Hérauts de l'Évangile : huit ans d'accusations sans preuves

Hérauts de l'Évangile : huit ans d'accusations sans preuves

Le prétendu « cas des Hérauts de l’Évangile » s’est transformé, au fil des années, en un exemple emblématique des ombres laissées par le pontificat précédent en matière de gouvernement ecclésial. La prolongée intervention vaticane sur cette association internationale —une réalité présente dans 78 pays et érigée par Jean-Paul II comme la première du nouveau millénaire— continue sans explication convaincante et sans une seule accusation prouvée en siège civil ou canonique.

Pendant l’étape du pape François, la vie interne de l’Église —en particulier en Amérique latine— s’est trouvée prise dans une polarisation croissante entre secteurs progressistes et conservateurs. Cette dynamique a contaminé des décisions qui auraient dû être strictement juridiques et pastorales. Dans ce climat de soupçons, les Hérauts ont été soumis à une administration forcée initiée en 2019 après une visite apostolique ouverte en 2017. Ce qui est inquiétant, c’est que, comme le soulignent les deux sources, on n’a jamais expliqué officiellement pourquoi l’enquête a été lancée, ni quelles ont été les raisons objectives qui ont conduit à leur imposer ce régime exceptionnel.

Selon ce que documente Vatican Reporting, plus de trente plaintes civiles et canoniques présentées contre les Hérauts de l’Évangile ont été résolues dans leur totalité par classement ou absolution. Cela signifie que, en pratique, il n’existe aucune faute grave démontrée. Ni abus, ni délits, ni irrégularités doctrinales. Rien qui justifie la dureté des mesures adoptées.

Et pourtant, depuis 2019, les Hérauts ne peuvent pas ordonner de diacres ni de prêtres, ne peuvent pas ouvrir de nouvelles maisons, ne peuvent pas recevoir de nouveaux membres et vivent avec de fortes restrictions même pour développer des activités ordinaires. Un blocage complet qui, comme le signale Specola, contredit la praxis habituelle du propre dicastère, qui historiquement a cherché à réformer et à accompagner —et non à paralyser— les institutions qui ont de réelles difficultés.

L’un des aspects les plus déconcertants de l’affaire est que les Hérauts insistent sur le fait qu’ils n’ont jamais été informés formellement des raisons de la visite apostolique ni de l’intervention ultérieure. Cette affirmation, si elle est vraie, pose un grave problème de justice interne : dans tout processus ecclésial mínimement sérieux, le droit de défense exige que l’accusé connaisse les charges. Ici, rien de cela.

Le texte de Vatican Reporting recueille également un détail significatif : certaines des accusations médiatiques les plus répétées —comme la prétendue désobéissance à ne pas retirer des mineurs de leurs maisons religieuses— s’effondrent lorsqu’on examine les faits. Ce sont les propres familles qui, indignées par ce qu’elles considéraient comme une mesure injustifiée, ont décidé de maintenir leurs enfants dans un environnement qu’elles jugeaient sain et profondément catholique. D’autres accusations, comme les prétendus « exorcismes irréguliers », ont été clarifiées par les évêques locaux comme de simples prières de libération, quelque chose d’habituel dans des contextes charismatiques.

Toute cette situation a conduit de nombreux à comparer le processus des Hérauts au climat qui a entouré d’autres jugements vaticans récents, où le poids du récit médiatique précédait toute enquête sérieuse. Specola l’exprime avec une image pertinente : un scénario qui rappelle Le Procès de Kafka, avec des personnes qui se voient obligées de se défendre sans savoir exactement de quoi elles sont accusées.

Aujourd’hui, la question qui s’impose est inévitable : Léon XIV sera-t-il capable d’affronter cette situation et de lui donner une clôture juste ?

Le cas des Hérauts de l’Évangile place le Pape devant une décision qu’il ne peut ajourner indéfiniment. Il a deux chemins : rétablir la justice ou prolonger l’usure, comme cela s’est produit dans d’autres épisodes latino-américains —il suffit de se rappeler le cas « Lute » au Pérou, où la lenteur, le silence et le poids des années ont fini par imposer une sorte de condamnation tacite qui n’a jamais été déclarée.

L’Église n’a pas besoin de plus de processus interminables qui s’usent en silence. Elle a besoin de vérité, lumière et décisions courageuses. Le cas des Hérauts de l’Évangile offre à Léon XIV l’opportunité de rompre avec une forme de gouverner basée sur l’opacité et d’inaugurer une étape où la justice ne soit pas un mot rhétorique, mais un acte réel.

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