Par le P. Thomas G. Weinandy
Le second récit de la Création dans le Livre de la Genèse affirme que « le Seigneur Dieu forma l’homme de la poussière de la terre et souffla dans ses narines un souffle de vie ; et l’homme devint un être vivant ». Bien que l’homme ait été formé corporellement de la poussière de la terre, ce fut par le souffle divin de Dieu qu’il devint un être vivant. Cette conjonction de la poussière de la terre et du souffle divin est ce qui fit de l’homme un animal rationnel. L’homme entier, corps et âme, est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Bien que l’homme ait été créé bon avec le reste de la Création, lui, dans sa rationalité, possédait le libre arbitre. Ce fut l’usage peccamineux de ce libre arbitre, en mangeant du fruit qui était au milieu du jardin, qui fit qu’Adam et Ève perdirent leur innocence et souillèrent leur image divine. À cause de leur péché, Dieu informa Adam : « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre, car c’est d’elle que tu as été pris ; tu es poussière et tu retourneras à la poussière ».
Ces passages constituent le fondement biblique et théologique du Mercredi des Cendres, le jour inaugural qui donne commencement au temps du Carême. En ce jour, nos fronts sont marqués de cendre provenant des palmes de l’année précédente. En recevant le signe cruciforme, le prêtre déclare : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ». Nous sommes des enfants pécheurs d’Adam et, pour cela, comme lui, nous retournerons à la poussière.
Or, il y a là une particularité assez humoristique. Quand j’étais enfant, moi comme tous mes camarades catholiques, nous aimions le Mercredi des Cendres. Tous nous espérions que le prêtre fasse une énorme Croix sur nos fronts avec tant de cendre qu’elle reste toute la journée. Nous étions fiers de nos cendres et, si nous devions nous laver le visage, nous nous assurions de ne pas laver le front : les cendres étaient sacrées.
Mais ce ne sont pas seulement les enfants qui sont fiers de leurs cendres, les adultes aussi. Eux aussi, après les avoir reçues, vont au travail ou rentrent chez eux, portant fièrement leurs cendres pour que tous les voient.
L’ironie est que ce qui devait être un signe de péché, de repentir et d’humilité est devenu une insigne de fierté. Mais je ne pense pas que cela soit tout à fait mauvais, car nous témoignons avec fierté devant le monde que tous les êtres humains sont des enfants pécheurs d’Adam, tous ayant besoin de rédemption.
Nos cendres sont devenues des affiches d’évangélisation, un moyen de proclamer l’Évangile. Seules en et par Jésus-Christ les cendres du péché et de la mort peuvent être lavées et effacées. Ainsi, le Mercredi des Cendres contient en lui-même un regard anticipé vers la Semaine Sainte et la Pâque. Seule par la mort sacrificielle de Jésus nos péchés ont pu être pardonnés et seule dans sa Résurrection vient la nouveauté de vie.
Saint Paul ne fut jamais marqué de cendre, mais lui aussi reconnut que nous appartenions à la race pécheresse d’Adam et que nous avions besoin d’être recréés. En condamnant ceux qui niaient la résurrection, il déclara franchement son importance sotériologique.
Notre premier corps a pu devenir corruptible, mais maintenant ce n’est plus le cas.
Il est ainsi écrit : « Le premier homme, Adam, devint un être vivant » ; le dernier Adam devint un esprit qui donne la vie. Mais ce n’est pas d’abord ce qui est spirituel, mais ce qui est physique, puis ce qui est spirituel. Le premier homme, fait de poussière, ainsi sont aussi ceux qui sont de la poussière. Le premier homme était de la terre, un homme de poussière ; le second homme est du ciel. Comme fut l’homme de poussière, ainsi sont aussi ceux qui sont de la poussière ; et comme est l’homme du ciel, ainsi sont aussi ceux qui sont du ciel. Et de même que nous avons porté l’image de l’homme de poussière, nous porterons aussi l’image de l’homme du ciel. (1 Corinthiens 15,45-47)
Dieu insuffla son souffle vivifiant dans le premier Adam, mais Jésus ressuscité, le second Adam, a maintenant insufflé dans l’homme de poussière son Esprit vivifiant, le rendant ainsi céleste. Nous avons pu naître à l’image de l’homme de poussière, mais maintenant nous sommes nés de nouveau à l’image et à la ressemblance de l’homme du ciel. « Car, de même qu’en Adam tous meurent, ainsi aussi en Christ tous seront vivifiés ». Nous sommes devenus de nouvelles créatures en Christ.
Paul conclut que, lorsque Jésus ressuscité viendra à la fin des temps, nous serons transformés à sa ressemblance glorieuse.
Car la trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous serons transformés. Car il faut que ce qui est corruptible revête l’incorruptibilité et que ce qui est mortel revête l’immortalité. Quand ce qui est corruptible revêtra l’incorruptibilité et ce qui est mortel revêtra l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite : « La mort a été engloutie dans la victoire ». « Où est, ô mort, ta victoire ? Où est, ô mort, ton aiguillon ? » Mais grâce soit rendue à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ. (15,52-57)
Au son jubilatoire de la trompette, ceux dont les corps sont retournés à la poussière ressusciteront et assumeront l’incorruptibilité, et leur nature mortelle deviendra immortelle. Le cri de victoire de la mort sera englouti. Ce ne sera plus la mort la vainqueure. Alors l’humanité ressuscitée rendra grâce à Dieu, car elle a été sauvée par Jésus, le Fils incarné du Père, crucifié et ressuscité.
Ainsi donc, aujourd’hui, Mercredi des Cendres, ne soyons pas seulement conscients que nous sommes poussière et que nous retournerons à la poussière, mais regardons aussi vers l’avant, au cours du Carême, vers le Vendredi Saint et le Dimanche de Pâques. Dans le premier Adam nous avons pu pécher et ainsi mourir, mais dans le second Adam nous avons été pardonnés et ramenés à la vie. La poussière de notre mortalité a été glorieusement transformée à la ressemblance de Jésus ressuscité, car c’est en Lui que nous demeurons aussi bien maintenant sur la terre que pour toujours au ciel.
À propos de l’auteur
Thomas G. Weinandy, OFM, écrivain prolifique et l’un des théologiens vivants les plus éminents, est ancien membre de la Commission Théologique Internationale du Vatican. Son livre le plus récent est le troisième volume de Jesus Becoming Jesus: A Theological Interpretation of the Gospel of John: The Book of Glory and the Passion and Resurrection Narratives.