Un commentaire invité de Martin Grichting.
La question de la «préfète» du Dicastère pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique est, en fin de compte, la même que celle du diaconat féminin. Le sacrement de l’ordre est «un», mais on peut le distinguer en trois degrés : épiscopat, presbytérat et diaconat. Si les femmes pouvaient recevoir un élément du même, le diaconat, on pourrait arguer qu’elles devraient recevoir tout le sacrement, car il n’est qu’un. La «potestas sacra» est également «une», bien qu’on puisse aussi la différencier, par exemple, en pouvoir de gouvernement et pouvoir d’ordre, en potestas propria et vicaria, etc. Ici aussi, il s’agit de dire : si les laïcs peuvent exercer le pouvoir de gouvernement vicario, comme le Concile Vatican II l’a rejeté, pourquoi pas aussi la potestas propria ? Après tout, il n’y a qu’«une» potestas.
Tout d’abord, nous allons dans la direction suivante : CIC, can. 274 § 1 dit : «Seuls les clercs peuvent obtenir des offices pour l’exercice desquels est requise la potestas d’ordre ou la potestas de régime ecclésiastique». Ce canon est en accord avec le Concile Vatican II (LG 21 et Nota explicativa praevia, 2). Mais le canon a été partiellement «abrogé», c’est-à-dire de facto aboli, ou du moins sapé, par la «Praedicate Evangelium» (2022) et d’autres mesures papales similaires comme la «préfète». Dans la récente thèse doctorale d’inspiration progressiste de Lukas Maria Brechtel, «Möglichkeiten und Grenzen einer Beteiligung von Laien an der Leitungsgewalt der katholischen Kirche» (Possibilités et limites de la participation des laïcs au pouvoir de gouvernement de l’Église catholique), Würzburg 2024, ici p. 364, on n’exige pas qu’on respecte pleinement à nouveau le can. 274 —et, avec lui, le Concile Vatican II—, mais tout le contraire : le canon doit être modifié, à l’exemple de «Praedicate Evangelium», de manière à permettre de façon générale l’exercice de la potestas de régime (vicaria) par les laïcs. Jusqu’à présent, ce canon empêche, par exemple, la nomination d’un vicaire général laïc dans un diocèse.
Pour le moment, on continue à considérer comme une limite, au sens de la tactique du salami, là où la potestas de régime est liée au soin pastoral («cura pastoralis»). Car dans le CIC, can. 150, il est dit : «L’office qui emporte la pleine cura animarum, pour l’accomplissement duquel est requis l’exercice de l’ordre sacerdotal, ne peut être conféré valablement à qui n’a pas encore été élevé au sacerdoce». Cependant, la réalité a déjà dépassé cela. Ainsi, dans les diocèses les plus corrompus dogmatiquement du monde, Bâle et Saint-Gall [Suisse], les laïcs sont officiellement désignés depuis longtemps comme «leaders de la communauté» («Gemeindeleiter»). Ils agissent aussi comme leaders de la paroisse. Ils emploient alors des «prêtres collaborateurs». Ces laïcs sont officiellement désignés comme «Seelsorger» [«Seelsorge» signifie «cura pastoralis»]. Par conséquent, ils exercent déjà la «cura pastoralis» dont parle le can. 150. En réalité, ici, l’essence sacramentelle de l’Église a été bouleversée dans le domaine fondamental de la pastorale. Ne devrait-on pas reconnaître légalement ce qui est déjà vécu ?
Aussi en ce qui concerne la «potestas sacra vicaria», la pensée post-sacramentelle et profanatrice s’ouvre un chemin vers le haut. Dans le diocèse de Bâle, tant que les doyennés ont existé, les laïcs agissaient comme «codecanes». Et le conseil épiscopal, auquel, selon le droit canonique, appartiennent les vicaires généraux et les vicaires épiscopaux (CIC, can. 473 § 4), est peuplé depuis longtemps de nombreux laïcs en Suisse. Dans le diocèse de Lausanne-Genève-Fribourg, aux prêtres des paroisses des sous-régions du diocèse, on a imposé des laïcs et des diacres comme «délégués» de l’évêque, qui servent de lien avec l’ordinariat. À Fribourg germanophone, il s’agit d’une dame d’une trentaine d’années. Sans doute, on peut humilier les prêtres avec ces farces du droit canonique, qui, au demeurant, ont été approuvées par le Saint-Siège. Mais qui veut être prêtre dans une Église qui a trahi sa nature sacramentelle ?
Le pape Léon XIV a hérité d’un mauvais legs. Et il n’est pas seulement pressé par l’amoindrissement de l’essence sacramentelle, comme l’a fait son prédécesseur dans la curie, mais aussi par des destructions, comme celles qui se sont produites en Suisse, et par la nivellement entre laïcs et clercs, comme on le fait en Allemagne avec le «chemin synodal». Le Pape continuera à n’avoir aucune crédibilité devant l’«Église allemande» tant qu’il permettra dans sa curie ce que les Allemands veulent imposer au niveau des diocèses et des paroisses. Ce qui est en jeu là-bas est clair : la nature sacramentelle de l’Église doit être sacrifiée pour servir l’objectif de l’«égalité» entre les sexes. Au Moyen Âge, l’implication de l’Église dans le féodalisme a donné lieu à des «évêques laïcs» et des «prêtres laïcs». Ces circonstances scandaleuses ont été l’une des raisons pour lesquelles la Réforme a éclaté. Aujourd’hui, on sacrifie à nouveau l’essence de l’Église au profit d’intérêts sociaux étrangers à la foi. On n’apprend rien de l’histoire et on pose les bases d’un nouveau schisme.
Quand on porte atteinte à l’essence sacramentelle de l’Église, il faut être conscient des dernières conséquences. Sans doute, le Pape peut «tout» dans l’Église. Le canon 333 § 3 établit : «Il n’y a pas d’appel ni de recours contre une sentence ou un décret du Pontife Romain». Et le can. 1404 souligne en conséquence : «La Première Siège ne peut être jugée par personne». Par conséquent, en théorie, il peut rejeter le Concile Vatican II sur des questions dogmatiques essentielles. Car, de fait, il est tout-puissant s’il le veut. Mais alors il doit se demander comment il veut maintenir l’idée d’un être tout-puissant. Car, logiquement, il ne peut pas en exister deux. En d’autres termes : si le Pape croit être habilité à relativiser la nature sacramentelle de l’Église, il envoie le message que la doctrine de l’Église n’est pas inaltérable dans son essence. Alors elle semble aussi artificielle que n’importe quelle autre doctrine politique ou idéologique, qui est aussi soumise à des changements ou à une abolition à tout moment. Le Pape doit avoir clair que, s’il suit le chemin de son prédécesseur, il sape la foi en Dieu dans les cœurs des fidèles. En fin de compte, c’est de cela qu’il s’agit. C’est un jeu dangereux.
