Un évêque en tant que chef d’État
La particularité andorrane fait que la gravité de ce cas dépasse tout précédent. L’évêque d’Urgell, Josep-Lluís Serrano Pentinat, n’est pas seulement pasteur d’un diocèse : il est coprince d’Andorre, chef d’État aux côtés du président de la République française. Et en cette qualité, ce sera lui, de sa signature, qui sanctionnera la loi qui transforme en « droit » ce que l’Église a toujours condamné comme un crime gravissime.
Dit d’une autre manière : le seul évêque du monde avec rang de chef d’État s’apprêterait à parapher une loi abortiste. Et cela ouvre une crise canonique et morale sans précédent.
Excommunication automatique ?
Le Code de Droit Canonique (c. 1398) établit l’excommunication automatique pour ceux qui procurent un avortement. Techniquement, la signature d’une loi n’entre pas directement dans cette typification, car il ne s’agit pas de pratiquer ou de faciliter un avortement concret, mais de légiférer. Mais la question ne s’arrête pas là.
L’encyclique Evangelium vitae de saint Jean-Paul II enseigne avec toute clarté que les politiciens catholiques qui promeuvent des lois abortistes encourent une coopération formelle avec un mal gravissime et se placent en situation objective de péché mortel, qui les rend indignes de communier. Dans ce cas, nous parlons d’un évêque : un successeur des apôtres sanctionnant en tant que chef d’État ce que l’Église appelle un crime abominable.
Un scandale sans précédent
La conséquence immédiate serait la séparation de la communion ecclésiale. Serrano Pentinat ne pourrait pas communier, il serait en péché grave public et serait, de facto, un évêque excommunié, bien que le Saint-Siège n’ait pas encore déclaré formellement la peine. Et cette déclaration pourrait arriver : Rome aurait l’obligation d’intervenir pour préserver la crédibilité de l’Église dans la défense des plus démunis, les enfants à naître.
Si ce disparate se concrétise, l’Espagne (car Serrano Pentinat est évêque espagnol) se trouvera face à un fait qui n’avait jamais eu lieu : un évêque excommunié, séparé de la communion de l’Église pour avoir donné son aval politique au meurtre légalisé d’innocents.
Jusqu’où peut aller la capitulation ?
À Rome, la Secrétairerie d’État parle d’« équilibres institutionnels ». En pratique, cela signifie regarder ailleurs et accepter qu’un évêque signe une loi abortiste pour que ne se fissure pas un micro-État pyrénéen. Mais l’Église n’a pas été fondée pour soutenir des équilibres politiques, mais pour sauver des âmes.
Si on permet ce pas, la blessure à la crédibilité sera profonde et durable. Parce que ce qui est en jeu n’est pas Andorre, mais la voix prophétique même de l’Église face au pouvoir de la mort.
