelque chose d’utile de votre temps.
Aussi si vous êtes de ceux qui croient qu’il n’y a rien de bon depuis 1789 (la Révolution française), 1700 (meurent les Habsbourg, arrivent les Bourbons), la Renaissance (ces innovateurs jésuites, cette imprimerie !) ou le gothique (cette Vierge blanche qui sourit !).
Ma thèse est que dans ces époques, comme dans la nôtre, croissent ensemble le blé et l’ivraie, comme l’a déjà dit Notre Seigneur. Attendez que les deux grandissent pour les distinguer bien : que le blé soit récolté et que l’ivraie soit brûlée. La RCC existe depuis 6 décennies : on peut déjà examiner la récolte. Je crois que dans la Renovación Carismática Catholique (RCC) 99 % est du blé et il y a 1 % d’ivraie ; le pourcentage est petit, mais comme c’est une réalité si grande, on peut rassembler pas mal d’anecdotes.
Je vais développer 10 idées.
1) La RCC est très grande, le « mouvement » le plus grand
Oui, la Renovación Carismática est très grande. La World Christian Database en 2020 calculait qu’il y avait 644 millions de chrétiens charismatiques et pentecôtistes de toutes les dénominations, la majorité en Afrique, en Hispano-Amérique et en Asie. Ils calculaient que les charismatiques catholiques seraient entre 120 et 170 millions. Le bureau Charis à Rome parle aussi de 120 millions.
Comparons avec le Chemin Néocatéchuménal, qui aurait 1 million de fidèles dans le monde entier. Ou même avec les élèves des 3 200 écoles jésuites (j’ajoute celles de Fe y Alegría et celles du Servicio Jesuita a Refugiados), qui sont 1,7 million d’enfants. Des réalités immenses… mais la Renovación est plus grande en nombre et en étendue.
À Jésus, Judas lui a mal tourné, 8 % de son collège apostolique. Et pourtant Judas vivait avec le Seigneur et voyait ses miracles ! Mais je ne vois pas que 8 % de la paroisse d’une paroisse ordinaire soit dysfonctionnelle. Oui, je vois 1 %, entre des excentriques, des fous ou directement des corrompus. Une grande paroisse, à laquelle assistent mille fidèles, par exemple, devrait surveiller ces 10 personnages étranges.
Eh bien, parmi 120 millions de catholiques charismatiques, on peut s’attendre à ce que 1 % soient problématiques : 1,2 million de problématiques. Normal : où il y a des gens, il y a des problèmes, s’il y a plus de gens, il y a plus de problèmes.
2) La RCC recueille des gens « bizarres », et elle fait bien
La Renovación Carismática est très accueillante, très aimable et particulièrement patiente avec les excentriques. Venez à moi, vous les fatigués et les accablés… et ceux à qui il arrive des choses bizarres. La RCC recueille des personnes inquiètes qui ont tourné en rond dans le reiki, l’ésotérisme et des endroits plus étranges. Elle recueille beaucoup de personnes endommagées dans leur famille, ou par des clercs narcissiques ou des chrétiens agressifs, peut-être il y a des décennies.
Elle accueille aussi des immigrés qui peuvent avoir des coutumes bizarres ou s’exprimer de manière plus émotionnelle que l’habitude à Zamora ou Soria. À tous, certains très éloignés de la foi, elle les reçoit dans ses groupes et les invite à la vie chrétienne. C’est bien, mais ce n’est pas le tranquille club de thé de Miss Marple.
3) Dans la RCC, vétérans et novices prient ensemble
Dans un groupe charismatique, la prière est spontanée, les gens disent à voix haute avec liberté ce qu’ils veulent, dans une certaine guidance. Il y a un ordre (accueil, louange, invocation de l’Esprit…) mais un novice ne le voit pas au premier abord. Ils prient ensemble, dans la même réunion, des vétérans qui ont beaucoup d’années de vie chrétienne et des personnes novices qui viennent d’arriver, très désorientées. Beaucoup portent des choses dans le cœur qu’ils n’ont pas pu exprimer pendant des décennies.
Ainsi, un visiteur peut voir une personne particulière dire des choses particulières.
Avec le temps, les chrétiens vétérans emmènent parfois les novices prendre un café et les encouragent fraternellement à améliorer leur vie. « Tu devrais laisser le reiki, ton amant et ce gang criminel dans lequel tu es, on t’aidera, Dieu t’aidera ». Ce qu’ils ne diront pas, c’est : « tant que tu ne laisses pas ces choses, tu ne peux pas venir à notre groupe ». Non, dans un groupe charismatique, on encourage tout le monde à venir. Même si tu es athée ou bouddhiste ! « Viens déjà, viens chaque semaine louer avec nous, tel que tu es maintenant, et loue Dieu, et Dieu ouvrira des chemins pour toi ». On ne devient pas chrétien parfait, et puis on loue. C’est l’inverse, on loue déjà Dieu, on demande l’Esprit Saint, et l’Esprit Saint fait son travail, il change le cœur de la personne.
4) La RCC n’est pas seulement grande, elle est aussi vétérane
Dans quelques mois, en février 2027, la Renovación Carismática Catholique (RCC) aura 60 ans. Les jeunes qui ont assisté à leur premier retraite en 1967 avec 22 ans auront 82 ans. La RCC a été examinée par saint Paul VI, saint Jean-Paul II, Benoît XVI, François et maintenant Léon XIV. Ce n’est pas une expérience moderne. Elle est née juste avant la Révolution sexuelle.
Elle est dans tous les pays et cultures, dans une infinité de langues, parmi des Norvégiens (peu) et des Africains (beaucoup), parmi des Basques, des Andalous, des Canariens, des Catalans, des Colombiens, des Philippins… Et elle a aidé beaucoup de personnes de beaucoup de traditions catholiques. Il y a des charismatiques dominicains, jésuites, capucins, religieuses…
Ce n’est plus une expérience bizarre : c’est une formule éprouvée avec plus de cent millions de catholiques. C’est une formule éprouvée encore et encore dans tout type d’environnements. Et elle fonctionne assez bien.
5) La RCC est ultra-décentralisée
En tant que journaliste spécialisé en Religion, le phénomène sectaire m’intéresse. Le fait est que comme la Renovación est super-méga-ultra décentralisée, elle n’a pas de fondateur ni de gourou ni rien de cela, elle est assez protégée contre le sectarisme. Assez, mais pas complètement.
C’est un courant comme, je ne sais pas, le romantisme. Ou l’électricité. Elle coule. Elle n’a pas de chef mondial.
Le pape François a essayé de mettre un peu plus de coordination en créant le bureau Charis à Rome, mais c’est un bureau avec six ou douze personnes généreuses, sous-financé, qui essaie de coordonner au niveau planétaire ou continental des mouvements, des plateformes de groupes, des écoles d’évangélisation, des communautés d’alliance et quelques autres choses, dans une multitude de langues, avec des leaders qui changent continuellement.
Les charismatiques de base connaissent leurs responsables de groupe, et parfois un responsable régional, mais ils ne savent généralement pas même comment s’appellent les responsables nationaux, qui de plus restent quatre ou cinq ans en poste. Pas par secret, c’est qu’ils ne les affectent pas beaucoup. La RCC est tout le contraire du culte du leader.
Dans les groupes charismatiques, on encourage à participer régulièrement, mais il n’y a aucun engagement ni vœu ni poursuite de quiconque s’il ne vient pas. On ne paie généralement aucune cotisation ni adhésion à rien. Vient qui veut.
De plus, dans les groupes il n’y a pas de ressources économiques ni de budgets. En Espagne, la grande rencontre nationale de la RCCE se finance chaque année à moitié par miracle, en passant la corbeille aux assistants.
Il n’y a pas de « paroisses de la Renovación » ni « écoles de la Renovación ». On dit souvent que l’Université Franciscaine de Steubenville est charismatique (ou tradismatique, parce qu’ils ont la messe traditionnelle et aussi byzantine), mais seulement parce qu’elle s’est « charismatisée » et qu’il y a beaucoup de groupes charismatiques là-bas. Parfois je me demande ce qui se passerait s’il y avait des écoles charismatiques, comme il y en a pour d’autres mouvements, ou pour les traditionalistes…
Comme les plateformes de groupes de la RCC n’ont pas d’argent ni d’infrastructures, elles n’attirent pas de corrompus ni d’escrocs. Et les normes établissent généralement un mandat bref par leader de groupe, maximum deux. Il n’y a presque pas de marge là pour un leadership sectaire. S’il y avait un petit chef sectaire dans un petit groupe, le petit groupe tendrait à s’auto-isoler et à se dissoudre, il ne se propagerait pas.
Il peut y avoir plus de danger si le petit chef local est un curé, un clerc qui attire les gens vers lui et non vers Jésus. Mais ce n’est pas un risque spécifique de la Renovación, mais du cléricalisme en général ou de l’inaction de son évêque. Ça peut arriver avec un curé non charismatique.
6) Un cas très spécifique : les communautés d’alliance
Les communautés d’alliance sont rarissimes et anecdotiques parmi les charismatiques espagnols, mais il semble que Kennedy Hall ait vécu une mauvaise expérience dans une communauté d’alliance aux USA. Il semble que les gens qui lui ont raconté de mauvaises expériences se référaient aussi à des communautés d’alliance, surtout dans les années 70 ou 80, quand c’étaient des réalités très novices, jeunes, enthousiastes et expérimentales.
Aux USA, quand tous les anti-républicains attaquaient la candidate à la Cour suprême Amy Coney Barrett pour être catholique pro-vie, ils ont commencé à parler de sa communauté d’alliance vétérane, People of Praise. Des centaines de journalistes de gauche bien financés ont cherché des scandales et n’ont trouvé que quelques personnes disant « j’ai essayé et ce n’était pas pour moi ».
Les communautés de louange ont généralement leur propre clergé et des consacrés. Les deux évêques conseillers du bureau international Charis sont l’un de l’Oregon, de People of Praise, et l’autre de France, de Chemin Neuf.
Les évêques espagnols disaient avec raison dans leur récente note sur l’émotivisme qu’il faut une foi avec des engagements et des responsabilités et de l’action et une maturité croissante dans la foi, avec service et générosité. Eh bien, les communautés d’alliance insistent précisément là-dessus, c’est que leurs membres s’engagent, se forment, paient des dîmes, font du volontariat, etc…
Mais avec les dîmes dans des communautés de certaine taille arrivent des ressources (argent, locaux, parfois des ONG) qui requièrent gestion et leadership et structures. Et par là, avec des chrétiens généreux et engagés, peuvent s’infiltrer des leaders corrompus ou narcissiques. Comme dans n’importe quelle paroisse peut arriver un prêtre corrompu ou narcissique ou un ludopathe qui dépense les fonds paroissiaux ! C’est censé être l’évêque qui supervise les communautés dans son diocèse. Ce n’est pas un problème spécifiquement charismatique.
7) Et qu’est-ce que je sais de la Renovación carismática ?
Je ne veux pas faire d’arguments « ad hominem » (contre les personnes), mais je veux signaler que quand je parle de la Renovación Carismática, je le fais avec beaucoup plus de connaissance que Catholique ExPerplexe et Kennedy Hall avec ses deux petites années.
Je n’utilise pas de pseudonyme, j’écris avec mon nom, et ça ne me dérange pas de dire d’où je parle. Je suis Pablo J. Ginés, j’ai 51 ans, on me paie comme journaliste depuis 1996, je suis de Barcelone, je vis à Madrid depuis 2008. J’ai assisté à la messe dominicale presque tous les dimanches de ma vie, sauf quelques oublis en cherchant des messes en voyage à l’étranger.
Vers 1997 j’ai commencé à lire plus sur la religion et l’apologétique. Ma petite amie s’est fait baptiser à 25 ans, et deux ans après, en 2000, nous nous sommes mariés. Je cherchais des choses qui l’aident à grandir dans sa foi de néophyte.
En 2001 nous sommes allés à une rencontre de jeunes catholiques, entre progressistes et dissidents : ils se consacraient seulement à critiquer l’Église. Quelle déception, quelle stérilité. La semaine suivante, un paroissien nous a invités à l’assemblée régionale de la Renovación Carismática. Prêchait Vicente Borragán, un dominicain avec qui je ne suis pas d’accord sur tout, mais il te faisait aimer la Bible ! Et la louange, et les psaumes. Chaque petit vieux dans cette assemblée était beaucoup plus joyeux, actif et plein de vie que tous les jeunes dissidents que j’avais vus la semaine avant.
Ainsi, en 2001 j’ai commencé à aller chaque semaine au groupe charismatique de ma paroisse de L’Hospitalet, Jesús Te Quiero. D’autres jours j’allais à d’autres groupes : à Amor de Dios (petits vieux d’une résidence) et à Betania (ils faisaient des chansons qui se chantent encore, venaient aussi des évangéliques). J’ai fait des retraites avec la Communauté de Emmanuel (à laquelle appartient l’évêque Dominique Rey, la plus grande des communautés charismatiques d’origine française) et avec Civitas Dei, une communauté avec des groupes en Colombie et au Costa Rica. Aussi à quelques-unes avec les groupes Ágape et Bonanova. J’ai reçu une formation d’évangélisation de Ministerios de María (avec siège en Arizona et soutien d’un évêque espagnol, missionnaire au Pérou). Et j’ai suivi la presse charismatique internationale, par Internet et en m’abonnant à quelques revues.
Depuis 2001 j’ai commencé à travailler comme journaliste sur des thèmes sociaux et religieux. J’ai 25 ans d’exploration de l’actualité de l’Église dans plusieurs langues et plusieurs pays.
En arrivant à Madrid j’ai été pendant quelques semaines au groupe Elohim (très connu dans la capitale) et après à la prière hebdomadaire avec Communauté Israel (avant à Coslada, maintenant à San Martín de la Vega). Sans être membre de cette communauté d’alliance, minuscule mais persévérante et joyeuse, je continue à prier avec eux presque chaque semaine, depuis presque 15 ans. À Boadilla j’ai assisté plusieurs semaines à des rencontres et prières avec Koinonía Juan Bautista.
J’ai collaboré à des Séminaires de Vie dans l’Esprit à Hospitalet, Barcelone, Madrid, Torrejón de Ardoz, Rivas, San Fernando de Henares et San Martín de la Vega. J’ai visité des groupes en plus à Alcalá et Manresa. Je regarde avec intérêt ce que fait la communauté Fe y Vida. À des rencontres à Toulon, à Londres et à Rome j’ai parlé avec des charismatiques de styles et pays différents. À Londres je me suis logé chez Sion Community, j’ai vu des guérisons à Cor et Lumen Christi et à HTB j’ai interviewé Nicky Gumbel. Mes enfants sont allés à des retraites pour enfants, adolescents et jeunes adultes avec la RCC d’Espagne. Et je collabore avec Nuevo Pentecostés, la revue de la Renovación Carismática (sans être payé), où arrivent des histoires et témoignages très édifiants.
En fin de compte : je connais le sujet de près, et aussi comme journaliste.
Quelqu’un peut dire : « Ginés, vous êtes trop impliqué pour faire un jugement équitable ».
Au contraire ! J’ai été dans beaucoup de groupes, aidant, servant ou apprenant, sans avoir jamais fait d’engagement de fidélité ni d’obéissance à personne. Dans tous avec grande liberté. J’ai une vision d’ensemble.
En tant que journaliste spécialisé j’ai connu beaucoup plus de réalités ecclésiales, je peux comparer. J’ai la suspicion que nous avons les journalistes : j’ai vu dans l’Église beaucoup de scandales de gens qui semblaient bons et je regarde les choses avec un sain scepticisme.
Ma part de sang aragonais et têtu tend à un certain anarchisme. Je n’aime pas qu’on me dise ce que je dois faire. Je suis rapide à détecter les donneurs d’ordres et le culte du leader. Et je sais aussi détecter cette complaisance de « notre petit groupe est super spécial et super bon »… surtout parmi ceux qui n’ont pas voyagé ni connu rien en dehors de leur petit groupe.
Et avec cela je dis que, sociologiquement, la Renovación Carismática est très saine et nécessaire. Je dis que s’il y a des dysfonctionnements dans tel ou tel groupe concret, c’est presque toujours parce que tel ou tel personnage concret a sauté des normes très basiques et que quelque évêque, ou curé, n’a pas rempli son devoir de surveillance et d’accompagnement.
La Renovación fonctionne très bien là où les prêtres accompagnent de près mais sans réclamer la vedette.
8) Sur la relation avec le monde évangélique
L’article de la pseudonyme Perplexe se demande si « la connexion avec les pentecôtistes protestants des charismatiques catholiques, qui est le fondement de leur spiritualité, n’est pas un problème ? » Et ensuite elle considère mauvais tout œcuménisme depuis 1965 et le Concile Vatican II.
J’ai déjà dit que qui ne voit rien de bon depuis 1965 ne valait pas la peine de continuer à lire.
Cela dit, pour la RCC l’œcuménisme (l’amitié sincère avec des chrétiens non catholiques, pour grandir en unité, et prier pour l’unité) est clé.
Les Espagnols, même les catholiques charismatiques, sont peu habitués à traiter avec des protestants. Mais dans d’autres pays les protestants sont vos voisins, collègues, amis, et souvent compagnons activistes pro-vie, contre la pauvreté, constructeurs de paix… c’est-à-dire des chrétiens qui aiment le Christ et la Parole. Et des personnes réelles, pas des abstractions internetières.
Les protestants se trompent sur une série de choses, comme les doctrines protestantes erronées de « Sola Fide » et « Sola Scriptura ». Mais cela ne signifie pas qu’ils se trompent sur tout. Ils ne se trompent pas à lire la Bible, à aimer le Christ, à chanter des Psaumes, à avertir du péché, à annoncer le kérygme, à aider les pauvres, etc… Tout cela est très bon.
J’ai lu, traduit et résumé des centaines de témoignages de protestants convertis au catholicisme : presque aucun ne venait d’un environnement sectaire. Presque tous disaient « je remercie les protestants qui m’ont enseigné la Parole, comment prier, la seigneurie du Christ, la fraternité chrétienne… »
9) Utiliser des choses qui existaient en dehors du catholicisme
La question est si on peut utiliser quelque chose qui à l’origine a eu une relation avec les protestants.
Ça me rappelle les ennemis du pape Sylvestre vers l’an mil : ils l’accusaient d’utiliser des chiffres mahométans, au lieu d’utiliser des chiffres chrétiens, c’est-à-dire les chiffres romains ! Le fait est que aujourd’hui nous utilisons tous ces chiffres arabes (qui en réalité ont été créés dans un environnement hindou). Et les chiffres romains étaient aussi païens !
« Mardi », « mercredi », « jeudi », sont des noms de dieux païens (Mars, Mercure, Jupiter)… Pouvons-nous utiliser ces mots païens qui invoquent des dieux sanguinaires ? Beaucoup de chrétiens sont morts sacrifiés à eux dans les jeux au Colisée.
Au XIXe siècle il y a eu des maisons entières de congrégations féminines anglicanes (la Society of St Margaret, les Anglican Sisters of Charity) qui sont devenues catholiques. En 2009 Benoît XVI a créé les ordinariats anglicans-catholiques, pour ex-anglicans, qui maintiennent des coutumes et liturgie d’origine anglicane. Origine protestante de communautés qui persistent comme catholiques.
Il y a aussi eu des couvents entiers d’Églises orientales (syriaques, etc…) qui sont devenus catholiques, en maintenant leur liturgie, coutumes, etc…
Quand on devient catholique, on est catholique ! Et la Renovación Carismática Catholique, elle est catholique !
Si un protestant a inventé l’ampoule électrique et la sonorisation, les catholiques doivent-ils cesser d’utiliser ces outils parce que ce sont des « choses protestantes » ? Il est évident qu’ils peuvent les utiliser, même dans la liturgie, bien que la Tradition n’ait jamais dit « vous utiliserez l’électricité dans le culte ».
Les catéchismes de question-réponse, pour mémoriser la doctrine, sont une invention luthérienne du XVIe siècle ! L’a inventé le luthérien Johannes Brenz en 1527, et Luther ensuite en a fait un pour enfants et un pour adultes en 1529, et Calvin un autre en 1541 à Genève. Il est lié à l’imprimerie, à la facilité de le faire arriver aux laïcs.
Quand les protestants avaient 30 ans d’utilisation de catéchismes à mémoriser avec question-réponse, est apparu le premier catéchisme catholique, de saint Pierre Canisius, Summarium christianae doctrinae (1555). C’était jésuite, c’est un docteur de l’Église et on le connaît comme « le saint du Catéchisme ». On le réprimande, lui, Astete et Ripalda, pour avoir utilisé une « méthode protestante » ?
Maintenant dans beaucoup de paroisses espagnoles on allume la Couronne de l’Avent. C’est un signe incorporé récemment qui vient des églises luthériennes scandinaves, les plus liturgiques.
Un autre exemple qui affecte des millions : le système pédagogique des Boy Scouts, pour adolescents, a été lancé en 1908 par l’anglican Lord Baden-Powell. L’Église catholique n’a pas dit « c’est des protestants ». Bon, certains grognons oui au début. Mais le Vénérable Jacques Sevin (jésuite, ses vertus héroïques sont déjà reconnues) est allé en 1913 en Angleterre pour rencontrer en personne Baden-Powell, prendre note, « examiner tout et garder le bon ». Vers 1918 il a écrit Le scoutisme, étude documentaire et applications et a fondé les premiers scouts catholiques « officiels » en France. Les scouts ressemblent à la Renovación dans leur grande croissance, adaptation à beaucoup de cultures et décentralisation. Le scoutisme catholique a aidé des millions de catholiques dans leur foi et croissance personnelle (autre chose est que dans tel ou tel endroit on n’applique pas le vrai scoutisme catholique).
Donc la réponse à CatExPer est : oui, l’Église incorpore toute sa vie certaines choses qui sont nées dans d’autres environnements.
10) La clé de la RCC est de demander l’Esprit Saint
Le texte de CatExPer dit que « le fondement de la spiritualité » charismatique est dans le contact avec les protestants.
Mais ce n’est pas vrai. Le fondement est le baptême, c’est-à-dire l’Esprit Saint qu’on reçoit en étant baptisé (aussi en étant baptisé orthodoxe, copte ou protestant) et qui peut transformer nos vies aujourd’hui si on et on invoque encore et encore l’Esprit et ses dons.
Dans la liturgie on le faisait déjà, mais peu, et en dehors de la liturgie presque rien, comme se plaignait sainte Hélène Guerra, la maîtresse de Gemma Galgani, en écrivant à Léon XIII. Sainte Hélène Guerra est connue comme « la grand-mère de la Renovación Carismática », sa prédécesseure.
La seule chose essentielle dans la Renovación Carismática est la suivante : des frères, baptisés, demandent l’Esprit Saint pour un autre frère, aussi baptisé, pour que s’avive en lui l’action de Dieu Esprit Saint, avec ses dons de conversion et ses charismes.
Le cardinal Cantalamessa, vétéran charismatique capucin et bibliste, énumère les trois éléments impliqués : « amour fraternel, imposition des mains, prier… ce sont des éléments non sacramentels, seulement ecclésiaux ».
Et l’expérience de 60 ans et de millions de personnes catholiques de toutes les cultures est que Dieu agit ! Des millions déclarent qu’après cette « effusion de l’Esprit » ils ont prié plus et mieux, ont changé de vie, la Bible les a fascinés, Dieu était toujours proche, ils pouvaient aimer et pardonner, les plaintes et apparences ne les importaient plus, certains se sont même guéris de maladies et traumatismes.
Au lecteur intéressé, je l’encourage simplement à s’inscrire à un Séminaire de Vie dans l’Esprit, qui se donnent depuis presque 60 ans. Il y en a de week-end et de sessions hebdomadaires. Il n’a rien de secret, tout est expliqué dans des vidéos sur Internet. Pas besoin d’être un intrépide journaliste d’investigation. Il est ouvert à quiconque et il ne faut pas adhérer à aucun mouvement.
CatExPer : toi aussi tu peux ! Va à un Séminaire de Vie dans l’Esprit, invoque l’Esprit Saint, laisse-les prier pour toi… et ensuite raconte-nous ce qui t’arrive. Et ainsi tu parles de ce que tu as vu et entendu en personne !