Par Michael Pakaluk
Tout argumente en faveur du fait que Dieu est favorable à la croissance, de sorte que ceux qui soutiennent, dans un quelconque domaine du bien, qu’Il favorise une croissance limitée ou nulle, ont le fardeau de la preuve. «Bonne mesure, serrée, secouée, débordante» (Luc 6,38) est le langage de quelqu’un qui aime la croissance par-dessus la stagnation.
Commençons par les premiers principes. Dieu est vie ; la vie procède de Dieu ; mais ce qui vit grandit ; par conséquent, ce qui est de Dieu montre une croissance.
Il veut que l’Église grandisse, en utilisant une image étonnante pour exprimer la proportion : d’un grain de moutarde, de la taille du point à la fin de cette phrase, il doit grandir jusqu’à devenir un arbre de la taille d’une maison, une proportion d’environ 1 à 45 000.
Dieu est lumière, mais la lumière se diffuse. Dire, avec les médiévaux, bonum diffusivum sui (le bien se diffuse de lui-même) est affirmer que ce qui est bon produit une croissance. Quand Jésus a dit : «Je suis venu jeter un feu sur la terre» (Luc 12,49), Il aspirait à consumer, à se diffuser, à s’étendre.
Il veut que chacun de nous fleurisse individuellement, c’est-à-dire qu’il grandisse et provoque une croissance. Les fleurs ont pour but de produire d’autres plantes. À une seule dent-de-lion fleurie succède un champ de dents-de-lion. Coupe une plante qui pousse bien seulement pour qu’elle repousse avec plus d’exubérance. (Jean 15,2)
Il nous dit de nous faire comme de petits enfants, c’est-à-dire comme ceux qui sont à l’étape de la vie marquée par la croissance la plus dramatique, et non «de se faire comme des vieillards dans des rocking-chairs».
Dans les paraboles, ses multiples signifient que la fécondité qui Lui plaît est de trente, soixante ou cent pour un. (Marc 4,20) L’homme sans croissance qui ne comprend pas son Seigneur et enterre son talent est sévèrement réprimandé. (Matthieu 25,25)
Son talent lui est ôté et donné à l’homme qui en a beaucoup, car «à celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a», ce qui est un principe d’accélération ou de décélération. «Au pas de Dieu» signifie accélérer.
L’arbuste, le terrain ou le travailleur le plus fécond produit cent pour un. Il dit : «Si le grain de blé ne tombe pas en terre et ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit». (Jean 12,24) Mais la plante typique de blé a cinq tiges, et chaque tige a 22 graines, une proportion de 1 à 110. C’est la proportion qu’Il a mise dans la nature —et la formule, vraisemblablement, d’un apostolat fécond—.
Il agrée la dispersion, qui est le prélude de la croissance. Dans sa Grande Commission (Matthieu 28,19), Jésus a dit à ses disciples de se disperser et de grandir jusqu’à devenir des nations. Son Peuple Él u, dispersé depuis Jérusalem quand les Romains l’ont détruite en l’an 70 après J.-C., a grandi jusqu’à devenir de grandes multitudes à travers l’Europe. Hitler haïssait sa croissance. La sagesse de «l’heure vient où ni sur cette montagne ni à Jérusalem vous n’adorerez le Père». (Jean 4,21) Tout troupeau non restreint à un lieu est libre de se diffuser et de grandir.
Oui, la croissance spirituelle est la plus importante, mais Dieu est aussi favorable à la croissance dans la prospérité matérielle humaine honnête. Écoutons l’instinct d’un bon cœur humain dans la Proclamation d’Action de Grâce de Lincoln :
L’année qui s’achève a été remplie des bénédictions de champs féconds et de cieux salubres. À ces dons, que nous jouissons si constamment que nous sommes enclins à oublier la source d’où ils proviennent, s’en sont ajoutés d’autres de nature si extraordinaire qu’ils ne peuvent manquer de pénétrer et d’attendrir même le cœur habituellement insensible à la providence toujours vigilante de Dieu Tout-Puissant. . . .
Les nécessaires déviations de richesse et de force des champs de l’industrie pacifique vers la défense nationale n’ont pas arrêté la charrue, le métier à tisser ni le navire ; la hache a élargi les frontières de nos établissements, et les mines, tant de fer et de charbon que de métaux précieux, ont produit encore avec plus d’abondance qu’auparavant. La population a augmenté constamment, malgré les pertes subies dans le camp, le siège et le champ de bataille ; et au pays, qui se réjouit de la conscience de sa force et de son vigueur accrues, il est permis d’espérer la continuité des années avec un grand accroissement de liberté.
Un chrétien doit être meilleur que les païens qui louaient leurs dieux en offrant des cornes d’abondance. Après tout, nous nous émerveillons devant la Création, qui est strictement une croissance infinie.
Le mandat «Soyez féconds et multipliez-vous», pour les procréateurs, est-il contenu dans la règle que deux n’en aient pas plus que deux ? Mais ils ne se seraient multipliés pas plus que l’homme qui a rendu un talent avait multiplié son don. Supposons donc une population croissante. Mais Dieu ne peut raisonnablement vouloir une fin sans vouloir les moyens. Il s’ensuit que la productivité matérielle, l’économie, doit aussi croître.
Saint Irénée, écrivant en l’an 180 après J.-C., relate d’une génération antérieure, qu’il l’a appris directement de saint Jean l’Évangéliste, que Jésus a dit :
Viendront des jours où les vignes croîtront, chacune avec dix mille sarments et sur chaque sarment dix mille branches, et sur chaque branche dix mille rameaux, et sur chaque rameau dix mille grappes, et sur chaque grappe dix mille raisins, et chaque raisin, une fois pressé, donnera vingt-cinq mesures de vin. . . . De même. . . chaque grain de blé donnera cinq doubles livres de farine blanche et pure.
Les érudits rejettent l’attribution parce qu’ils disent qu’elle est fantastique. Mais les avions et les superordinateurs dans votre poche sont fantastiques. Quel langage auriez-vous utilisé, pour transmettre à des paysans en l’an 30 après J.-C., ce que les économistes ont appelé «Le Grand Enrichissement», cette croissance en forme de crosse de hockey des économies libres modernes ?
Peu importe totalement si ce que transmit saint Irénée est authentique. Ce grand saint —et les chrétiens de l’époque— croyaient clairement que c’était le genre de chose que le Seigneur pourrait dire, cet amoureux fou de la fécondité et de la croissance.
Nous insistons sur la tempérance, l’équilibre, la modération, et à raison, mais assurons-nous que cela n’exclue jamais une croissance étonnante.
À propos de l’auteur
Michael Pakaluk, érudit d’Aristote et Ordinarius de la Pontificia Academia di San Tommaso d’Aquino, est professeur d’Économie Politique à la Busch School of Business de la Catholic University of America. Il vit à Hyattsville, Maryland, avec sa femme Catherine, également professeure à la Busch School, et ses enfants. Sa collection d’essais, The Shock of Holiness (Ignatius Press), est déjà disponible. Son livre sur l’amitié chrétienne, The Company We Keep, est disponible chez Scepter Press. Il a collaboré à Natural Law: Five Views (Zondervan, mai dernier), et son livre le plus récent sur les Évangiles est paru en mars chez Regnery Gateway, Be Good Bankers: The Economic Interpretation of Matthew’s Gospel. Vous pouvez le suivre sur Substack à Michael Pakaluk.