La Mère de Dieu, vierge dans l'acte de donner naissance

La Mère de Dieu, vierge dans l'acte de donner naissance

Par Michael Pakaluk

La Vierge Marie a-t-elle subi le traumatisme de l’accouchement et ses douleurs ? Nombre de prédicateurs à la Messe de Noël parlent comme si Marie l’avait fait. Mais une longue tradition dans l’Église présente un tableau très différent.

D’abord, que dit l’Écriture ?

« Elle donna naissance à son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire » (Luc 2,7). Comme l’observe l’Encyclopédie Catholique, ce langage implique que Marie n’a pas connu un accouchement ordinaire. Les mères après l’accouchement ne sont pas en état de se lever, de chercher des langes, d’envelopper leur bébé et de marcher dans la pièce pour le placer dans une mangeoire. D’autres doivent le faire pour elles. Joseph, de manière frappante, n’est pas mentionné.

Luc change aussi son langage en passant du cas d’Élisabeth à celui de Marie. Le changement n’est pas facile à percevoir en anglais. Il dit d’Élisabeth que « le temps de son accouchement fut accompli et elle enfanta (egennēsen) un fils » (1,57), en utilisant un mot qui signifie que le fils jaillit d’elle. Mais de Marie, Luc écrit : « le temps de son accouchement fut accompli et elle enfanta (eteken) son fils » (2,7), en utilisant un mot plus doux et ambigu, qui en grec sert autant pour la gestation que pour l’accouchement.

De plus, il existe en grec des mots pour désigner les douleurs de l’enfantement (voir Matthieu 24,8 ; Galates 4,19). Luc, le médecin, n’aurait-il pas délibérément employé ces mots si Marie avait connu les douleurs de l’enfantement ? Car, clairement, son accouchement aurait été significatif.

Ensuite, il y a les passages de l’Ancien Testament interprétés par les Pères comme indiquant que la virginité de Marie était comme une porte ou un mur, par lequel rien n’entrait ni ne sortait.

Considérons Ézéchiel 44,2 : « Et le Seigneur me dit : “Cette porte restera fermée ; on ne l’ouvrira pas, et personne n’entrera par elle, car le Seigneur, Dieu d’Israël, est entré par elle ; c’est pourquoi elle restera fermée” ». Sur ce verset, saint Ambroise dit (Lettre 42) :

Pourquoi serait-il difficile de croire que Marie ait enfanté d’une manière contraire à la loi de la naissance naturelle et soit restée vierge, quand, contre la loi de la nature, la mer le vit et s’enfuit, et les eaux du Jourdain refluèrent vers leur source ?… Il n’est pas incroyable qu’un homme procède d’une vierge quand un rocher fit jaillir une source, que le fer flotta sur l’eau et qu’un homme marcha sur les eaux. Si les eaux soutinrent un homme, une vierge ne pourrait-elle pas enfanter un homme (hominem virgo generare) ?

La manière dont une vierge enfante le Dieu-homme doit être miraculeuse, insiste saint Ambroise, de même que sa manière de concevoir le Dieu-homme est miraculeuse.

Ou considérons le Cantique des Cantiques 4,12 : « Jardin clos es-tu, ma sœur, épouse ; jardin clos, source scellée ». Sur ce verset, saint Jérôme dit (Contra Jovinien, I,31) : « Ce qui est clos et scellé représente la Mère de notre Seigneur, qui fut mère et vierge ».

À coup sûr, nous ne retranchons rien à la maternité de Marie si nous disons qu’elle n’a pas subi les douleurs de l’enfantement. Elle était déjà pleinement mère quand elle conçut Jésus : « Qui suis-je pour que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? » (Luc 1,43), dit très probablement quand Jésus était une blastule dans une trompe de Fallope de Marie.

Dans l’intention de Dieu pour la Création, l’accouchement n’impliquait ni traumatisme ni douleur : ceux-ci font partie de la peine du Péché originel (Genèse 3,16). Alors, pourquoi Marie, libre du Péché originel dès le moment de sa conception, serait-elle soumise à cette peine, plus qu’elle ne l’était à la concupiscence désordonnée ?

Parfois, une femme chrétienne choisit d’accoucher sans anesthésie, en solidarité avec ses sœurs du passé, ou pour embrasser une partie de la peine due au péché, mais non parce qu’elle serait moins mère si elle recourait au soulagement de la douleur. De même, personne ne croit qu’une mère qui accouche par césarienne est par là moins mère.

On ne peut pas non plus dire que la douleur de l’enfantement de Marie était destinée à être un modèle pour nous. Les hôpitaux catholiques placent des crucifix au-dessus des lits d’accouchement, non des images de Marie en travail d’enfantement. Le Seigneur lui-même dit que sa crucifixion est le modèle approprié pour les douleurs de l’accouchement d’une femme (Jean 16,21). Et le rôle de Marie n’a-t-il pas été précisément de souffrir en « enfantant » au pied de la Croix, comme l’avait prophétisé Siméon ? (Luc 2,35).

Les douleurs et joies traditionnelles de saint Joseph incluent sa tristesse pour la pauvreté de l’étable et sa joie devant l’apparition des Mages, mais, de manière notable (si l’accouchement avait été ordinaire), non son angoisse pour l’enfantement de Marie ni sa joie quand l’enfant fut délivré sain et sauf.

L’Église, en insistant sur le mystère que nous avons célébré hier, à savoir que Marie est la Mère de Dieu, n’a jamais insisté aussi – comme elle l’aurait présumablement dû si cela faisait partie de sa maternité – sur le fait qu’elle a connu les douleurs de l’enfantement. Au contraire, l’Église à Éphèse a insisté avec un égal zèle sur la doctrine de la virginité perpétuelle de Marie : que Marie fut vierge avant la naissance du Seigneur ; que Marie fut vierge après sa naissance ; et que Marie resta vierge dans l’acte même de sa naissance (CEC 499). Si Marie fut Mère de Dieu, elle l’enfanta sans aucun traumatisme ni corruption.

Saint Thomas d’Aquin cite le Concile d’Éphèse sur ce point :

Celui qui enfante une chair pure cesse d’être vierge. Mais puisqu’elle enfanta la Parole faite chair, Dieu préserva sa virginité pour manifester sa Parole, par laquelle il se manifesta ainsi lui-même : car notre parole, quand elle est prononcée, ne corrompt pas l’esprit ; ni Dieu, la Parole substantielle, en se dignant de naître, ne détruit pas la virginité (ST III,28,2).

Et saint Augustin : « À la substance d’un corps dans lequel était la divinité, les portes fermées ne furent aucun obstacle. Car celui qui avait vraiment le pouvoir d’entrer par des portes non ouvertes était celui dont la naissance laissa intacte la virginité de sa Mère ».

 

À propos de l’auteur

Michael Pakaluk, spécialiste d’Aristote et Ordinarius de la Pontificia Accademia di San Tommaso d’Aquino, est professeur de Politique économique à la Busch School of Business de la Catholic University of America. Il vit à Hyattsville, Maryland, avec son épouse Catherine, également professeure à la Busch School, et leurs enfants. Sa collection d’essais The Shock of Holiness (Ignatius Press) est disponible. Son livre sur l’amitié chrétienne, The Company We Keep, peut se trouver chez Scepter Press. Il a collaboré à Natural Law: Five Views, publié par Zondervan en mai dernier, et son livre évangélique le plus récent est paru en mars chez Regnery Gateway, Be Good Bankers: The Economic Interpretation of Matthew’s Gospel. Vous pouvez le suivre sur Substack à Michael Pakaluk.

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