Marie Médiatrice dans Le pèlerinage de Lourdes de Pie XII

Par: Mons Alberto González Chaves

Marie Médiatrice dans Le pèlerinage de Lourdes de Pie XII

Le 2 juillet 1957, fête de la Visitation de Notre-Dame, Pie XII publie sa seule encyclique en français, Le pèlerinage de Lourdes, à l’occasion du centenaire des apparitions. De ton pastoral et exhortatif, elle s’inscrit dans la ligne doctrinale de l’Église sur la mission de la Très Sainte Vierge dans l’économie du salut. Le point de départ est nettement christologique : Lourdes, la dévotion mariale et la figure de Marie ne se comprennent qu’à partir de Christ. Comme clé herméneutique de tout le texte, Pie XII écrit que « tout en Marie nous conduit vers son Fils, unique Sauveur ». Par cette phrase, il écarte toute lecture autonome ou parallèle de la médiation mariale : l’Immaculée n’occupe pas une place intermédiaire indépendante, mais conduit à Christ et renvoie constamment à Lui.

Or, cette référence absolue à Christ ne vide pas la mission de Marie, mais la définit. Pie XII la décrit en termes très clairs en rappelant la manière dont la Vierge s’est manifestée à Lourdes : « Elle vient à Bernadette, elle en fait sa confidente, sa collaboratrice, l’instrument de sa tendresse maternelle et de la miséricordieuse omnipotence de son Fils, pour restaurer le monde en Christ par une nouvelle et incomparable effusion de la Rédemption ». Marie apparaît comme un instrument voulu par Dieu, associée à l’action rédemptrice de Christ, non comme source de salut, mais comme collaboratrice subordonnée dans l’application de ses fruits.

Le Pape ne se limite pas à décrire un fait passé : Lourdes est un signe permanent de cette économie de la grâce, où se manifeste de manière visible la rencontre entre la souffrance humaine et l’action rédemptrice de Christ : « Jamais, en un lieu de la terre, on n’a vu un cortège semblable de souffrance ; jamais un éclat semblable de paix, de sérénité et de joie ». Le contraste n’est pas accidentel : la douleur, assumée et offerte, devient lieu de grâce. Le Pape rappelle que « la Vierge Immaculée, qui connaît les voies secrètes de la grâce dans les âmes et le travail silencieux de ce levain surnaturel du monde, sait combien valent, aux yeux de Dieu, vos souffrances unies à celles du Sauveur ». Marie comprend la valeur rédemptrice de la souffrance parce qu’elle est intimement associée au sacrifice de Christ. Sans utiliser le terme de « corédemption », Pie XII exprime la réalité du concept : une coopération réelle, bien que totalement subordonnée, dans l’œuvre de l’unique Rédempteur.

De cette association jaillit la médiation mariale dans l’ordre de la grâce, comme l’exprime Pie XII en rappelant qu’à Lourdes « d’ardentes supplications ont obtenu de Dieu, par l’intercession de Marie, tant de grâces de guérison et de conversion ». La médiation de la Vierge n’est pas un recours sentimental, mais une intercession efficace, voulue par Dieu, orientée toujours vers la conversion et le renouveau de l’homme. Cette médiation se concrétise en une invitation insistante et presque pressante. Pie XII reproduit l’appel de la Vierge avec des mots directs : « Allez à Elle… allez à Elle… allez à Elle… et recevez la paix du cœur, la force du devoir quotidien, la joie du sacrifice offert », comme fruits d’une grâce qui transforme la vie et l’oriente vers Dieu.

Le Pape étend cette perspective à l’ensemble de l’Église et de la société : les souffrances offertes et unies à celles de Christ « peuvent contribuer en grande mesure à ce renouveau chrétien de la société que nous implorons de Dieu par la puissante intercession de sa Mère ». La médiation mariale ne s’enferme pas dans le domaine privé de la dévotion, mais a une dimension ecclésiale et sociale : Marie coopère, depuis sa mission maternelle, à la fécondité rédemptrice de l’Église dans le monde.

Pie XII présente l’invitation de Lourdes comme un appel toujours actuel. En rappelant les paroles adressées à Bernadette, il souligne que la Mère de Dieu « sans s’imposer, presse les hommes à se réformer eux-mêmes et à travailler de toutes leurs forces pour le salut du monde ». La discrétion de Marie ne diminue pas l’exigence de son appel ; sa médiation ne substitue pas la responsabilité personnelle, mais la réveille et la soutient.

Pie XII conclut en implorant pour l’Église « la plus ample effusion de grâces ». La Rédemption, œuvre exclusive de Christ, se répand sur le monde par la grâce ; et dans ce dessein, par la volonté de Dieu, Marie occupe une place singulière comme Mère associée, médiatrice et intercesseur. Dans Le pèlerinage de Lourdes, Pie XII montre la mission de la Vierge comme inséparable de Christ, totalement subordonnée à Lui, mais véritablement associée à la diffusion des fruits de la Rédemption. Lourdes apparaît ainsi comme miroir de la médiation maternelle de Marie au service de l’unique Sauveur du monde.

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