‘Maintenant nous voyons comme dans un miroir, obscurément’

‘Maintenant nous voyons comme dans un miroir, obscurément’
The Transfiguration by Giovanni Bellini, c. 1480 [Museo di Capodimonte, Naples]

Par le R. P. Jerry J. Pokorsky

La Transfiguration révèle le mystère de la Personne du Christ. Dans son corps glorifié, il se présente comme l’accomplissement de la Loi avec Moïse et des Prophètes avec Élie. Il est le Fils bien-aimé du Père, la Seconde Personne de la Santissime Trinité. Cependant, le Thabor ne peut être séparé du Calvaire, ni le Calvaire de la matinée de Pâques.

Les Apôtres ne purent le comprendre immédiatement. La compréhension requit du temps, de la mémoire et de la grâce. Ce qui fut révélé dut être reçu avant de pouvoir être compris. Ce schéma est tissé dans la vie humaine elle-même : d’abord le mystère, puis la révélation, ensuite la compréhension. Et même la compréhension n’épuise pas le mystère ; elle nous ouvre à encore plus.

Ce même schéma régit l’expérience ordinaire. Un jeune peut se consacrer au travail manuel sans savoir pleinement pourquoi. La compétence arrive lentement — par la correction, la répétition et la confiance en ceux qui en savent plus que lui—. Avec le temps, il produit quelque chose de solide et de reconnaissable comme sien — peut-être simplement une table—. Cependant, même ainsi, il n’a pas créé de rien. Son accomplissement repose sur l’enseignement, les matériaux, la discipline et la sagesse des autres. Ce qu’il fait est véritablement sien, mais il n’est pas seulement sien.

Nos vocations suivent un chemin semblable. Nous considérons si notre vie doit s’orienter vers le mariage, la vie célibataire ou la vie religieuse. La réponse arrive rarement avec une certitude initiale. Le discernement requiert l’observation et l’épreuve. Les motifs doivent être examinés. Les décisions naissent de l’attention aux circonstances et à la direction de Dieu. À mesure que grandit la compréhension de sa propre vocation, des questions plus profondes sur le but, le service et le plan de Dieu peuvent se révéler. La clarté n’arrive que par une enquête disciplinée.

Une fois qu’une vocation est assumée, elle requiert de la continuité. La fidélité dépend de la discipline et de l’effort constant. La vocation n’est pas notre voix. Quand elle est correctement discernée, c’est la voix de Dieu. Nous administrons son plan pour nous comme des intendants fidèles. La responsabilité naît d’accomplir ce qui nous a été confié, plutôt que d’imposer nos propres agendas. Plus nous comprenons notre vocation, plus nous devenons conscients de sa profondeur et de sa participation à des mystères plus vastes.

La recherche intellectuelle suit aussi un schéma comparable. Intégrer les sacrements à la vie quotidienne, harmoniser la foi et la raison, est difficile. Les athées introduisent un coin entre la foi et la raison. Ils soutiennent souvent que les preuves disponibles ne justifient pas la croyance en Dieu. Ils arguent que les processus matériels, l’évolution et le hasard expliquent l’existence.

Mais l’existence même de l’univers soulève des questions. Il est ordonné et intelligible. La recherche scientifique présuppose que la réalité est cohérente. La question n’est pas si les mécanismes fonctionnent. Ils fonctionnent. Mais pourquoi le monde est-il structuré de telle manière qu’il rend possible la recherche rationnelle ? La compréhension scientifique n’épuise pas le mystère ; elle dirige la réflexion vers la source transcendante de l’intelligibilité.

Une montre ne s’assemble pas d’elle-même. Ses parties ordonnées présupposent une intelligence. De même, l’intelligibilité de l’univers pointe au-delà d’elle-même. Les questions posées par les athées, si elles sont suivies avec honnêteté, ne mènent pas à écarter un Horloger divin, mais à une appréciation plus profonde de Lui.

Reconnaître un Créateur soulève une autre question : s’est-Il révélé Lui-même ? L’affirmation chrétienne est que oui : à travers l’histoire d’Israël, par la vie et l’enseignement du Christ et par le témoignage de l’Église. La foi repose sur le témoignage. Elle permet à la compréhension de se développer sans éliminer le mystère, et chaque nouvelle perception nous ouvre à des vérités plus profondes du plan de Dieu.

La souffrance, bien sûr, présente un défi persistant. Les athées demandent souvent : « Comment un Dieu totalement bon peut-il permettre la présence du mal ? ». Un enfant atteint de cancer présente cette réalité avec une terrible clarté.

La souffrance en elle-même n’est pas un mal moral. C’est notre rencontre avec le désordre, la privation et les effets du péché. Aucun argument n’élimine le fait de la souffrance. Même un athée ne peut expliquer le mystère. La protestation contre la souffrance présuppose que les choses devraient être autrement. Comment un athée explique-t-il sa conviction qu’elles devraient être ainsi et sa propre compassion ?

L’enseignement chrétien situe la souffrance dans un large cadre de mystère et de révélation. La mort et le désordre défigurent le dessein originel de Dieu. Le Péché Originel désigne une rupture qui affecte le monde et la liberté humaine. Ces réalités mystérieuses ne répondent pas à toutes les questions, mais elles éclaircissent l’origine et la persistance de la souffrance humaine.

L’affirmation chrétienne décisive est historique : la Croix. Dieu ne reste pas distant de la souffrance. Il y entre. La Croix ne rend pas la souffrance bonne ; elle souligne plutôt l’horreur du péché. Dieu Lui-même affronte la souffrance qui nous afflige.

Dans la Résurrection, Jésus vainc le péché, source diabolique de la souffrance et de la mort. Il rachète l’humanité et soutient l’Église Militante dans sa participation à son œuvre salvatrice. La Rédemption n’élimine pas la souffrance de l’histoire ; elle transforme son sens.

Dieu n’ignore pas la douleur humaine. Jésus a pleuré devant la mort de son ami Lazare. Le témoignage silencieux de Marie au pied de la Croix montre la réponse humaine à la souffrance : attentive, fidèle et réceptive sans besoin d’explication. Son silence n’est pas ignorance, mais confiance ferme. La Résurrection affirme que la souffrance et la mort ne prévaudront pas.

Ce même schéma apparaît dans chaque Messe. Dans la Sainte Communion, nous ne dominons pas le mystère ; nous sommes dominés par lui. L’Eucharistie n’élimine pas le mystère, mais le rend sacramentellement présent. Chaque rencontre approfondit la compréhension sans épuiser le mystère de Dieu Lui-même.

Ce que Dieu révèle nous attire plus profondément vers ce que nous ne pouvons pas encore pleinement comprendre. La foi soutient l’espérance sans prétendre à une clarté totale, en se fiant à la promesse d’un « ciel nouveau et une terre nouvelle » au-delà du désordre présent. Même au Ciel, le mystère persiste ; la joie de comprendre s’approfondit sans fin. Nous possédons l’amour de Dieu. Nous ne Le possédons jamais Lui.

La lumière de la Transfiguration nous prépare à l’obscurité de la Croix. Mais ce n’est pas la fin. La Résurrection illumine les deux et promet une gloire encore invisible. Chaque don révèle plus que nous pouvons supporter maintenant, et pourtant nous pousse à avancer plus profondément dans le chemin.

« Maintenant nous voyons comme dans un miroir, obscurément ; alors nous verrons face à face. Maintenant je connais en partie ; alors je connaîtrai pleinement, comme j’ai été pleinement connu ». (1 Corinthiens 13,12)

À propos de l’auteur

Le père Jerry J. Pokorsky est prêtre du diocèse d’Arlington. Il est curé de la paroisse Sainte-Catherine de Sienne à Great Falls, en Virginie.

Aidez Infovaticana à continuer à informer