Un consistoire pour revitaliser le Collège des Cardinaux

Un consistoire pour revitaliser le Collège des Cardinaux

Par Daniel B. Gallagher

Au cours d’une décennie de service au Secrétariat d’État du Vatican, j’ai été constamment perplexe face au manque de volonté ou à l’incapacité de la Sainte-Siège à utiliser des structures ecclésiales déjà existantes en vue d’un gouvernement efficace. Tandis que les cardinaux se réunissent à Rome dans les prochains jours, il convient d’examiner rigoureusement certaines des formes récentes selon lesquelles l’Église a fonctionné.

Un problème financier ? Créons une nouvelle commission pour le résoudre. Puis créons-en une autre pour superviser le travail de la première.

Une question sur les diaconesses ? Nommons un groupe d’experts pour l’étudier (2014). Puis nommons-en un autre pour la réétudier (2020), tout cela en ignorant entre-temps l’étude exhaustive de la Commission Théologique Internationale sur le diaconat permanent de 2002.

Peut-être ce qui a été le plus déconcertant a été la création par le pape François d’une « Commission Pontificale de Référence sur l’Organisation de la Structure Économico-Administrative de la Sainte-Siège », un organisme destiné à collaborer avec un Conseil de Cardinaux qui avait déjà été conçu par son prédécesseur, Benoît XVI.

La croissance démesurée de la bureaucratie est un signe incontestable de dysfonctionnement organisationnel, quelque chose dont la Curie Romaine a souffert pendant des années. Une façon de la contenir est de revitaliser précisément l’organisme dont le but canonique est « d’assister le Pontife Romain… dans les soins quotidiens de l’Église universelle » (Code de Droit Canonique, 349).

Il y a deux raisons à la sous-utilisation du Collège des Cardinaux : (1) un manque d’appréciation de la connexion entre la tâche occasionnelle du Collège d’élire un nouveau pontife et sa fonction permanente de l’assister dans les soins quotidiens de l’Église universelle ; et (2) une conception erronée de ce qui constitue les « questions graves » (quaestiones maioris momenti) et les « affaires de plus grande importance » (graviora negotia).

Quant à la première, les cardinaux non résidents (c’est-à-dire ceux qui ne sont pas destinés à des postes curiaux permanents à Rome) trouvent compréhensiblement frustrant que leur rôle dans les soins de l’Église universelle se limite à émettre des votes dans la Chapelle Sixtine. Il serait raisonnable qu’ils s’attendent à une certaine continuité, de sorte qu’ils puissent accompagner l’homme qu’ils ont élu dans la tâche d’appliquer la vision de l’Église qu’ils ont exprimée lors des Congrégations Générales précédant le Conclave.

En ce qui concerne les cardinaux résidents, il m’a toujours semblé étrange que le Saint-Père leur « accorde » des audiences d’une manière non moins formelle que pour tout autre visiteur qu’il reçoit. Le bulletin quotidien de la Sainte-Siège annonce les consultations avec les chefs de dicastères comme si le pape se réunissait avec un ambassadeur quelconque ou un dignitaire extérieur.

La fonction consultative des cardinaux pourrait être exercée de manière plus efficace — sinon plus agréable et fraternelle — par des appels téléphoniques occasionnels et des déjeuners de travail. Le Saint-Père devrait avoir les numéros des 252 cardinaux enregistrés dans son téléphone portable, et chacun d’eux devrait disposer d’une ligne directe avec lui. Ce serait un pas sain vers ce type de collégialité qui pourrait soutenir toute synodalité qu’il a en tête. Je garde des souvenirs angoissants d’avoir accompagné des cardinaux perdus dans le Palais Apostolique alors qu’ils tentaient en vain de trouver le bureau qu’ils devaient visiter ce jour-là.

Le deuxième problème est une surestimation démesurée de ce qui constitue une « question grave » ou une « affaire de plus grande importance » (cf. canons 349 et 352). Lorsque je travaillais à la Curie, j’entendais par là pratiquement tout ce qui ne pouvait pas être résolu de manière routinière par les politiques et procédures de la Curie Romaine.

Cependant, chaque fois que je suggérais qu’une affaire concrète serait mieux gérée par un consistoire, mes collègues la rejetaient pour ne pas être assez « grave » ou « sérieuse ». Dans leur mentalité, « grave » ou « sérieuse » signifiait abus sexuels, fraude financière ou scandale public. Dans la mienne, cela signifiait toute affaire qui méritait d’être consultée avec les collaborateurs les plus proches, précisément parce qu’ils savent mieux que quiconque comment l’aborder.

D’après mon expérience au Secrétariat d’État, les cardinaux non résidents étaient souvent un pas en avant et auraient pu éviter de graves bévues (comme l’affaire de l’évêque Williamson en 2009). Même avant que l’encre de Summorum Pontificum ne sèche en 2007, des cardinaux clés se demandaient déjà si et comment harmoniser les calendriers liturgiques des Formes Ordinaire et Extraordinaire.

Je soupçonne que ceci est un exemple parfait de ce que les cardinaux archevêques de grandes archidiocèses peuvent et vont soulever comme « question grave » au consistoire de cette semaine. De manière similaire, plusieurs cardinaux dont je suis profondément la sagesse insistent depuis des décennies auprès de la Sainte-Siège sur la prudence de transférer les fêtes d’obligation au dimanche. Cela montre clairement où sont leurs cœurs et leurs esprits.

Si l’Église et le Successeur de Pierre doivent mieux utiliser le Collège, il doit y avoir une reconnaissance explicite que les « questions graves » et les « affaires de plus grande importance » ne se limitent en aucune manière aux crises et aux catastrophes.

Compte tenu des tâches que le pape Léon a assignées aux cardinaux en préparation de la réunion des 7 et 8 janvier, ce consistoire extraordinaire offre une occasion en or de revitaliser le rôle du Collège dans le gouvernement de l’Église universelle.

Le fait que Predicate Evangelium (« Sur la Curie Romaine et son service à l’Église dans le monde ») figure sur la liste des lectures indique que le Saint-Père prend au sérieux la question de qui travaille pour qui. Après tout, le livre II du Code de Droit Canonique traite de la Curie Romaine (chapitre IV) seulement après le Collège des Cardinaux (chapitre III), et celui-ci — pour le meilleur ou pour le pire — seulement après le Synode des Évêques (chapitre II). Le chapitre I est naturellement dédié au Pontife Romain et au Collège des Évêques.

Un fonctionnaire vatican a assuré un jour au pape Jean XXIII qu’il serait absolument impossible d’initier le Concile Vatican II en 1963. « Très bien », a répondu il papa buono. « Nous l’ouvrirons en 1962 ».

De la même manière, il n’est pas trop tôt pour que le pape Léon XIV prépare un chemin synodal en commençant par revitaliser le rôle actif du Collège des Cardinaux dans la guidance de l’Église universelle.

À propos de l’auteur

Daniel B. Gallagher enseigne la philosophie et la littérature au Ralston College. Auparavant, il a servi comme secrétaire au latin des papes Benoît XVI et François.

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