L'anthropologie spéciale du transgenrisme

L'anthropologie spéciale du transgenrisme
Adam and Eve in the Garden of Eden by Wenzel Peter, early 19th century [Vatican Museum, Rome]

Par John M. Grondelski

La Cour suprême a entendu les arguments oraux le 13 janvier dans les affaires Little v. Hecox et West Virginia v. B.P.J., relatives à des lois de l’Idaho et de la Virginie-Occidentale qui interdisent aux hommes qui s’identifient comme femmes de concourir dans des sports féminins. La majorité des commentateurs pense que la Cour confirmera les lois étatiques.

Les médias grand public présentent l’affaire simplement comme « sports féminins contre droits trans ». Ce slogan est simpliste. Écouter les arguments oraux révèle jusqu’à quel point l’agenda de l’idéologie du genre est vraiment d’une portée considérable.

Les avocats des plaignants dans ces affaires semblent reconnaître les vents contraires auxquels ils font face. L’opinion publique reste sceptique, la magistrature fédérale de haut rang est réticente à inventer de nouveaux droits constitutionnels et il n’existe plus de pouvoir exécutif favorable engagé à promouvoir les revendications transgenres.

En conséquence, les plaignants ont présenté un argument novateur : que les lois sont inconstitutionnelles dans leur application concrète. Autrement dit, elles sont valides pour pratiquement tous les autres — par exemple, le « 99,9999 pour cent » de la population, une chiffre cité pendant les arguments — mais inconstitutionnelles lorsqu’elles s’appliquent à leurs clients spécifiques.

Leur thèse est que ces plaignants masculins se trouvent dans une situation singulière parce qu’ils n’ont pas traversé une puberté masculine complète. En manquant du développement physiologique qui confère normalement des avantages athlétiques aux hommes, ont argué leurs avocats, la raison d’être des catégories sportives basées sur le sexe ne s’applique pas à eux. Par conséquent, l’État doit reconnaître l’identité féminine présumée de ces garçons et permettre leur participation aux sports féminins.

L’argument implicite est révélateur. Les catégories sportives basées sur le sexe sont réinterprétées non pas comme des expressions d’une différenciation sexuelle irréductible, mais simplement comme des mécanismes réglementaires destinés à éviter des avantages compétitifs injustes. Si un tel avantage ne peut être démontré dans un cas concret, l’interdiction contenue dans la catégorie jusqu’à présent omniconpréhensive de « sexe biologique » doit céder devant l’auto-identification. Face, gagne l’idéologie ; pile, perd la réalité biologique.

Les poursuites contre la Virginie-Occidentale et l’Idaho cherchent ainsi à protéger le transgenrisme. Les États, en revanche, soutiennent une affirmation plus fondamentale — en accord avec l’anthropologie catholique — : que « homme » et « femme » désignent des réalités biologiques qui ne peuvent être altérées par l’auto-perception. Ce ne sont pas des déguisements, des masques ni des rôles sociaux. Nous n’avons pas seulement un corps : nous sommes un corps, un composé de corps et d’âme, dans le langage technique.

Comme l’a observé la juge Amy Coney Barrett pendant les arguments oraux, il n’existe pas de cas équivalents de femmes cherchant à accéder à des sports compétitifs masculins. La raison est évidente : la différenciation sexuelle produit des disparités physiques prévisibles qui rendent de tels efforts inutiles. Les « garçons trans » (c’est-à-dire des filles soumises à des interventions médicales) ne se précipitent pas pour rejoindre des équipes sportives masculines de compétition. Cette asymétrie met à nu de quoi il s’agit vraiment dans le débat sportif. Ce n’est pas l’inclusion, mais l’insistance sur le fait que l’identité subjective doit prévaloir sur la corporéité objective, précisément quand cela confère un avantage.

Ce qui est finalement en jeu est une question que les tribunaux ou le processus politique sont rarement appelés à décider : si les États peuvent rejeter la scission sexe/genre qui subordonne la réalité biologique à l’auto-identification psychologique. Accepter des lois sportives basées sur le sexe implique de rejeter cette affirmation métaphysique déformée. Pour les défenseurs de l’idéologie transgenre, cette concession de bon sens est inacceptable, car abandonner la dichotomie sape l’ensemble du cadre sur lequel repose l’idéologie « trans ».

L’anthropologie théologique catholique semble se situer fermement du côté des deux États. La théologie catholique moderne, en particulier après le Concile Vatican II, affirme la nature omniprésente de la sexualité humaine, qui s’étend même au niveau génétique. Elle insiste également sur le fait que le corps est un élément constitutif de la personne humaine, non un instrument jetable utilisé par l’esprit. La personne n’est pas une conscience qui habite temporairement la matière.

L’idéologie du genre se construit sur le rejet des deux principes. La personne se construit à partir de la conscience vers l’extérieur, laissant la corporéité sans signification normative. Dans ce cadre, l’incarnation elle-même devient incidente, et l’affirmation biblique que Dieu a créé l’humanité « homme et femme » (Genèse 1,27) perd tout sens contraignant. La réalité se réduit à un état mental.

Tout le débat nous ramène aux intuitions de base de la « théologie du corps » de saint Jean-Paul II, articulées il y a presque quarante ans. La Bible est, en un certain sens, prophétique quant à nos jours dans sa description de la création humaine. La décision de Dieu de créer les êtres humains rompt le refrain de la Création dans la Genèse : « Dieu fit… et vit que cela était bon ». La création de l’être humain est marquée par deux facteurs uniques : la délibération divine (« Faisons l’homme ») et certains attributs (être créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu »).

Par conséquent, les êtres humains ne sont pas simplement une autre « espèce » interchangeable. Et considérons également un troisième trait de la créature humaine : « Dieu créa l’homme à son image… à l’image de Dieu il le créa. Homme et femme il les créa ».

Il y a de nombreuses façons dont nous reflétons Dieu, par exemple par notre rationalité et notre liberté. L’auteur biblique ne met pas l’accent sur celles-ci, mais souligne la différenciation sexuelle comme voulue et intentionnelle par Dieu. Le « binaire de genre » n’est pas un accident biologique fongible ni un construit social : il fait partie du dessein divin de la Création et, spécifiquement, de l’image de Dieu en l’homme. C’est contre cette intuition fondamentale que s’en prennent ces plaignants.

Comme l’a noté Ryan Anderson dans When Harry Became Sally, cela pose une question qui reste sans réponse : comment peut-on être homme ou femme indépendamment du corps sans réduire ces catégories à des stéréotypes ? Si la masculinité et la féminité se définissent en dehors de la biologie, elles deviennent des projections d’attentes culturelles, des attentes qui sont par ailleurs condamnées comme oppressives.

Il importe comment on construit la réalité sexuelle : de l’extérieur vers l’intérieur ou de l’intérieur vers l’extérieur. La première, qui a guidé les sociétés humaines pendant la majeure partie de l’histoire, produit de la clarté et de la cohérence. La seconde, exigée par l’idéologie du genre, génère de l’ambiguïté et de la contradiction. Les espaces basés sur le sexe perdent leur intelligibilité. La compétition sportive différenciée par sexes requerrait alors une certification médicale. Le droit devient incapable de tracer des distinctions stables, certainement aucune basée sur la perception humaine ordinaire : est-ce un homme ou une femme ?

La question devant la Cour, par conséquent, n’est pas simplement qui peut jouer dans quelle équipe. C’est si le droit civil doit traiter la réalité corporelle comme subordonnée à l’identité subjective. Une société qui répond affirmativement ne se limite pas à réviser ses politiques sportives ; elle abandonne une conception cohérente de la personne humaine.

À propos de l’auteur

John Grondelski (Ph.D., Fordham) est ancien doyen associé de la Faculté de Théologie de l’Université Seton Hall, à South Orange, New Jersey. Toutes les opinions exprimées ici sont exclusivement les siennes.

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